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VOYAGE en INDE (été 2008) : HARYANA, PUNJAB, CACHEMIRE, VALLEE de CHAMBA (HIMACHAL PRADESH)

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TROIS VOYAGEURS REFONT LE MONDE (6.07.2008)

 

 

 

 

 

 

 

TROIS

VOYAGEURS

REFONT LE MONDE

 

 

 

 

Vers minuit, je rentre à l'hôtel Navrang, pour ma première nuit à Delhi.

La chambre voisine est allumée, je salue au passage son occupant par ses portes grandes ouvertes. Dans ma chambre, malgré le ventilateur, on étouffe.

Je sors sur la galerie, me brosse les dents au lavabo extérieur, pour marcher et me donner de l'air.

Le voisin me regarde faire, nous nous saluons en anglais et je lui sers la main.


 

 

 

 

 

La prononciation de ce sexagénaire révèle un Français. Après quelques phrases, je lui dévoile en français notre nationalité commune.

-"Comment as-tu deviné que j'étais Français ?"

-"Ton accent français manque de discrétion. Et tu viens du midi. Serait-ce du sud-ouest ou du sud-est... Où habites-tu ?"

-"Bravo pour ce repérage ! Je vis à Nice. On dit que c'est une belle ville, mais il ne faut pas croire ça. Je n'aime pas Nice et je n'aime pas beaucoup les Français."

 


 

 

 

 

Au moins c'était net. Et il se lance dans une tirade hypercritique sur la France et les Français. Un pays arrogant qui donne des leçons au monde. Et des gens qui font la tronche, qui ne sont pas heureux, des râleurs insupportables...

En l'écoutant, je me disais qu'il singeait son Français type...

Michel voyage en Inde depuis 1996. Depuis quelques années, il y vit plusieurs mois, en été et en hiver.

 


 

 

-"L'Inde imite le modèle de consommation occidental, change à toute vitesse. C'est une catastrophe. Par exemple, il n'y a presque plus d'Indiens qui dorment dehors. En 1996, il y en avait des milliers à Paharganj et partout ! Aujourd'hui, je ne reconnais plus l'Inde..."

 

 

-"Je trouve cela positif. Les êtres humains ont besoin d'un toit. Si le nombre des misérables sans domicile diminue, je m'en réjoui. Coucher dehors expose aux agressions de rôdeurs ou d'animaux. De toutes façons, je constate que les Indiens sans logis sont encore nombreux..."

 


 

 

-"Tu ne vas pas défendre ce modèle de consommation qui détruit l'Inde ? Il y a dix ans, l'Inde était le pays du thé. On ne trouvait du café qu'au sud. Aujourd'hui, on en achète partout, y compris dans le nord ! Et les rickshaws ont tendance à disparaître, tu trouves cela normal ?"

Je m'apprête à rétorquer à Michel que je n'ai jamais apprécié les rickshaws. Des chevaux devraient tirer ces tricycles. Pédaler ainsi est un corvée exténuante dans un pays aussi chaud... J'ai toujours préféré les autorickshaws.

 


 

 

 

 

Mais nous sommes interrompus par un troisième larron :

-"On peut dire que vous allez réveiller tout l'hôtel ! Ah vous êtes beaux ! De parfaits Français en train de refaire le monde ! Et vous enfilez toutes les conneries arrogantes qu'on vous a appris, sur la supériorité des Occidentaux sur ces crétins d'Indiens !"

 


Le Navrang est construit autour d'une cour centrale.

Au deuxième d'un immeuble de cinq étages, nous bavardons sur la galerie, qui donne accès aux chambres.

L'ensemble forme une parfaite caisse de résonnance.

Nos paroles amplifiées par l'acoustique ne risquent pas de passer inaperçues...

 


 

 

 

 

Michel est un Provençal rondouillard, qui semble n'être jamais pressé.

Le nouveau venu, un petit brun, tel un ludion, lui tourne autour, est toujours en mouvement.

-"Toi non plus, tu ne supportes pas les changements en Inde sur ce modèle pourri de consommation occidental ?" demande Michel.

-"Des changements, des changements, vous ne comprenez rien à rien ! Tout cela, ce n'est que l'effet de vos discours. Vos idées rabougries, les Indiens s'en tapent ! Ils font ce qu'ils veulent ! Et vous, avec votre cerveau contaminé, vous jugez : ceci est bien, ceci n'est pas bien... Je rigole, vraiment je rigole !" 

Son visage mobile de quinquagénaire change constamment d'expression.

 


 

 

 

 

"La société indienne change à toute vitesse dans les faits, pas seulement dans nos discours. Et la pollution à Delhi, est-ce un effet de nos discours ? Michel rêve d'une Inde immobile. Pour ma part, je soutiens la construction rapide de lignes de métro. C'est indispensable pour limiter les embouteillages et une pollution délirante. Autre exemple de changement : la bourgeoisie indienne, dont le nombre atteint des centaines de millions de personnes, achète en masse voiture et logement. Voulez-vous les empêcher de s'équiper ? L'analyse sociologique ne manque pas d'intérêt. Tu as un problème avec les faits ?"

