ÉÉ
VIOLENCES et SÉPARATISME
au CACHEMIRE
Cet article poursuit l'analyse de "GRÈVE GÉNÉRALE AU CACHEMIRE".
Je m'étais arrêté au 13 août, date de ma dernière connection possible, avant mon départ du Cachemire le 15 août.
Le texte actuel continue la chronologie au 14 août et la tient à jour.
Son but est également d'élargir l'analyse politique, puisque ayant quitté le Cachemire, cette distance la rend possible.
Voici la CHRONOLOGIE des ÉVÈNEMENTS :
- 17 juin 2008 : ouverture du pèlerinage annuel d'Amarnath, entouré d'un important dispositif de sécurité.
- 23 au 25 juin 2008 : la région de Srinagar est secouée par des manifestations de musulmans opposés à la cession de terres à une fondation hindoue pour le pèlerinage d'Amarnath (40 hectares de forêt pour la construction de sanitaires et de logements à destination des pèlerins).
Dénonçant "le renforcement de l'occupation indienne au Cachemire", les factions séparatistes musulmanes ont décidé d'organiser une campagne de protestation.
Le 23 juin, les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur des manifestants à Srinagar, faisant un mort et des dizaines de blessés.
Les manifestations ont pris l'allure de combats de rue, et se sont étendues à l'ensemble de la vallée.
A Srinagar, ville morte depuis le 23 juin, des postes de police ont été incendiés, des bâtiments officiels endommagés et des véhicules renversés.
A la suite de la mort d'un adolescent, plus d'un millier de manifestants se sont rassemblés, scandant "les Indiens, partez du Cachemire !".
Bilan : trois morts et plus de 140 blessés.
* * *
- 1er juillet 2008 : les forces de l'ordre ont ouvert le feu à balles réelles sur des nationalistes hindous qui manifestent dans la région de Jammu.
Le gouvernement de l'Etat a fini par annuler le transfert de terres pour le pèlerinage d'Amarnath afin d'enrayer le cycle de violence.
D'où la colère du principal parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP).
Les militants du BJP manifestent à Jammu, bloquant les routes principales et forçant les commerces et écoles à fermer leurs portes.
- 4 juillet 2008 : la tension bat de nouveau son plein à Jammu, après le suicide d'un militant hindou protestant contre l'annulation du transfert de 40 hectares de terres à une fondation religieuse organisant le pèlerinage d'Amarnath.
Les autorités ont immédiatement imposé un couvre-feu dans la région.
Des extrémistes hindous protestent contre ce revirement et tentent de bloquer, depuis la région du Jammu où ils sont majoritaires, la seule route qui mène au Cachemire.
Même si celle-ci a été rouverte par l'armée, les camions passent au compte-gouttes.
* * *
- 9 août 2008 : Une quinzaine de morts, des milliers de blessés. C'est le bilan de sept semaines de violences inter-religieuses dans l'Etat de Jammu-et-Cachemire.
Jammu et Srinagar sont des villes mortes : les commerces sont fermés, les routes désertes et les vivres commencent à manquer.
A Srinagar, des militants entament une grève générale ponctuée de violentes manifestations. À l'appel d'organisations islamistes, ils protestent contre les lynchages présumés de musulmans par des manifestants hindous.
À Jammu, la répression policière a fait au moins cinq victimes. Un militant hindou a été tué par l'armée, arrivée en renfort pour maîtriser une foule de plusieurs milliers de personnes qui prenait d'assaut un poste de police.
Le couvre-feu, instauré la semaine précédente reste sans effet.
10 000 soldats ont été appelés en renfort pour tenter d'endiguer l'agitation.
L'appel au calme du gouvernement n'est donc guère suivi.
"Nous poursuivrons nos manifestations jusqu'à ce que les terrains soient rendus pour le pèlerinage", avertit Leela Karan Sharma, à la tête d'une alliance régionale hindoue.
En réponse, le leader islamiste Syed Ali Geelani menace d'une "agitation de masse" si les autorités cédaient aux "fanatiques" hindous.
Pour ne rien arranger, le BJP, qui avait pourtant assuré son soutien à Manmohan Singh, annonce vouloir porter "la revendication des hindous du Cachemire" au niveau national, en appelant à une grève de trois jours.
- 10 au 12 août 2008 : à Srinagar, ville morte, la situation se dégrade radicalement.
Protestation contre le blocage de la route Jammu-Srinagar par des hindouistes radicaux. Impossible d'être approvisionnés en biens de consommation courante ou de vendre les produits maraîchers.
Couvre-feu.
Cinq manifestants musulmans ont été tués par les forces de sécurité indiennes.
Parmi eux, Sheikh Abdul Aziz, l'un des leaders de la APHC (All Parties Hurriyet Conference). L`APHC fait l`unité des partis séparatistes.
- 13 août 2008 : la police tue plusieurs personnes en début de soirée.
Pendant des heures, messages sonorisés des mosquées de Srinagar, enflammés et vengeurs...
- du 12 au 16 août 2008 : les émeutes font 23 morts et près de 600 blessés.
Après le lever du couvre-feu, les séparatistes clament dans les rues de Srinagar : "Vive le Cachemire libre !"
Fait nouveau, tous les mouvements séparatistes adoptent le même drapeau vert.
- 15 août 2008 : les séparatistes appellent au boycott du 61 ème anniversaire de l'indépendance de l'Inde en brandissant des drapeaux noirs dans les rues.
Dans le stade de Srinagar, entièrement vide, la parade officielle n'a duré que 15 minutes...
- 16 août 2008 : le drapeau vert a été hissé en haut d'une horloge, dans le quartier de Lal Chowk, à la place du drapeau indien. Devant des forces de police impassibles, des habitants saluent le nouvel étendard de la révolte cachemiri.
- 18 août 2008 : des dizaines de milliers de musulmans manifestent à Srinagar avec des drapeaux verts et noirs. Devant les locaux de l`ONU, ils réclament l'intervention de l'ONU dans la crise avec les autorités indiennes.
À SUIVRE...
SOURCES de la CHRONOLOGIE :
1/. Articles sur "Aujourd'hui l'Inde" : http://www.aujourdhuilinde.com
- Notamment, les articles de Thomas Pekish :
. Polémiques autour d`un pèlerinage hindou : le Cachemire indien en ébullition (25/6/2008).
. Violences religieuses au Cachemire indien : le Premier ministre appelle au calme (9/8/2008).
2/. Article de Julien Bouissou, du Monde : "A Srinagar, l'Inde célèbre son 61e anniversaire dans le sang" (17.08.2008).
3/.
Lionel Bonhouvrier.
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