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VOYAGE en INDE (été 2008) : HARYANA, PUNJAB, CACHEMIRE, VALLEE de CHAMBA (HIMACHAL PRADESH)

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P. DALHOUSIE (Fantaisie).
Q. TEMPLES de CHAMBA
R. PIQUE NIQUE a KHAJJIAR
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ALWAYS EXPECT UNEXPECTED (26.08.2008).

 

AlWaYS

 

ExPeCT

 

UnExPeCtEd

 

 

 

 

 

     Attends-toi à tout - surtout à l'inattendu

          si tu n'envisages qu'une vie organisée

          où tout est prévu à l'avance

          renonce aux voyages

  

 

     Les sages conseils ne sont pas pour les voyageurs

          ils justifient toujours la vie sédentaire

          polarisée autour du garde manger

 

 

     Se laisser dominer par la peur

          qui coupe les ailes

               c'est renoncer à vivre libre

               terre à terre, en serf de soi-même

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 18:44, le 26/08/2008 dans S. ALWAYS EXPECT UNEXPECTED,
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PIQUE-NIQUE A KHAJJIAR (24.08.2008).

 

 

PIQUE-NIQUE

À

KHAJJIAR

 

 

 

 

 

 

 

Je suis libre de mon temps.

C'est un privilège que je m'accorde.

De retour du temple de Chamunda Devi, où j'ai passé quelques heures jusqu'à la tombée de la nuit, je m'installe dans ma dhaba préférée.

Très vite Vikram apparaît, s'assied en face de moi.

-"Que dirais-tu d'un pique-nique à Khajjiar ?"

-"Un pique-nique ? Quand ?"

-"Demain c'est dimanche. On prend un bus. C'est à 1h30 de Chamba, pas plus."

"J'avais prévu une randonnée autour de Chamba. À toi de me convaincre que ce pique-nique vaut mieux..."

"Il y aura des jolies filles ! Alors ?"

-"S'il y a de jolies filles..."

 

Je suis libre de mon temps, mais suis-je libre de refuser un pique-nique dominical avec de jolies filles ?

En fin de matinée, j'ai achevé deux articles en chantier.

Bref, en vacance, je suis prêt à saisir toute sortie agréable.

 

Après le dîner dans une cyberboutique, je relis par internet les deux articles : quelques retouches s'imposent...

Pas de mels importants dans mes boîtes électroniques, le rêve...

 

Dans ma chambre, je m'apprête à dormir.

Mais des hommes s'interpellent dans la rue, font un splendide tapage, arrosé de bière. Sans doute des chauffeurs fêtant leur soirée du samedi.

Avant d'éteindre, je mets en marche le ventilateur. Son ronron couvre les bruits extérieurs, s'avère une berceuse idéale.

Retenez le truc. En Inde, c'est très utile.

 

Cette nuit-là, je ne cesse de rêver.

Des rêves intenses, qui se succèdent presque sans interruption. Du moins en ai-je l'impression.

Tous tournent autour d'un pique-nique à Khajjiar.

Mais pas l'ombre de Vikram, ni de la moindre jolie fille...

 

En cinq secondes, un bus aîlé me dépose devant une prairie concave.

Au centre, un étang à l'eau noirâtre qui pétille.

De temps à autre, elle entre même en ébullition.

Il est encore tôt, des vaches, des moutons et des chevaux arrivent, broutent l`herbe humide.

 

La prairie d'un vert éclatant ondule sous les rayons du soleil.

Je m'assieds sur un banc en bordure du pré pour écrire.

Des papillons, extrêmement familiers, se posent sur moi. Un gros papillon sombre adore mes pieds, qu'il étudie de la trompe. Un petit papillon jaune préfère mon genou.

Je fouille dans mon sac, pas d'appareil photo. Tout ceci est donc un rêve : dans la réalité, j'ai toujours un petit Canon sur moi ou dans mon sac.

Je veux prolonger ce rêve. Rien n'est plus simple, avec un peu d'entraînement.

 

Le troupeau de vaches se rapproche.

Une vache broute à deux pas, va me toucher, me regarde. Je comprends...

Elle tend le cou, avale la peau de banane posée sur le banc.

Elle me fait un sourire radieux, puis continue à tondre l'herbe.

 

Le rêve devient ensuite confus.

Des corneilles chient avec une grande précision sur un chien blanc.

Sans aucun sens de l'humour, le chien aboie furieusement.

Par solidarité, six ou sept chiens aboyent de concert, le temps d'une chanson formatée par le top ten.

 

Les touristes se comptent par dizaines sur la prairie, venus pour piqueniquer.

Jaillies dont ne sait où, trois sphères translucides bleutées roulent sur l'herbe.

On dirait de gros raisins en plastique, constamment en mouvement.

Curieux, quelques piqueniqueurs les touchent, et disparaissent, absorbés par ces drôles de bestioles. Elles n'en roulent que plus vite.

Une véritable chasse commence.

En quelques minutes, ces boules mangent au moins soixante-dix touristes.

 

Etrangement, le bétail est épargné.

Quand la prairie ressemble à une table de billard, débarrassée de ses bipèdes, les sphères foncent dans l'étang.

Elles s'y baignent, nagent avec grand plaisir, propulsent quelques jets d'eau - une eau devenue bleue.

Et elles bondissent hors de l'eau, tourbillonnent vers les pins à l'ouest.

La digestion sera longue.

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 07:09, le 24/08/2008 dans R. PIQUE NIQUE a KHAJJIAR, Khajjiar
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TEMPLES de CHAMBA (21.08.2008).

 

TEMPLES de CHAMBA

  

 

 

 

J'arrive à Chamba par un temps nuageux, bouché, un temps de mousson un peu déprimant. Mais j'ai la chance qu'il ne pleuve pas.

A 1000 m d'altitude, il fait plus chaud et lourd qu'à Dalhousie, située à 2100 m et noyée dans la verdure, avec ses forêts et ses bois.

 

Les temples de style sikhara, qui font la réputation de Chamba, sont dispersés.

Certains temples sont petits.

Le temple Harirai, minuscule, à côté de Gandhi Gate, date du XIe s.

Sa ligne est pure, mais on n'y trouve guère de sculptures exceptionnelles.

Le lendemain dans l'après-midi, ce temple est occupé par des excités, perchés au sommet des marches, qui haranguent les passants.

En cette période électorale, ce sont des nationalistes hindous, hurlant inlassablement des sloggans, que je commence à connaître...

Très vite, les passants participent, reprennent les sloggans...

Ecœuré, je vais voir ailleurs, si l'herbe est moins amère.

 

 

Le temple Sitaram est situé au-dessus de l'Aroma Palace.

Dédié à Ram, il donne sur une petite place ombragée.

Le quartier est sympathique.

Un peu plus haut, on accède facilement au Rang Mahal.

 

Un temple, construit au-dessus de Court Rd, est le Champavati.

Le temple sikhara est petit, ses sculptures ont disparu, ou sont dans un mauvais état de conservation.

Il est prolongé par un autre temple, ce qui donne plus d'ampleur au domaine.

Au fond de la cour, des sculptures de lions attirent l'oeil.

