GRÈVE GÉNÉRALE au CACHEMIRE
Lorsque vous croisez des gens dans la rue au Cachemire, évitez les "Namaste !" sonores.
Dans ce coin, on préfère : "Salaam aleikoum !"
Namaste, rappelle les nombreux policiers indiens, postés aux lieux stratégiques de Srinagar, qui ne sont pas les bienvenus...
Depuis une semaine, les boutiques de Main bazar et d'autres quartiers sont souvent fermées à cause d'une grève générale.
On regarde sans anémite policiers et soldats, patrouillant à pied ou en automitrailleuse. Ou postés tous les dix mètres des deux côtés d'une rue.
En revanche, l'appel à la mosquée recueille tous les suffrages.
Pour la prière du soir, on afflue de partout vers la mosquée de son quartier.
Depuis 1989, le Cachemire indien est secoué par une insurrection séparatiste islamiste qui a fait officiellement 43.000 morts (deux fois plus selon les insurgés).
Mais le niveau des violences est moins élevé depuis que l'Inde et le Pakistan ont relancé leur dialogue en 2004.
La tension entre le gouvernement et les musulmans du Cachemire s'est réactivée au début de l'été.
Depuis une semaine, la grève générale est très suivie.
* * *
Aujourd'hui, 13 août 2008, cette grève générale est interminable : deux semaines déjà !
Couvre feu, Srinagar ville morte...
Un ennui mortel. Tous les magasins sont fermés, y compris les cyberboutiques...
Je rase moi-même une barbe de quatre jours, car les barbiers ont fermé boutique.
De 11h à 17h, les gens se claquemurent chez eux...
C'est la durée de la coupure d'électricité...
N'en pouvant plus, je vais Dal Gate, où quelques dizaines de manifestants hurlent des sloggans au nez des policiers. Ceux-ci les écoutent imperturbablement.
Une automitrailleuse barre la route. Les policiers ne sont que sept ou huit.
Mais de l'autre côté du pont, d'autres regardent la scène, près à intervenir.
Je prends quelques photos, plus par désoeuvrement que pour faire oeuvre de journalisme.
Je rentre ensuite à l'hôtel Crescent.
Mais les deux portes de la rue sont cadenassées. Personne n'entend mes appels.
On ne m'ouvre qu'après sept ou huit minutes d'attente !
Le fils de la maison laisse les cadenas. Il me fait entrer par la porte des voisins, puis par un trou dans le grillage commun...
L'atmosphère de fin du monde est bien engagée...
En fin d'après-midi, les hommes s'asseyent sur le chemin en discutant des événements.
Comment ne pas devenir dépressif ?
À Srinagar, on tourne en rond avec un avenir bouché.
Et les jeunes, habitués à glandouiller sur les trottoirs ? Ils n'ont rien à faire, à part la palabre. Leur avenir n'est pas rose...
Srinagar rétrécit à vue d'oeil.
Comment ne pas désirer voir ailleurs, hors de ce lieu clos étouffant ?
* * *
Voici la CHRONOLOGIE des EVENEMENTS :
- 17 juin 2008 : ouverture du pèlerinage annuel d'Amarnath, entouré d'un important dispositif de sécurite.
- 23 au 25 juin 2008 : la région de Srinagar est secouée par des manifestations de musulmans opposés à la cession de terres à une fondation hindoue pour le pèlerinage d'Amarnath (40 hectares de forêt pour la construction de sanitaires et de logements à destination des pèlerins).
Dénonçant "le renforcement de l'occupation indienne au Cachemire", les factions séparatistes musulmanes ont décidé d'organiser une campagne de protestation.
Le 23 juin, les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur des manifestants à Srinagar, faisant un mort et des dizaines de blessés.
Les manifestations ont pris l'allure de combats de rue, et se sont étendues à l'ensemble de la vallée.
A Srinagar, ville morte depuis le 23 juin, des postes de police ont été incendiés, des bâtiments officiels endommagés et des véhicules renversés.