 

 

Le ludion s'immobilise : "OK, j'ai exagéré... Je suis d'accord, ce n'est pas que des discours. En plus, j'ai fait des études de sociologie et d'ethnologie, alors... A mon premier voyage en Inde il y a vingt ans, on ne trouvait pas de Coca Cola. Bien sûr que l'Inde a beaucoup changé !"

 


 

 

 

 

Nous apprenons ensuite que ce documentaliste dans un collège a beaucoup voyagé en Afrique, en Amérique et en Asie. Didier a géré deux ans une guesthouse en Thailande. 

Passionné par Carlos Castaneda, il prétend être un peu guérisseur.

 


Michel en profite : "Justement, j'ai des problèmes aux pieds. Ils me démangent constamment. Mais les médecins sont incompétents. Peux-tu faire quelque chose ?"

-"Je peux voir. Mais j'ai beaucoup bu ce soir, ce n'est pas très bon pour les soins..."

 

 

 

Je me dis que l'alcool n'explique pas tout. Ce disciple de Castaneda, apologiste du peyolt entre autres, est amateur de drogues. Son euphorie actuelle ressemble à celle des shootés...

Il approche ses mains de Michel, soudain se recule avec un petit cri.

-"Qu'est-ce qui se passe ?"

-"J'ai senti un grand froid !"

 

 

 

Il est temps de détendre l'atmosphère : "Excellent ! Comme on crève de chaud, un peu de fraîcheur est la bienvenue !"

Didier poursuit : "Je suis arrivé hier soir à l'aéroport de Delhi. Vers minuit, il faisait 34 degrés ! Alors ce soir..."

Et me pointant du doigt : "Toi, tu raisonnes trop avec ton cerveau. Tu ne crois pas que j'ai des talents de guérisseur !" 

Michel en rajoute une couche : "C'est le problème avec les intellectuels. Je me suis toujours méfié des gens qui ont fait des études. Moi, je n'ai fait aucune étude, mais je crois dans tes talents de guérisseur !"

 


Et les deux compères continuent de la sorte, se congratulent à mes frais.

Je me dis que Didier a du manquer de sérieux dans ses études de sociologie et d'ethnologie.

Pendant quelques minutes, les intellos en prennent pour leur grade.

 

 

 

 

 

Michel enchaîne :"L'instruction est une catastrophe. En Inde, les enfants non scolarisés sont intelligents et très débrouillards. Aucune comparaison avec les écoliers, arrogants et méprisants. Je ne parle même pas de l'attitude des écoliers en France... Qu'en pense notre professeur d'histoire ?"

Didier fait le ricanement du coyote :"Et oui, c'est ta fête ! La plupart des connaissances ne doivent pas passer par le cerveau. Les gamins des rues savent tout faire ! On devrait supprimer l'école !"

 

 

-"Les enfants des rues savent tout faire ? Moi aussi, je rencontre souvent des gamins de 11 ans cuisiniers, serveurs de restaurants, guides improvisés, je les trouvent debrouillards et courtois, business oblige. Mais l'Inde a besoin d'ingenieurs, de chercheurs, de philosophes, de stratèges, d'écrivains, de musiciens, d'hommes politiques ! Les enfants des rues sont hors course... L'Inde n'est pas prêt de se développer si notre chamane Didier y supprime l'école !"

 

 

 

-"Mais on s'en fout de ton développement à la con ! Quel intello tu fais, tu crois à toute cette merde ?"

-"L'anti-intellectualisme primaire est une preuve de stupidité. De plus, il est dangereux. Tu veux quoi : des enfants sauvages ?

Depuis que je voyage en Inde, j'éprouve un étonnant sentiment de sécurité. Je vais partout, je me sens davantage en sécurité que dans de nombreux quartiers occidentaux. A deux exceptions près. A chaque fois, une bande d'enfants des rues m'a surpris dans un lieu isolé, à Jaipur et dans un autre coin. Je n'ai évité de me faire voler qu'en faisant face avec fermeté...

En vérité, je préfère des enfants civilisés à des enfants sauvages."

 

 

-"Tiens donc, souligne Michel, moi je n'ai jamais eu de problèmes avec les enfants. Pourtant, j'ai traversé des bidonvilles à Delhi ou à Calcutta, tout le monde était d'une gentillesse !

Alors que ces enfants scolarisés, en Inde ou en France, quelle peste !"

 

 

Didier disparaît sans prévenir.

Avec Michel, nous continuons à refaire le monde jusqu'à 2h30 du matin. Ce bavard aurait pu continuer longtemps.

Le cerveau lessivé, je lui souhaite bonne nuit avant de regagner l'étouffoir qui me sert de chambre.

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 13:24, le 6/07/2008 dans B. TROIS VOYAGEURS REFONT le MONDE, New Delhi
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