La cour sert en partie de dépôt pour des matériaux de construction.

Quand j'arrive, des jeunes y jouent au base-ball, s'enflamment à chaque coup de bate et se chamaillent allègrement.

 

 

*          *          *

 


L'ensemble le plus connu de Chamba regroupe six temples.

C'est le complexe de Lakshmi Narayan.

A l'entrée, une affiche proclame l'interdiction de photographier. Tout contrevenant aura une contravention de 500 roupies...

Cela complique singulièrement ma visite.

Car je suis fermement décidé à prendre quelques photos, et à ne pas payer d'amende.

 

Je fais le tour du domaine pour repérer les sculptures et les perspectives intéressantes.

Vers 8h du matin, les fidèles sont nombreux, vont d'un temple à l'autre.

Les prêtres s'affairent dans chaque temple, autour des taureaux Nandi et des idôles de la cour. Puis ils ferment la grille des deux temples de gauche.

Photographier sera difficile !

Assis dans la cour, je m'oblige à la patience. Et j'écris quelques notes.

 

Vers 9h30, fidèles et prêtres se font plus rares.

Je prends une dizaine de clichés, surtout du temple principal.

Il date du XIe s, est dédié à Vishnou (Lakshmi Narayan).  Certaines sculptures sont belles.

Plusieurs fois, je manque d'être surpris par des fidèles, qui arrivent sans crier gare...

Après 10h, la pluie me chasse.

Je compte revenir plus tard.

  

 

*          *          *

 

 

Mon temple préféré est celui de Chamunda Devi.

Perché au-dessus de Chamba, on y accède par un long escalier, qui débute au-dessus de la gare routière.

Là-haut, le panorama m'incite à y rester des heures.

On découvre les différentes parties de Chamba et le parcours de la Ravi, des deux côtés de la vallée, à des kilomètres à la ronde.

Temps nuageux avec de la brume. Mais devant cette beauté naturelle, j'éprouve une intense sensation de liberté.

 

Quand j'accède à la cour, une demie douzaine d'hommes vont et viennent. Ils repartent très vite.

Deux jeunes hommes arrivent, qui veulent me prendre en photo.

C'est d'accord, s'ils me photographient ensuite.

Déroutés par mon numérique, après cinq ou six échecs, ils réussissent enfin à prendre une photo...

 

Ensuite je suis seul, tranquille, pour tout regarder à mon aise.

Le fronton du temple est décoré de drapeaux rouges et dorés.

Sous le porche, les cloches sont regroupées par dizaines.

Belles sculptures en bois sur les côtés, mais surtout dans les caissons du plafond en bois.

La porte est encadrée par deux fresques, salies par la fumée des bougies et de l'encens.

 

Derrière, un petit temple sikhara est dédié à Shiva.

Un taureau Nandi garde l'entrée.

Côté Chamba, je reviens m'asseoir en haut des marches pour écrire et contempler le paysage.

Je m'y attarde, car c'est mon premier coup de cœur à Chamba.

 

 

Lionel Bonhouvrier.

 



Publié à 09:46, le 21/08/2008 dans Q. TEMPLES de CHAMBA, Chamba
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DALHOUSIE (20.08.2008).

 

DALhouSIE

 

 

(Fantaisie)

 

 *

 

 

 

Ne confondons pas Dalhousie, petite ville du nord de l'Inde, avec Andalousie, grande région du sud de l'Espagne.

Vers la mi-août, à la fin d'une matinée noyée sous la mousson, je descends du bus de Pathancot.

Que faire, sinon attendre que les trombes de pluie se calment, sous le petit préau de la gare routière ?

 

 

Et je tombe nez à museau avec la plus grande chèvre que j'ai jamais croisée, deux fois plus grosse que la normale, une chèvre élevée aux hormones de croissance, aussi large qu'un taureau andalou !

Ne croyez pas que j'exagère.

D'ailleurs, que fait une chèvre couchée au pied du guichet d'une gare routière ? Sinon s'exhiber pour l'étonnement des voyageurs ?

Cet animal aux longs poils est une vedette locale, au même titre qu'une femme à barbe, ou à deux têtes, une curiosité de la nature.

 

 

Après de tels débuts, je ne cesse de rencontrer pendant trois jours les animaux les plus variés, dont la bizarrerie m'incite à la réflexion.

Dalhousie est-elle un zoo, ou une station climatique appréciée par les touristes indiens ?

Je parlerai à une autre occasion de ces bizarres bipèdes montés sur roues que l'on appelle communément des touristes, concentrons-nous sur nos frères en animalerie.

Les vaches vont et viennent, comme à leur habitude.

 

 

Les chiens mènent leur vie de chien, vagabondent, se grimpent dessus, jouent et japent. Toute la journée, ces bestioles ne manquent jamais une occasion de s'allonger au soleil, dans un coin tranquille.

Certains chiens se mettent à poursuivre une voiture en aboyant. Seul le Dieu des chiens pourrait expliquer leur raison, justifiée, sans nul doute.

Deux soirs, j'en ai surpris lovés à quatre ou cinq, en une boule sympathique.

 

 

Comme à Shimla, les singes prolifèrent.

A 6h du matin, en descendant de ma pension vers la gare routière, afin de prendre le premier bus pour Chamba, je croise plusieurs bandes de singes.

A cette heure la route leur appartient.

Six ou sept gros mâles viennent m'inspecter de près.

Evidemment, j'ai quelques bananes dans mon sac.

Riz, bananes et thé, telle est ma nourriture de base en Inde.

Mais à la douane, je n'ai jamais rien à déclarer.

Alors je suis passé à travers ces amateurs d'un air innocent...

 

 

 

*          *          *

 

 

 

Il n'y a rien de particulier à faire à Dalhousie, à part se reposer, se promener selon ses envies, respirer un air rafraîchi par les nombreux arbres.

Tout incite à la lenteur, y compris ces nappes de brume, divaguant pianissimo au-dessus des vallées, ou remontant lentement des versants.

D'ailleurs, j'ai photographié une limace dans ses exercices respiratoires matinaux...

 

 

Quel fut mon emploi du temps en ce lieu béni de l'Himalaya ?

Par ordre décroissant, sa simplicite m'étonne :

1/. Taper sur le clavier d'un ordinateur dans une cyberboutique : 7 à 8h par jour en moyenne.

Ce blog vampire exige toujours plus d'articles...

2/. Dormir : entre 6 et 7h.

3/. Écrire sur mon cahier (notes, journal...) : environ 3 à 4h.

4/. Promenades et photo : 3h en moyenne.

5/. Réfléchir et ne rien faire : environ 2h.

6/. Manger et se laver : 1h.

 

 

 

*          *          *

 

 

 

Dalhousie ressemble à Shimla sous bien des aspects.

L'influence britannique reste forte : dans le style architectural des bâtiments, par la présence d'églises, ou par leur fonction de stations climatiques d'été, à l'altitude proche de 2000 mètres.

Shimla est cependant douze fois plus peuplée.

Dalhousie ressemble davantage à une petite ville d'hôtels et de pensions qu'à une petite capitale, rôle qu'assume Shimla.