A la suite de la mort d'un adolescent, plus d'un millier de manifestants se sont rassemblés, scandant "les Indiens, partez du Cachemire !".
Bilan : trois morts et plus de 140 blessés.
- 1er juillet 2008 : les forces de l'ordre ont ouvert le feu à balles réelles sur des nationalistes hindous qui manifestent dans la région de Jammu.
Le gouvernement de l'Etat a fini par annuler le transfert de terres pour le pèlerinage d`'Amarnath afin d'enrayer le cycle de violence.
D'où la colère du principal parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP).
Les militants du BJP manifestent à Jammu, bloquant les routes principales et forçant les commerces et écoles à fermer leurs portes.
- 4 juillet 2008 : la tension bat de nouveau son plein à Jammu, après le suicide d'un militant hindou protestant contre l'annulation du transfert de 40 hectares de terres à une fondation religieuse organisant le pèlerinage d'Amarnath.
Les autorités ont immédiatement imposé un couvre-feu dans la région.
Des extrémistes hindous protestent contre ce revirement et tentent de bloquer, depuis la région du Jammu où ils sont majoritaires, la seule route qui mène au Cachemire.
Même si celle-ci a été rouverte par l'armée, les camions passent au compte-gouttes.
* * *
- 9 août 2008 : Une quinzaine de morts, des milliers de blessés. C'est le bilan de sept semaines de violences inter-religieuses dans l'Etat de Jammu-et-Cachemire.
Jammu et Srinagar sont des villes mortes : les commerces sont fermés, les routes désertes et les vivres commencent à manquer.
À Srinagar, des militants entame une grève générale ponctuée de violentes manifestations. À l'appel d'organisations islamistes, ils protestent contre les lynchages présumés de musulmans par des manifestants hindous.
À Jammu, la répression policière a fait au moins cinq victimes. Un militant hindou a été tué par l'armée, arrivée en renfort pour maîtriser une foule de plusieurs milliers de personnes qui prenait d'assaut un poste de police.
Le couvre-feu, instauré la semaine dernière reste sans effet.
10 000 soldats ont été appelés en renfort pour tenter d'endiguer l'agitation.
L'appel au calme du gouvernement n'est donc guère suivi.
"Nous poursuivrons nos manifestations jusqu'à ce que les terrains soient rendus pour le pèlerinage", avertit Leela Karan Sharma, à la tête d'une alliance régionale hindoue.
En réponse, le leader islamiste Syed Ali Geelani menace d'une "agitation de masse" si les autorités cédaient aux "fanatiques" hindous.
Pour ne rien arranger, le BJP, qui avait pourtant assuré son soutien à Manmohan Singh, annonce vouloir porter "la revendication des hindous du Cachemire" au niveau national, en appelant à une grève de trois jours.
- 10 au 12 août 2008 : à Srinagar, ville morte, la situation est pénible. Couvre-feu.
Cinq manifestants musulmans ont été tués par les forces de sécurité indiennes.
Le Ministre de l'Intérieur indien, Shivraj Patil, doit recevoir les délégations des deux parties pour tenter de trouver une solution à ce conflit.
- 13 août 2008 : la police tuent plusieurs personnes en début de soirée.
Pendant des heures, messages sonorisés des mosquées de Srinagar, enflammés et vengeurs...
LA SUITE... dans ce blog à l'article :
"VIOLENCES ET SÉPARATISME AU CACHEMIRE"
SOURCES de la CHRONOLOGIE :
Articles sur "Aujourd'hui l'Inde" : http://www.aujourdhuilinde.com
- Notamment, les articles de Thomas Pekish :
. Polémiques autour d'un pèlerinage hindou : le Cachemire indien en ébullition (25/6/2008).
. Violences religieuses au Cachemire indien : le Premier ministre appelle au calme (9/8/2008).
Lionel Bonhouvrier.
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