GOODBYE, CACHEMIRE !
Le 12 août marque le tournant de mon séjour à Srinagar.
J'y séjourne depuis dix jours, mais je souhaite rester au moins une semaine supplémentaire au Cachemire.
Le 11 août, les signes négatifs s'accumulent.
D'abord, la grêve générale dure depuis onze jours !
Avec son cortège peu réjouissant : boutiques fermées, opérations ville morte, couvre-feu, combats de rues,...
À l'hôtel Crescent, la soirée du 11 août est lugubre...
Dans la salle du restaurant de l'hôtel, les discussions vont bon train.
Mushtak, un des deux frères hôteliers, un Cachemiri, un Italien et le fils de Youssouf, nous discutons longuement de la situation. Le pessimisme est de rigueur.
Le 12 août, je prévoie une matinée en barque pour voir le marché flottant .
Youssouf envisage un départ à 4h30, ce qui me convient.
Mais de 4h à 4h30, des tornades d'eau laissent peu despoir. Je me recouche.
Inutile d'aller retrouver Youssouf par un temps pareil.
Au cours de cette matinée du 12 août, on m'apprend que la police a tué cinq jeunes manifestants musulmans.
Les combats de rues redoublent.
Tout est fermé. Les gens se cloîtrent chez eux.
Voir ma réaction dans : DU SANG À SRINAGAR.
Le fils de mon hôte, environ 20 ans, martèle ses phrases avec une conviction de fanatique. Il compare la situation du Cachemire avec la Palestine. Une Intifada himalayenne, en somme.
Quand il parle d'Azad Kashmir, d'ouverture de la route vers le Pakistan, ses yeux brillent. Il apprécie l'ayatollah Khomeiny... Il réclame l'indépendance du Cachemire.
Je me lasse de ses idées et de son style tranchant.
Je préfère parler avec Youssouf, le Cachemiri voisin et l'Italien toujours fourré chez nous.
Le soir du 12 août, dépité par cette journée d'inaction forcée, j'envisage de quitter le Cachemire plus tôt que prévu.
Le 13 août de 4h30 à 8h, visite en barque du marché flottant aux légumes sur le lac Dal.
Cette merveilleuse promenade matinale sauve une journée sinistre...
Aucune boutique n'est ouverte.
Ma cyberboutique préférée reste cadenassée toute la journée à cause des combats de rues entre manifestants et forces de l'ordre.
En soirée, d'autres morts s'ajoutent à une liste déjà longue...
(Voir l'article : GRÈVE GÉNÉRALE AU CACHEMIRE).
Au cours d'une promenade matinale, le 14 août, sur le Bund le long de la Jehlum, je fais un bilan de la situation.
À quoi bon rester à Srinagar ?
Ce n'est plus une ville, mais un désert. L'ambiance est détestable.
Je déjeune dans une épicerie, la seule boutique ouverte à un kilomètre à la ronde...
Discussion avec le patron de la situation politique.
Selon lui, la veille vers 19h30, la police est entrée chez des gens et a tiré. Le bilan est sanglant : 30 morts et de nombreux blessés. (Ce nombre de 30 morts doit être vérifié...)
C'est pourquoi les mosquées étaient en ébullition toute la soirée !
Pendant des heures, elles ne cessaient de diffuser des messages sonorisés, truffés de Allah Akhbar...
Tout ce bruit m'empêche longtemps de m'endormir.
Le patron souhaite l'ouverture des routes vers le Pakistan et vers l'Inde, pour assurer le ravitaillement correct du Cachemire.
-"À quand remontent les dernières élections ?"
-"À 2002 ! Mais seulement un pour cent de la population a voté ! En réalité, les partis politiques du Cachemire ne veulent plus d'élections. Ils veulent directement l'indépendance..."
En sortant du restaurant, je décide de quitter Srinagar et le Cachemire. Car à Gulmarg, à Sonamarg ou ailleurs au Cachemire, la situation sera aussi catastrophique.
Le mieux est d'aller à la gare routière pour acheter un billet de bus pour Jammu. Et partir le lendemain matin par le premier bus.
Arrivé à la gare routière, je vais de surprise en surprise.
D'abord, les trois guichets sont pris d'assaut. Trois très longues queues d'Indiens excités, compressés les uns contre les autres, me plongent dans l'ambiance.
Je prends la file numéro deux...
Résolu à la plus absolue patience.
Une heure et demie plus tard, c'est mon tour.
Impossible de partir le lendemain pour deux raisons : c'est le 15 août, fête nationale, aucun bus ne circule ; et l'on n'achète un billet que pour le jour même...
J'achète aussitôt un billet pour Jammu. À quelle heure part-il ?
Le guichetier est incompréhensible. Il ne sait pas ! Un bus part peut-être dans une demie heure, un autre sans doute dans une heure, mais rien n'est certain...
Le temps de revenir à l'hôtel, de préparer mon sac, impossible de prendre ces deux bus...
-"Y-a-t-il d'autres bus, Sir ?"
Mais la foule derrière moi s'impatiente. Le guichetier s'occupe du client suivant et refuse de me répondre (d'ailleurs, me comprend-t-il, j'en doute).
Je fonce à l'hôtel, prépare mon sac à dos, fais mes adieux à la famille tenant l'hôtel Crescent.
Peu après 16h, je suis de retour à la gare routière.
Auprès du Manager, dans un bâtiment à part, je trouve de meilleurs renseignements.
Mon bus est un bus de nuit. Il ne part qu'après l'arrivée du bus de Jammu, prévue entre 19h30 et 20h30. Inutile de venir à la gare avant 20h...
J'attends sur un banc en face du Tourism Information Center, à deux pas de la gare routière jusqu'à 19h30.
Retour à la gare routière. Attendre, je sais faire...
Mais ce départ de Srinagar sera plus difficile que je ne l'imagine,
Voir l'article : NUIT BLANCHE À SRINAGAR.
Lionel Bonhouvrier. |