Le RAUZA SHARIF (Sirhind)
Apres la visite d`autres monuments, j`arrive au Rauza Sharif.
C`est un lieu essentiel de pelerinage pour les musulmans sunnites.
On y trouve le mausolee d`un saint, qui a vecu aux XVIe et XVIIe siecles, Ahmad Sirhindi.
Autant je suis bien accueilli dans les gurdwaras sikhs et dans les mandirs hindous, autant je suis cueilli a froid au Rauza Sharif.
Deux jeunes, me voyant arriver, m`interceptent trois metres avant l`entree.
Ma casquette gene l`un deux. Je proteste, j`ai la tete couverte, c`est l`essentiel.
Unanimement, tous deux grimacent devant mon short.
Ou est mon pantalon ?
Le premier veut deja m`interdire l`entree !
-"Are you a muslim ?"
-"No, I am not a muslim !"
Du coup, il me regarde avec commiseration...
Je reclame un longi pour me couvrir les jambes.
Malgre la moue du premier, le second accepte, revient avec.
Insatisfait de ma facon de proceder, il m`aide a le nouer. Dans les regles de l`art, selon lui.
La mosquee, a droite, m`est interdite.
Nul besoin de demander a la voir. Pour eux, c`est l`evidence.
Mais le plus teigneux aime donner des ordres :
-"Come with me ! Lavez-vous les mains, le visage et les pieds !"
A gauche au fond de la cour, un alignement de robinets permet de se laver assis.
Les deux Cerberes me collent aux basques.
Le hargneux-anticasquettes veut me faire asseoir.
- "Don`t touch me ! Je peux me laver seul ! Go away !" et je lui jette un regard furieux.
Il recule, comprend aussitot. Je ne le verrai plus au cours de cette visite.
Cependant, j`ai toujours un "flic" aux fesses, accompagne d`un ou deux autres individus de meme calibre.
Cette visite est pourrie, irrattrapable.
Quand il faut grimper les marches pour acceder aux salles, le longi trop serre m`en empeche. Cela fait marrer les deux "guides" !
Sur le coup, j`ai envie de balancer le longi et de quitter les lieux.
Apres reflexion, je decide de rester.
Mais je releve le longi jusqu`au niveau du short.
Un vieux pointe mes jambes du doigt en ronchonnant !
Je lui reponds en anglais :
-"Vous aussi, vous trouvez que j`ai de jolies jambes ?"
Dans une telle atmosphere, inutile de sortir mon Canon, sous peine de declencher une danse des sabres.
Ni d`aller a droite ou a gauche, comme le moindre des chiens errants.
Le circuit est balise, sous controle.
Pas question de fantaisie ou de la moindre initiative.
Moi qui deteste les guides, les Fuhrer, les Duce, les Caudillo...
Dans chaque salle, nous voyons des tombes, des tumulus recouverts de velours ou de brocarts aux couleurs vives.
Les rares visiteurs font la demonstration d`une rare piete... mais ne restent guere.
Sur la terrasse, je contourne le mausolee pour ne plus voir mes gardes du corps.
Le lieu est serein, l`architecture est pure.
Quel dommage d`avoir de tels interlocuteurs...
A la sortie, je n`ai aucune envie de photographier les batiments exterieurs.
Mais puisque quelques photos pourront adoucir un texte peu louangeur, je m`execute.
Allah m`en tiendra compte.
Lionel Bonhouvrier.
|