GURDWARA de SIRHIND
En 2006, je prevoyais d`ecrire un texte sur les gurdwara. Ce sont des complexes sikhs, integrant : temple, hotellerie, restauration...
Voyageant actuellement au Punjab, le pays des Sikhs, je vais reparer l`oubli de 2006 en cette annee 2008.
Sirhind est situee a 30 km au nord de Patiala et a une quarantaine de kilometres de Chandigarh.
Pratiquement inconnue chez nous, Sirhind presente un grand interet.
Elle compte de nombreux gurdwara, disperses dans tout le district.
J`en ai visite quelques-uns.
A 5 km au nord de Sirhind, le Gurdwara Fatehgarh Sahib, en marbre blanc avec cinq coupoles dorees, est le plus important.
Il commemore le martyr des deux jeunes fils du Guru Gobind Singh.
La crypte leur est dediee, ou passe un defile de pelerins impressionnant.
En 1704, les deux garcons de ce dixieme Guru des Sikhs (7 et 9 ans) ont ete mures vivants pour avoir refuse de se convertir a l`islam.
C`est un lieu de pelerinage important pour les Sikhs.
Je le surnomme aussitot "petit Amritsar".
A l`entree d`un gurdwara, on doit se couvrir la tete, j`ai donc une casquette.
Assis en tailleur dans la salle de priere, je me laisse impregner par la musique lancinante de trois musiciens (tablas et deux harmoniums).
Ils chantent aussi les paroles du Guru Granth Sahib, le livre saint des Sikhs.
Beaucoup de fideles s`asseyent, restent quelques minutes, repartent.
Certains, plonges dans la priere, prolongent leur presence.
Ecriture d`un poeme, ce qui intrigue nombre de curieux. Trois ou quatre s`asseyent a mes cotes pour regarder.
Ils n`en sont pas plus avances...
Un vieux Sikh a la barbe blanchie m`interroge en anglais.
Il m`observe depuis dix minutes au moins, se decide a me poser les questions rituelles (What`s your name ? Are you alone ? What`s your country ?, etc.)
Portant la tenue blanche et bleue des serviteurs du temple, Surjit Singh me propose de le suivre.
Il me montre au sous-sol la crypte, veritable coeur de ce Saint des Saints.
Puis il me guide jusqu`a la cantine, ou l`on mange gratuitement.
Surjit Singh a deja dejeune, mais apprecie que je sache me debrouiller.
Il faut prendre un plateau de thali, un gobelet et une cuillere.
Entrer dans le refectoire, comptant deja plusieurs rangees de personnes, assises sur des nattes de joncs. S`y asseoir au bout d`une rangee.
Un homme distribue un ou deux chapati, un autre des lentilles, un troisieme verse de l`eau dans les gobelets.
Le dejeuner est spartiate, mais je suis affame.
Il est 15h, mon petit dejeuner remonte loin.
Chaqu`un mange en silence, d`un seul trait, sans se preoccuper de ses voisins.
Adoptant le meme rythme, je termine vite ce repas, delaissant l`eau, pour ne pas tomber malade.
Surgit Singh m`attendait a l`entree du refectoire.
Nous discutons en remontant vers le temple principal.
Surjit est au service du temple et habite Sirhind.
Il souhaite un echange d`adresses. Aussitot dit, aussitot fait, assis sur des chaises pres du vestiaire. Promesse de lui envoyer en septembre une carte postale de Paris.
Nous nous separons dans les meilleurs termes.
Je retourne dans la salle de priere, ou je prends des photos.
Des barrieres dorees delimitent un carre formant le centre de la salle.
Devant, un long coffre bleu, ou les fideles deposent leurs offrandes (argent, objets divers comme une horloge...)
Avec un rateau, un deservant range l`argent, comme un croupier de casino.
A gauche, les trois musiciens sont assis derriere leur micro.
Au fond d`une niche, un serviteur agite langoureusement une sorte de chasse mouches epais.
A l`exterieur, je gagne le Gurdwara Mata Gujari, entoure d`un mur de pierres rougeatres.
A peine en haut des marches, un homme vient me parler. Puis une Indienne, qui vit a New York, et me dit deux phrases en francais !
A l`interieur, rafraichissement grace aux ventilateurs.
Un deservant lit les Ecritures avec devotion, les yeux fermes.
Un autre quitte son poste pour s`asseoir pres de moi. En anglais, il me propose une chambre, que je refuse car le dharamsala me convient.
D`apres lui, je dois lui faire un don ! Ai-je bien compris sa phrase ? Je fais celui qui n`a pas compris et je me remets a ecrire.
A la sortie, on accede sur la gauche a un grand bassin.
Des carpes grouillent pres des marches, tres appreciees des enfants comme des adultes. Enfants et hommes se baignent parfois au bord du bassin, mais je ne les envie guere. L`eau est trouble, assez boueuse.
* * *
Le lendemain en debut d`apres-midi, apres la visite de l`Aam Khas Bagh, un serai moghol, j`arrive au Gurudwara Sri Jydli Sarub.
Quand on vient de Sirhind, on le voit de loin, sur la route de Chandigarh.
La salle de priere est une oasis de fraicheur.
Les Sikhs se prosternent devant le Saint des Saints.
Ils s`agenouillent devant un deservant, qui leur donne un peu de cette pate sucree, dont j`ai beaucoup goute a Amritsar.
A la sortie, trois deservants m`invitent a partager une tasse de the.
Pour une fois, sans parler. Partage d`un the en silence.
J`apprecie beaucoup !
Je fais le tour d`un bassin d`eau jouxtant le temple.
Il est 15h30, la faim me pousse vers la cantine.
J`y consomme le meme sobre dejeuner qu`hier, chapati et lentilles.
Avec un bonus : le the remplace l`eau.
L`accueil des Sikhs dans leurs gurdwara est un modele d`hospitalite.
Ils acceptent tout le monde : Indiens ou etrangers, Sikhs ou non-Sikhs.
Chacun y est bien recu, recoit du the et a manger gratuitement dans leur refectoire.
A Sirhind, je loge dans un dharamsala.
Mais au cours d`autres voyages, j`ai obtenu une chambre gratuite dans des gurdwara : a Amritsar, ou a Govindghat dans l`Uttaranchal (Uttarakhand).
Lionel Bonhouvrier.
|