 

 

C'est un lieutenant gouverneur du Punjab, David Mc Leod, qui la baptisa pour honorer un vice-roi des Indes, lord Dalhousie.

J'espère que ce haut dignitaire avait le sens de l'humour.

Connaissait-il l'Andalousie ? Rien n'est moins sûr.

D'ailleurs, le cas échéant, il devait lui préférer Gibraltar...

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 04:05, le 20/08/2008 dans P. DALHOUSIE (Fantaisie)., Dalhousie
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VIOLENCES et SEPARATISME au CACHEMIRE (19.08.2008).



 

VIOLENCES et SÉPARATISME
au CACHEMIRE












Cet article poursuit l'analyse de "GRÈVE GÉNÉRALE AU CACHEMIRE".

Je m'étais arrêté au 13 août, date de ma dernière connection possible, avant mon départ du Cachemire le 15 août.

Le texte actuel continue la chronologie au 14 août et la tient à jour.

Son but est également d'élargir l'analyse politique, puisque ayant quitté le Cachemire, cette distance la rend possible.



Voici la CHRONOLOGIE des ÉVÈNEMENTS :


- 17 juin 2008 : ouverture du pèlerinage annuel d'Amarnath, entouré d'un important dispositif de sécurité.


 

- 23 au 25 juin 2008 :  la région de Srinagar est secouée par des manifestations de musulmans opposés à la cession de terres à une fondation hindoue pour le pèlerinage d'Amarnath (40 hectares de forêt  pour la construction de sanitaires et de logements à destination des pèlerins). 

Dénonçant "le renforcement de l'occupation indienne au Cachemire", les factions séparatistes musulmanes ont décidé d'organiser une campagne de protestation.

Le 23 juin, les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur des manifestants à Srinagar, faisant un mort et des dizaines de blessés.

Les manifestations ont pris l'allure de combats de rue, et se sont étendues à l'ensemble de la vallée.

A Srinagar, ville morte depuis le 23 juin, des postes de police ont été incendiés, des bâtiments officiels endommagés et des véhicules renversés. 

A la suite de la mort d'un adolescent, plus d'un millier de manifestants se sont rassemblés, scandant "les Indiens, partez du Cachemire !".

Bilan : trois morts et plus de 140 blessés.

 

 


 

*          *          *

 

 

 
- 1er juillet 2008 : les forces de l'ordre ont ouvert le feu à balles réelles sur des nationalistes hindous qui manifestent dans la région de Jammu.

Le gouvernement de l'Etat a fini par annuler le transfert de terres pour le pèlerinage d'Amarnath afin d'enrayer le cycle de violence.

D'où la colère du principal parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP).

Les militants du BJP  manifestent à Jammu, bloquant les routes principales et forçant les commerces et écoles à fermer leurs portes.


- 4 juillet 2008 : la tension bat de nouveau son plein à Jammu, après le suicide d'un militant hindou protestant contre l'annulation du transfert de 40 hectares de terres à une fondation religieuse organisant le pèlerinage d'Amarnath. 

Les autorités ont immédiatement imposé un couvre-feu dans la région.

Des extrémistes hindous protestent contre ce revirement et tentent de bloquer, depuis la région du Jammu où ils sont majoritaires, la seule route qui mène au Cachemire.

Même si celle-ci a été rouverte par l'armée, les camions passent au compte-gouttes.

 


 

*          *          *

 

- 9 août 2008 : Une quinzaine de morts, des milliers de blessés. C'est le bilan de sept semaines de violences inter-religieuses dans l'Etat de Jammu-et-Cachemire.
 

Jammu et Srinagar sont des villes mortes : les commerces sont fermés, les routes désertes et les vivres commencent à manquer.

A Srinagar, des militants entament une grève générale ponctuée de violentes manifestations. À l'appel d'organisations islamistes, ils protestent contre les lynchages présumés de musulmans par des manifestants hindous.
 
À Jammu, la répression policière a fait au moins cinq victimes. Un militant hindou a été tué par l'armée, arrivée en renfort pour maîtriser une foule de plusieurs milliers de personnes qui prenait d'assaut un poste de police.
Le couvre-feu, instauré la semaine précédente reste sans effet.
10 000 soldats ont été appelés en renfort pour tenter d'endiguer l'agitation.
 
L'appel au calme du gouvernement n'est donc guère suivi.
"Nous poursuivrons nos manifestations jusqu'à ce que les terrains soient rendus pour le pèlerinage", avertit Leela Karan Sharma, à la tête d'une alliance régionale hindoue.
En réponse, le leader islamiste Syed Ali Geelani menace d'une "agitation de masse" si les autorités cédaient aux "fanatiques" hindous.
Pour ne rien arranger, le BJP, qui avait pourtant assuré son soutien à Manmohan Singh, annonce vouloir porter "la revendication des hindous du Cachemire" au niveau national, en appelant à une grève de trois jours.

 

- 10 au 12 août 2008 : à Srinagar, ville morte, la situation se dégrade radicalement.
 

Protestation contre le blocage de la route Jammu-Srinagar par des hindouistes radicaux. Impossible d'être approvisionnés en biens de consommation courante ou de vendre les produits maraîchers.

Couvre-feu.

Cinq manifestants musulmans ont été tués par les forces de sécurité indiennes.

Parmi eux, Sheikh Abdul Aziz, l'un des leaders de la APHC (All Parties Hurriyet Conference). L`APHC fait l`unité des partis séparatistes.

 


- 13 août 2008 : la police tue plusieurs personnes en début de soirée.

Pendant des heures, messages sonorisés des mosquées de Srinagar, enflammés et vengeurs...

 

- du 12 au 16 août 2008 : les émeutes font 23 morts et près de 600 blessés.

Après le lever du couvre-feu, les séparatistes clament dans les rues de Srinagar : "Vive le Cachemire libre !"

Fait nouveau, tous les mouvements séparatistes adoptent le même drapeau vert.

 

 

- 15 août 2008 : les séparatistes appellent au boycott du 61 ème anniversaire de l'indépendance de l'Inde en brandissant des drapeaux noirs dans les rues.

Dans le stade de Srinagar, entièrement vide, la parade officielle n'a duré que 15 minutes...

 

- 16 août 2008 : le drapeau vert a été hissé en haut d'une horloge, dans le quartier de Lal Chowk, à la place du drapeau indien. Devant des forces de police impassibles, des habitants saluent le nouvel étendard de la révolte cachemiri.

 

- 18 août 2008 : des dizaines de milliers de musulmans manifestent à Srinagar avec des drapeaux verts et noirs. Devant les locaux de l`ONU, ils réclament l'intervention de l'ONU dans la crise avec les autorités indiennes.


 

 

À SUIVRE...


SOURCES de la CHRONOLOGIE :

1/. Articles sur "Aujourd'hui l'Inde" : http://www.aujourdhuilinde.com

   - Notamment, les articles de Thomas Pekish :

     . Polémiques autour d`un pèlerinage hindou : le Cachemire indien en ébullition (25/6/2008).

