BIENVENUE AU CACHEMIRE !
(route Jammu-Srinagar)
La route de Jammu a Srinagar n`est pas banale.
Dans un minibus, je pars de Jammu a 7h30 et arrive a Srinagar vers 19h30.
Douze heures pour parcourir environ 300 km...
Mais que font les chauffeurs, ils roupillent ?
Que nenni, mais policiers et soldats fourmillent... Et les chauffeurs ralentissent sans cesse, pour n`en ecraser aucun.
Securite oblige !
Peu de voitures circulent sur cette route.
On croise surtout des vehicules tous terrains et les petites Maruti-Suzuki.
Mais les poids lourds sont omnipresents : bus et minibus, cars, et surtout camions, indispensables dans une region privee de chemins de fer.
Bien sur, les vehicules de l`armee et de la police defilent constamment.
Meme au Ladakh, je n`ai jamais vu une telle densite de camions militaires et d`automitrailleuses.
Quand on s`arrete dans un village, des soldats sont postes dans une boutique, au-dessus d`un pont, voire sur le toit d`une maison ou derriere une mitrailleuse !
Au Jammu et au Cachemire, la guerre est visible, s`affiche dans les rues.
Vehicules et passants vivent dans cet univers de check-point, de controles incessants.
En outre, je m`amuse a compter les camions des routiers, abandonnes dans un fosse. Pas moins d`une douzaine...
Les vehicules militaires ont ete sortis du fosse, tandis que ces epaves civiles rouillent depuis des mois ou des annees...
En guise d`avertissement pour les imprudents ?
Cette route est vitale pour le ravitaillement des populations du Jammu et du Cachemire.
Elle est un cordon ombilical, la reliant a l`Inde.
Un axe permettant l`envoi de troupes sur la frontiere avec le Pakistan.
Paradoxalement, elle est sans doute une des routes les plus sures de l`Inde.
Pour des terroristes, attaquer une caserne ou un poste de controle est plus valorisant que balancer des grenades sur un minibus...
Peu a peu, le paysage change.
Nous passons de la plaine a un paysage de collines, traversees de rivieres.
Quand l`altitude s`eleve, des barrages apparaissent.
A partir de Patnitop et surtout de Batote, la moyenne montagne domine avec des forets verdoyantes. Les maisons montagnardes des villages sont bien entretenues.
On se croirait dans les Alpes...
Policiers et soldats rappellent au voyageur qu`il approche du Cachemire.
Plus au nord, la porte d`entree du Cachemire est le Jawahar Tunnel.
Check-point obligatoire...
De l`autre cote du tunnel, nous entrons dans la vallee du Cachemire en descendant la route en lacets, surveillee tous les dix metres par des uniformes.
Le paysage est verdoyant, rien a voir avec le Ladakh !
Nous descendons les collines jusque dans la plaine, intensement cultivee.
Le vent agite les arbres, met en valeur de nombreuses nuances de vert, rafraichit l`atmosphere et les ames.
Le vent souffle aux voyageurs : "Bienvenue au Cachemire !"
Je savoure ses instants de liberte, de confiance, comme soustraits a la situation politico-militaire de l`Inde et du Pakistan.
Les forces de l`ordre fourmillent : en bordure de route, ce ne sont que guerites, nids de mitrailleuses, postes de controle, camps militaires et batiments de la police.
Un peu plus loin, le minibus s`arrete a un poste de controle.
Notre chauffeur regle un peage, mais les passagers ne sont ni controles, ni fouilles.
Notre dernier arret est situe a 68 km de Srinagar.
Occasion pour acheter boisson ou nourriture.
Pour discuter aussi avec les soldats, qui ne demandent que cela.
L`ennui doit etre difficile a supporter...
Ils viennent des quatre coins de l`Inde, mais l`uniforme les egalise.
Apres douze heures de trajet, nous arrivons a la gare routiere de Srinagar.
Aussitot, une douzaine d`hommes se ruent sur nous :
-"House-Boat, sir ! House-Boat !"
Une veritable attaque de requins, coordonnee, fatale et impitoyable.
Ils ne mordent pas, mais c`est tout juste...
Le plus difficile est d`en choisir un sans que les pirates delaisses ne hurlent, ne se roulent dans la poussiere en appelant au meurtre...
Lionel Bonhouvrier.
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