     . Violences religieuses au Cachemire indien : le Premier ministre appelle au calme (9/8/2008).

 

2/.   Article de Julien Bouissou, du Monde : "A Srinagar, l'Inde célèbre son 61e anniversaire dans le sang" (17.08.2008).
 

 

 

3/.  
 

 

Lionel Bonhouvrier.

 

 



Publié à 17:11, le 19/08/2008 dans O3. VIOLENCES et SEPARATISME au CACHEMIRE, Jammu-et-Cachemire
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NUIT BLANCHE a SRINAGAR (18.08.2008).



NUIT BLANCHE

 à

SRINAGAR







Vers 19h30, je reviens à la gare routière de Srinagar.
Je m'assieds près des guichets sous une cabane à côté d'une famille punjabie. Ils reviennent d'Amarnath et retourn
e chez eux, à Ludhiana.
La première fois, je suis le mouvement. Mais l'homme sortait pour une autre raison. Tous reviennent lentement en pataugeant dans la boue sous la pluie.
Un autre homme sort en faisant de grands discours, on le suit aussitôt, en vain...
Il recommencera cette scène trois ou quatre fois. Chaque fois, des voyageurs crédules le suivront !

Vers minuit, je décide de ne plus regarder ma montre.
Cela va durer, à quoi bon m'en faire ?
Je ne bouge plus de ma place, installé sur mon gros sac à dos. Je suis plutôt favorisé par rapport à beaucoup de voyageurs, exposés à la pluie.
Seule l'arrivée d'un bus me tire de la cabane, comme un ressort !

A chaque fois je reviens bredouille.
Soit le numéro ne correspond pas. Soit le bus n'a pas de numéro et reste garé pour longtemps...
Dans la cour, les flaques sont devenues des étangs et l'on saute d`île en île, pour la forme, car nous sommes crottés depuis longtemps.
Quand un bus sort de la gare, plein de passagers, la tentation est forte de se lever, pour vérifier le numéro. Aurais-je mal vu, raté le bus 90 dans l'obscurité ?
J'y cède deux heures, avant d'y renoncer.

Ce sont les premières heures du 15 août, fête nationale de l'Inde.
Aucun bus ne circule ce jour ferié.
Si je rate mon bus, je devrais attendre le 16 au soir... Cela motive pour rester éveillé malgré la fatigue.

Pendant une heure ou deux, plus aucun bus ne rentre.
Soudain, je sens le jour qui se lève. Pas besoin de regarder ma montre, il est 5h, à quelques minutes près...
J'ai dû m'assoupir un moment. Autour de moi, les mêmes visages vont et viennent.
J'ai l'impression qu'un jeune d'une vingtaine d'années, poussé par l'angoisse, n'a cessé de marcher toute la nuit, en quête du bus 89...

Un bus, puis un autre arrivent. Grand mouvement de voyageurs !
Mais ils se garent à l'extérieur de la gare routière, Nous sortons pour voir leurs numéros : 86 et 88... Ils chargent les passagers sur la chaussée.
L'un après l'autre, ils démarrent vers Jammu.


Plus tard, un autre bus, le 87 se gare aussi a l`exterieur.
J`ai envie de demenager mes affaires devant le portail de la gare.
Mais je me calme. Il pluviote, mes sacs sont au sec, qu`ils y restent !
Et je me rassieds a couvert.

Vers 6h10, une automitrailleuse precede un convois de bus impressionnant.
Cette fois c`est la bonne !
Sept ou huit bus entrent et se garent dans la cour en aspergeant les voyageurs les plus presses.
Je trouve enfin le bus 90 !

Retour a la cabane, je saisis les deux sacs, grimpe dans le bus.
Une vitre a explose et de nombreux eclats de verre sont eparpilles sur un siege et le sol.
L`Intifada continue. Car la plupart des passagers sont des pelerins hindouistes d`Amarnath. Et les separatistes cachemiris s`attaquent aux vehicules.
C`est la riposte aux 40 ha de forets que la societe organisatrice du pelerinage d`Amarnath a voulu acquerir en juin dernier au Cachemire...

Je monte sur la galerie du toit poser mon sac a dos, trop gros pour entrer dans les filets a l`interieur. Tant pis s`il pleut trop fort...
J`ai la place n. 1, derriere le chauffeur, j`y depose mon petit sac. Ma vitre est intacte...
Dehors, toilette soignee a un tuyau pres des toilettes. J`etais d`une salete repoussante, encrasse de boue.
Au retour, je remarque un vehicule tous terrains, dont plusieurs vitres ont eclate. Les cailloux ne coutent rien...

A 6h50, depart du bus 90 de la gare routiere de Srinagar.
Tout va bien, je suis a l`interieur...

Un sadhu de Madras les accompagne.
Comme il parle bien anglais, je converse surtout avec lui. D'après lui, les premiers bus pour Jammu n'arriveront que vers 22h, et beaucoup d'autres arrivont dans la nuit.
La mère m'offre du riz aux lentilles et des chapatis, qu'elle puise dans la gamelle familiale. Ce dîner m'est utile car je n'ai que quelques biscuits. Et tous les restaurants et gargotes sont fermés aujourd'hui comme hier...

À 21h30, un premier bus, plein de passagers, part pour Jammu. C'est le numéro 95. J'ai le numéro 90, alors que la famille et le sadhu ont le numéro 75.
D'après le sadhu, je risque de partir dans un des derniers bus...
Cet après-midi, je croyais partir pour Jammu vers 18h, puis vers 20h...
Je constate que la patience s'impose...
Avec la nuit, ma chemise longue ne suffit plus, j'enfile une polaire.

Ensuite, les bus entrent dans la gare routière au compte-goutte, ou par groupe de deux ou trois...
Nous nous précipitons pour regarder le papier fixé sur la pare-brise, avec son numéro. Dans l'obscurité, c'est difficile, car ma lampe a un faux contact.
Souvent le bus n'a pas de numéro. Ou bien il ne repart pas, le chauffeur en descend et laisse son bus au parking.
Déception chaque fois que le numéro ne correspond pas avec celui de son billet...

La pluie commence. Un afflux de voyageurs se réfugie dans la cabane. Ma position devient plus inconfortable...
Peu à peu, le sol regorge d'eau, les flaques se rejoignent. A chaque arrivée de bus, nous pataugeons dans la boue...
Vers 23h, mes compagnons, au chaud dans le bus 75, quittent Srinagar pour Jammu. Good luck !

Impossible de dormir, repérer le bon bus exige d'être vigilant.
Des centaines de personnes, comme moi, espèrent que leur bus arrivera bientôt...
Les rumeurs sont constantes.
Un homme sort des guichets. Aussitôt une foule le suit : "Il va coller un papier sur un bus, voyons son numéro !"



Lionel Bonhouvrier.


Publié à 04:50, le 18/08/2008 dans O2. NUIT BLANCHE a SRINAGAR, Srinagar
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GOODBYE, CACHEMIRE ! (17.08.2008).

 

GOODBYE,                   
 
CACHEMIRE !









Le 12 août 2008 marque le tournant de mon séjour à Srinagar.
J'y séjourne depuis dix jours, mais je souhaite rester au moins une semaine supplémentaire au Cachemire.

Le 11 août, les signes négatifs s'accumulent.
D'abord, la grêve générale dure depuis onze jours !
Avec son cortège peu réjouissant : boutiques fermées, opérations ville morte, couvre-feu, combats de rues,...
À l'hôtel Crescent, la soirée du 11 août est lugubre...
Dans la salle du restaurant de l'hôtel, les discussions vont bon train.
Mushtak, un des deux frères hôteliers, un Cachemiri, un Italien et le fils de Youssouf, nous discutons longuement de la situation. Le pessimisme est de rigueur.

Le 12 août, je prévoie une matinée en barque pour voir le marché flottant .
Youssouf envisage un départ à 4h30, ce qui me convient.
Mais de 4h à 4h30, des tornades d'eau laissent peu despoir. Je me recouche.
Inutile d'aller retrouver Youssouf par un temps pareil.

Au cours de cette matinée du 12 août, on m'apprend que la police a tué cinq jeunes manifestants musulmans.
Les combats de rues redoublent.
Tout est fermé. Les gens se cloîtrent chez eux.
Voir ma réaction dans : DU SANG À SRINAGAR.

Le fils de mon hôte, environ 20 ans, martèle ses phrases avec une conviction de fanatique. Il compare la situation du Cachemire avec la Palestine. Une Intifada himalayenne, en somme.
Quand il parle d'Azad Kashmir, d'ouverture de la route vers le Pakistan, ses yeux brillent. Il apprécie l'ayatollah Khomeiny... Il réclame l'indépendance du Cachemire.
Je me lasse de ses idées et de son style tranchant.
Je préfère parler avec Youssouf, le Cachemiri voisin et l'Italien toujours fourré chez nous.

Le soir du 12 août, dépité par cette journée d'inaction forcée, j'envisage de quitter le Cachemire plus tôt que prévu.

Le 13 août
de 4h30 à 8h, visite en barque du marché flottant aux légumes sur le lac Dal.
Cette merveilleuse promenade matinale sauve une journée sinistre...
Aucune boutique n'est ouverte.
Ma cyberboutique préférée reste cadenassée toute la journée à cause des combats de rues entre manifestants et forces de l'ordre.
En soirée, d'autres morts s'ajoutent à une liste déjà longue...
(Voir l'article : GRÈVE GÉNÉRALE AU CACHEMIRE).

Au cours d'une promenade matinale, le 14 août, sur le Bund le long de la Jehlum, je fais un bilan de la situation.
À quoi bon rester à Srinagar ?
Ce n'est plus une ville, mais un désert. L'ambiance est détestable.

Je déjeune dans une épicerie, la seule boutique ouverte à un kilomètre à la ronde...
Discussion avec le patron de la situation politique.
Selon lui, la veille vers 19h30, la police est entrée chez des gens et a tiré. Le bilan est sanglant : 30 morts et de nombreux blessés. (Ce nombre de 30 morts doit être vérifié...)
C'est pourquoi les mosquées étaient en ébullition toute la soirée !
Pendant des heures, elles ne cessaient de diffuser des messages sonorisés, truffés de Allah Akhbar... 
Tout ce bruit m'empêche longtemps de m'endormir.

Le patron souhaite l'ouverture des routes vers le Pakistan et vers l'Inde, pour assurer le ravitaillement correct du Cachemire.
-"À quand remontent les dernières élections ?"
-"À 2002 ! Mais seulement un pour cent de la population a voté ! En réalité, les partis politiques du Cachemire ne veulent plus d'élections. Ils veulent directement l'indépendance..."

En sortant du restaurant, je décide de quitter Srinagar et le Cachemire. Car à Gulmarg, à Sonamarg ou ailleurs au Cachemire, la situation sera aussi catastrophique.
Le mieux est d'aller à la gare routière pour acheter un billet de bus pour Jammu. Et partir le lendemain matin par le premier bus.

Arrivé à la gare routière, je vais de surprise en surprise.
D'abord, les trois guichets sont pris d'assaut. Trois très longues queues d'Indiens excités, compressés les uns contre les autres, me plongent dans l'ambiance.
Je prends la file numéro deux...
Résolu à la plus absolue patience.


Une heure et demie plus tard, c'est mon tour.
Impossible de partir le lendemain pour deux raisons : c'est le 15 août, fête nationale, aucun bus ne circule ; et l'on n'achète un billet que pour le jour même...
J'achète aussitôt un billet pour Jammu. À quelle heure part-il ?
Le guichetier est incompréhensible. Il ne sait pas ! Un bus part peut-être dans une demie heure, un autre sans doute dans une heure, mais rien n'est certain...
Le temps de revenir à l'hôtel, de préparer mon sac, impossible de prendre ces deux bus...
-"Y-a-t-il d'autres bus, Sir ?"
 Mais la foule derrière moi s'impatiente. Le guichetier s'occupe du client suivant et refuse de me répondre (d'ailleurs, me comprend-t-il, j'en doute).

Je fonce à l'hôtel, prépare mon sac à dos, fais mes adieux à la famille tenant l'hôtel Crescent.
Peu après 16h, je suis de retour à la gare routière.
Auprès du Manager, dans un bâtiment à part, je trouve de meilleurs renseignements.
Mon bus est un bus de nuit. Il ne part qu'après l'arrivée du bus de Jammu, prévue entre 19h30 et 20h30. Inutile de venir à la gare avant 20h...

J'attends sur un banc en face du Tourism Information Center, à deux pas de la gare routière jusqu'à 19h30.
Retour à la gare routière. Attendre, je sais faire...
Mais ce départ de Srinagar sera plus difficile que je ne l'imagine,
Voir l'article : NUIT BLANCHE À SRINAGAR.



Lionel Bonhouvrier.


Publié à 07:50, le 17/08/2008 dans O1. GOODBYE CACHEMIRE !, Srinagar
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Le MARCHE FLOTTANT du LAC DAL (13.08.2008).


Le MARCHÉ  FLOTTANT 


du

LAC DAL

 

 

 

A 4h30, je rejoins Youssouf dans sa barque. Ma torche me permet d'y voir clair.
Youssouf rame à l'arrière, je suis assis sur une planche au centre de la barque à fond plat.
La nuit est profonde pendant une demie-heure. Nous avançons entre les nombreux house-boats, amarrés sur les deux rives du lac.


Depuis mon réveil, j'entends les chants sonorisés de plusieurs mosquées.
À la longue, cela finit par lasser. On souhaite le silence, peuplé des quelques bruits de la nuit.
Je me tais, attentif à la nuit, à la progression de la barque, aux sons divers : un canard surpris s'éloigne en nageant...


Nous nous éloignons de Srinagar.
Les voix sonorisées des mosquées s'estompent, remplacées par les sons discrets de la nature au crépuscule du matin.
La barque avance tout droit, dans un large canal, ou dans un couloir étroit.
Youssouf m'apprend que nous empruntons le Golden Lake.
À droite, le Parimahal est éclairé sur sa colline.
À gauche, le fort, perché et illuminé, est bien visible.
 

Maintenant, les house-boats sont derrière nous.
Nous glissons au milieu des herbages en pleine nature, environnés de canards, oies, poules d'eau et autres oiseaux aquatiques.
Ça et là, nous croisons une échoppe, un house-boat amarré, ou une maison, signalée par un point rouge lumineux.
 

Après 5h, le jour se lève progressivement.
Je distingue mieux canards et corneilles.
Nous avançons entre des herbages, des jardins flottants et la terre, ou sont construites quelques maisons.
Surpris, je découvre un village. Selon Youssouf, le gouvernement a autorisé les gens à contruire ces maisons. Elles sont beaucoup plus nombreuses que par le passé.
 

Vers 5h30, nous arrivons dans la zone du marché flottant, simple canal à deux bras, qui n'a rien de particulier.
Deux barques sont arrivées avant nous.
Mais en dix minutes, elles se comptent par dizaines.
 

Youssouf me conseille de photographier, mais il fait trop sombre pour mon appareil.
Très vite, un homme en barque me propose un tapis, du safran, et j`'ai du mal à m'en débarrasser...
Vers 5h50, je commence à prendre en photos les échanges entre vendeurs de légumes et acheteurs.
Encore dois-je utiliser un flash peu performant...
 

Vers 6h10, je peux me passer du flash.
Youssouf navigue entre les barques, ce qui me permet de photographier des scènes variées. Les barques se heurtent parfois doucement, les déplacements sont lents.
Un sikara arrive, transportant deux touristes, qui photographient le marché flottant.
 

Dans les barques, les légumes sont de belle taille et très variés : courgettes, navets, tomates, salades, coeurs de lotus, haricots verts, melons, pastèques, potirons, épinards, oignons, céleris... impossible de les citer tous.
Deux autres hommes veulent me vendre : du safran, et même un mandala tibétain (pas terrible), mais je n'ai pas d'argent sur moi.
 

Youssouf décide vers 6h45 de revenir.
Sur le chemin, canards et nénuphars pullulent.
À sa demande, je photographie Youssouf, quatre fois. Quelques barques nous dépassent.
Cette zone est ma préférée, à la fois sauvage et occupée par des jardins flottants.
Youssouf s'arrête pour que je photographie deux sortes de légumes (sortes de courgettes).
De sa rame, il appuie sur la terre flottante, qui s'enfonce...
 

Je demande à photographier des fleurs de lotus.
Arrêt et je m'en donne à coeur joie grâce au macro-numérique.
Nous croisons canards, oies et de nombreux oiseaux.
Je tente de photographier un aigle, perché sur un piloti. Mais il s'envole avant que je sois assez près (mon zoom est inadapté pour les animaux).
 

Vers 7h30, on commence à voir quelques aigles dans le ciel.
Je surprends une aigrette sur la rive.
À deux reprises, j'aperçois deux martins pêcheurs, dont le corps bleu étincelle dans l'espace.
 

Nous rejoignons la zone où stationnent les house-boats.
Le temps change très vite. Après une période de gai soleil, une brume froide descend des collines, s'étalle sur le lac...
Ramer réchauffe, mais comme passager, j'apprécie mon pull, car la fraîcheur est sensible.

À 8h, avec une demie heure de retard, précise Youssouf, nous revoilà à Dal Gate, abordant le quai de l'hôtel.
Le soleil est revenu.
Une magnifique journée semble s'annoncer.



Lionel Bonhouvrier.


Publié à 12:32, le 13/08/2008 dans N2. MARCHE FLOTTANT du LAC DAL, Srinagar
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Le LAC DAL (DAL LAKE). (8.08.2008).

 

Le LAC DAL

 

(DAL LAKE)

 

 

 

 

Ce lac magnifique donne une partie de son cachet à Srinagar, et au delà à toute la région.

Le premier jour, j'ai été séduit par les house-boats, les shikaras, cette ambiance nautique, qui transforme les relations humaines.

Finis les embouteillages et les énervements de la route.

On pagaie silencieusement, on stationne au milieu du lac pour pêcher.

Les gens viennent sur les berges pour rêver, ou regarder les passants.

Ce lac est propice aux pensées philosophiques. 

 

 

*          *          *

 

 Se promenant près de l'écluse du lac Dal, on se fait alpaguer par une foule d'individus.

-"Shikaras ! Shikaras !", crient ceux-ci, plus tenaces que les gondoliers de Venise.

-"My friend, I have for you good accomodations. Very cheap. One hundred roupies only ! Come with me, my friend !"

Je ne peux sentir ces "My friend !".

J'ai peu d'amis, de vrais amis, grâce à Dieu !

Tous ces commercants racolant sur le mode amical m'énervent.

(Nous sommes éloignés des idéaux philosophiques, non ?)

 

 

*          *          *

 

 

En pédalant vers le jardin botanique, je remarque des algues entassées sur la berge.

Je m'arrête.

Dans leur barque, des pêcheurs ramassent les algues polluant les eaux du lac.

Avec une fourche, ils les propulsent sur la berge.

Des camions les emportent ensuite pour les utiliser à d'autres fins.

Avant leur passage, des vaches broutent ces algues, un met de choix, semble-t-il.

 

 

Plus loin, huit jets d'eau alignés propulsent leurs courbes blanches dans l'espace.

C'est un spectacle curieux en ce coin désert du lac...

Mais cela donne un cachet à cette anse, qui sans ces jets d'eau passerait inapercue.

 

 

J'ai la chance de voir très bien plusieurs oiseaux.

Un colibri, cet oiseau-mouches, si fin, si beau.

Il s'enfuit à mon approche.

Une sorte d'aigrette, blanche, qui me regarde passer à vélo.

Canards et oies sont assez nombreux le long de la rive, avec quelques cygnes.

 

 

Au long de la route, cela grouille de policiers et surtout de militaires, avec mitraillettes ou fusils mitrailleurs.

L'entrée d'un Centre de Conférences est protégé par des soldats armés.

À un croisement, je remarque une automitrailleuse, entourée de militaires.

Cette route file ensuite vers le Ladakh par Sonamarg et Kargil, c'est un axe sensible étroitement surveillé.

Au niveau du jardin Nishat, un check-point fonctionne avec des barrières en quinconce obligeant les véhicules à ralentir.

 

 

*          *          *

 

 

De retour du jardin Nishat après 19 h, le soleil amorce son déclin.

Sa boule jaune vif se couche sur le lac.

Trois-quart d'heure de route me sépare de mon hôtel et je ne veux pas rouler longtemps de nuit. Je pédale donc rapidement.

 

 

Mais je remarque une foule de choses intéressantes.

Une paysanne mène son troupeau d'oies sur le trottoir.

Assis sur la rive, les gens regardent le lac et le coucher de soleil, alors que résonnent les voix d'imams de deux mosquées proches.

Les jets d'eau sur le lac continuent à pulser vers le ciel leur écume blanche.

Imperturbables, des pêcheurs à la ligne prolongent leur vice favori sur la berge ou dans leur barque.

Des vaches broutent les tas d'algues sur les berges.

Des vendeurs de légumes ou autres marchandises sont postés en bord de route.

 

Quelques jours plus tard, je vais jusqu'au milieu du lac Dal en barque.

Un marché flottant aux légumes s'y tient tôt le matin.

Voir l'article : LE MARCHÉ FLOTTANT DU LAC DAL.


 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 06:07, le 12/08/2008 dans N1. Le LAC DAL (DAL LAKE), Srinagar
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AIGLES et HOUSE-BOATS de SRINAGAR (13.08.2008).

 

AIGLES

et

 

 

HOUSE-BOATS

 

de

SRINAGAR

 

 

 

 

 

 

À ma descente du bus à Srinagar, ma première impression est la pugnacité des propriétaires de house-boats, voulant louer leurs chambres désespéremment vides.

La seconde, ce sont les aigles.

 

 

Ils planent au-dessus de la Jehlum, près du house-boat où je dors quatre nuits.

Depuis deux semaines, je contemple leurs vols planés au-dessus de la Jehlum, du lac Dal, des jardins moghols, ou de la chambre de mon hôtel.

Leur élégance me transporte.

En Europe, nous ne vivons plus avec les aigles. Il faut absolument les y réintroduire.

 

 

À Srinagar, je loge d'abord dans un house-boat, le Life of Star.

Il est ancré sur la Jehlum entre deux ponts : Abdullah bridge et Zero bridge.

Une famille l'habite, composée de deux frères, ayant femme et enfants, et de leurs parents âgés.

Trois chambres triples sont à louer, mais les affaires sont difficiles.

Peu de clients, qu'il faut racoler à la gare routière à l'arrivée des bus.

Avec la concurrence des autres propriétaires de house-boat.

Entre les deux ponts et au-delà, de nombreux house-boats sont amarrés.

Beaucoup sont vides, je pense...

 

 

*          *          *

 

 

Vers 6h30 un matin, une grande barque de bois à fond plat s'immobilise sur le fleuve à douze mètres de ma chambre.

Quatre hommes habillés marchent sur le fond, de l'eau jusqu'au nombril.

L'un deux déplace la barque en tirant une corde fixée à la proue.

À  l'aide d'une pelle, ils extraient de la vase dans le lit du fleuve pour remplir peu à peu leur barque. Les tas de vase s'amoncellent.

 

 

À 7h, trois barques sont immobilisées entre mon house-boat et le pont Abdullah.

Chacune embarque trois ou quatre ouvriers.

À la poupe, une cabane de planches contient sans doute leurs objets personnels. Son toit n'est qu'une bâche de plastique.

Les tas de vase grossissent à chaque pelletée.

 

 

Le fleuve fourmille de vie à tous les moments de la journée.

Deux pêcheurs dans leur barque approchent à quelques mètres, jettent leur filet près de la rive.

Dans le ciel, des aigles planent au-dessus de l'eau, en larges cercles.

Soudain, ils piquent dans l'eau, ramènent un poisson dans leurs serres.

Je tente de les photographier, mais mon appareil n'est pas adapté. Il me faudrait des heures de patience, pour un médiocre résultat.

 

 

Dans mon esprit, les aigles de Srinagar symbolisent les oiseaux, qui font de cette ville une merveille.

Innombrables, ils sont d'espèces différentes.

Parmi les rapaces : aigles, buses, éperviers.

À leur silhouette et à leur vol, je compte une vingtaine d'espèces différentes (corneilles, ménates, étourneaux...), sans compter les moineaux, pigeons, tourterelles...

 

 

En soirée, sur la rive du Life of Star, des centaines d'étourneaux enfouis dans le feuillage des arbres, paillent en un raffut de tous les diables.

Le bateau est amarré assez loin pour que ce concert soit agréable.

Mais les propriétaires possèdent au pied des arbres des cages pour le coq et les poules. Aux premières loges, la volaille reçoit les déjections des étourneaux...

 

 

Au fil du courant, passent sur l'eau brune : des sacs, du papier, une sandale en plastique, des bouteilles...

L'après-midi, des groupes d'adolescents se baignent joyeusement. Ils ont pied dans une grande partie du fleuve.

Leurs affaires sont déposées au bord de l'autre rive.

Un jardin et de grands arbres attirent les aigles. Ils sont perchés par dizaines sur de hautes branches.

 

 

Une semaine plus tard, je reviens un matin sur cette rive de la Jehlum, près de Zero bridge.

Les aigles se réservent deux ou trois grands arbres.

Leurs cris aigus et brefs sont surprenants. Ils contrastent avec les cris rauques, profonds, des corneilles et des choukas, perchés sur des arbres voisins.

Près d'Abdullah bridge, une pancarte vante en français le house-boat, amarré en solitaire, avec une recommandation du Guide du Routard !

 

 

*          *          *

 

 

Après deux nuits passées dans ce bateau, alors que je m'approche du pont qui y donne accès, un homme m'aborde dans la rue.

Il sait que je suis arrivé avec deux Indiens il y a trois jours. (Entretemps, j'ai randonné jusqu'à Amarnath).

Il connaît ma présence sur le Life of Star...

Il veut poursuivre la conversation, mais la nuit tombe.

Je suis pressé de rentrer à cause des grèves et des manifestations. Des groupes hostiles à l'armée ont débarqué en ville pour en découdre...

 

 

Cet homme en sait trop sur moi. Que veut-il faire de ces informations ? 

Je veux prolonger discrètement mon séjour à Srinagar et au Cachemire.

Le lendemain après-midi, je trouve une nouvelle adresse, j'emménage le matin suivant.

Quatre nuits dans ce house-boat, cela suffit pour un lieu comme Srinagar.

 

 

*          *          *

 

 

Je loge ensuite dans un hôtel au bord du lac Dal.

Pendant neuf jours, je ne cesse de voir des house-boats, ces pseudo bateaux qui ne naviguent plus.

Les aigles tournent dans le ciel, la situation politique se dégrade. Combats de rues entre manifestants et police...

Quand les bus arrivent jusqu'à Srinagar, les propriétaires de house-boats, ces rapaces, se jettent sur leurs proies, passagers venant de Jammu...

 

 

Les oiseaux de cette région me ravissent.

Mouettes et sternes. Aigles, buses, éperviers.

Aigrettes, hérons. Merles, ménates, étourneaux, coucous.

Passereaux innombrables : moineaux, geais, bouvreuils...

Et partout corneilles et choukas.

Huppes, dont je distingue trois variétés.

Canards, poules d'eau, oies, cygnes, pigeons, tourterelles...

 

 

Certaines rencontres sont exceptionnelles.

Alors que je longe à vélo le lac Dal, je crois reconnaître un colibri, posé sur un muret.

À  deux reprises, je croise des martins-pêcheurs, ces merveillles, dont l'éclat bleuté éclipse tous les joyaux du monde.

 

 

Entre terre, eau et ciel, certains couchers de soleil magnifient l'espace.

Mais le couvre-feu empêche d'en profiter. Il faut circuler, ne pas s'asseoir, même pour regarder le ciel offrir son feu d'artifice du soir.

Srinagar est ville morte, je ne suis pas fanatique des combats de rues et je suis pressé de la quitter.

À jamais en ma mémoire, les aigles et les house-boats expriment l'essence de Srinagar.

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 10:54, le 11/08/2008 dans M7. AIGLES et HOUSE BOATS de SRINAGAR, Srinagar
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Du SANG a SRINAGAR (13.08.2008).

 

DU SANG
 
à
SRINAGAR

 


(poème)

 

 

 

1




Les vautours planent au-dessus de Srinagar
chaque jour on assassine
boutiques fermées, rues vidées, ville morte
le couvre-feu comme règle civique
les soldats sont plus nombreux que les moustiques


Avec des mines d'enterrement, on se regarde
on parle de Down Town
combien de morts aujourd'hui ?

 

 

2

 

Patrouilles de soldats bien avant la nuit tombée
je descends de vélo
- Ne restez pas là, circulez !

 


Retour à l'hôtel, on remâche les nouvelles
les soirées sont lugubres
on parle de
Down Town
combien de morts aujourd'hui ?

 

 

 

3

 

Au matin, la situation a empiré
on parle du Pakistan, d'Independance Day
deux pains cachemiris sortant du four engloutis
je pianote dans une cyberboutique :
le Cachemire, mister Google, quoi de neuf ?


Mister Google n'en sait rien
quant à l'AFP, il faut s'abonner...
Toutes les cyberboutiques sont closes
cadenassées,
on se cloître, se barricade
la paranoïa suce mieux que les moustiques !

 

 

 

4



Soirée du 13 août, sinistre
les mosquées sont en ébullition :
sloggans, prêches enflammés sonorisés
ponctués d'Allah Akhbar !

 


la nuit expulse ses haines, crache ses démons
la police vient d'allonger
la liste des assassinés
les jeunes, yeux caves, voient le futur nocturne
combien de morts depuis deux mois ?


 

Lionel Bonhouvrier.


Publié à 07:07, le 10/08/2008 dans M6. Du SANG a SRINAGAR, Srinagar
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PARIMAHAL et JARDIN CHESMASHAHI (12.08.2008).

 

 

PARIMAHAL

 

et

 

JARDIN CHESMASHAHI

 
(Srinagar)

 

 

 

 

 


Au jardin botanique, il suffit de monter la petite route à travers un sous-bois.
Je dois descendre de mon vélo, pièce de musée plus proche d'un char que d'une bicyclette...

Son caprice favori : dérailler. Dérailler à la moindre occasion, parce que je m'arrête au bord du lac, parce que je le porte par-dessus un pont, parce que je recule pour reprendre la route.

Ce vélo déraille sans cesse !
À pied, tenant mon char, j'arrive à un check-point... un de plus !

 

 

Un soldat m'arrête, commence à fouiller mon sac.

-"Do you come from China ?"

J'ai du mal à ne pas éclater de rire.

Il veut voir mon appareil photo. Je le sors du sac et lui montre, sa petite taille le rassure. Je peux passer...

-"It's the first time that somebody believes that I'm a Chinese !", lançai-je au physionomiste.

Un sous-off ventru, vautré sur une chaise, comprend ma plaisanterie :

-"OK, now you can go !"

 

 

*          *          *

 

 

Après deux nouveaux déraillements, je hisse mon char jusqu'au PARIMAHAL.

L'entrée est libre, mais l'accueil fourmille de militaires.

Ils occupent le bâtiment central de l'entrée, un pavillon un peu plus loin et plusieurs postes fortifiés dispersés sur les terrasses du site.

 

 

Parimahal compte six terrasses,  l'entrée donne sur la quatrième.

Je m'assieds pour profiter du panorama, mais sept à huit Indiens arrivent, s'installent à deux mètres. Pourtant, ce n'est pas la place qui manque, mais c'est toujours ainsi avec les groupes !

Ils caquetent comme de la volaille. L'un se met à chanter. Un autre hurle pour obtenir une photo de groupe.

Une femme pérore à voix très haute en anglais dans son téléphone mobile :

-"Oui, la vue est fantastique sur le lac Dal. C'est au sommet d'une montagne. Le nom, je crois, c'est Parimahal. Tu devrais être là... Quel dommage !"

 

 

Découragé, je fuis vers les terrasses inférieures.

Trois terrasses, accessibles par des escaliers, sur les côtés offrent des points de vue sur le lac Dal et la campagne environnante.

Un héliport pour l'armée est assez proche, sur la gauche. Je reconnais la route au bord du lac Dal, le Centre de Conférences.

Le temps alterne périodes ensoleillées et nuageuses.

Je ne peux m'empêcher de photographier aussi des fleurs, nombreuses sur chaque terrasse.

 

 

Au dessus, la cinquième terrasse compte un bassin central, des roseraies, des buis taillés et un grand mur creusé de niches, orné de rocailles.

Je décide de déjeuner sur la sixième terrasse, à côté de la tour, surmontant le grand mur.

De la tour, le panorama est magnifique à 360 degrés : sur le lac Dal, le Centre de Conférences et au loin la ville de Srinagar. Mais aussi sur les montagnes alentours.

 

 

Vers 14h, les visiteurs sont partis manger.

Je suis seul à piqueniquer, dans une paix royale.

Personne pour fourrer son nez dans mes provisions...

À côté, un soldat dans son poste fortifié s'ennuit à mourir. Je me garde de tout signe envers lui.

Il passe son temps à discuter dans son téléphone de liaison.

 

 

Par précaution, je descends ensuite à la cinquième terrasse, moins attirante que la tour pour les touristes, pour m'asseoir à l'ombre.

Cela ne suffit pas. Je n'échappe pas à la curiosité de plusieurs adultes, voulant roder les quatre phrases de leur vocabulaire anglais.

Pourtant, j'écris des notes indiennes, en espérant écrire un poème...

Aux deux premiers, je lâche :"I don't like your radio...", car le premier trimbale une radio qui hurle de la musique.

Deux autres s'asseyent près de moi, me regardent écrire vingt secondes, puis à bout de patience, me bombardent de questions.

Concentré dans l'écriture, je garde le silence.

Estomaqués par un tel flegme, ils finissent par s'en aller...

 

 

Mais cela ne peut durer ainsi.

D'autres jeunes hommes tournent autour de ma place, comme si mon arbre était le plus intéressant de tout le jardin.

Impossible d'écrire un poème dans ces conditions !

Vers 16h, je m'enfuis de nouveau, me disant qu'au jardin en contrebas, j'aurai peut-être davantage de chance.

 

 

*          *          *

 

 

À CHESMASHAHI GARDEN, petit jardin moghol, je reste deux heures en fin d'après-midi.

Le lieu est désert en cette nouvelle journée de grève générale.

Personne au guichet, je ne paie pas les 10 Rs d'entrée habituelle.

En haut du jardin, la cafeteria est fermée. Les serveurs jouent aux cartes sur une pelouse. On se la coule douce...

 

 

C'est le plus petit jardin moghol. Au milieu de la terrasse supérieure, on peut voir l'ensemble du jardin.

Vraiment fatigué, écrasé par la chaleur, je m'allonge sur une pelouse sous un arbre.

Ce n'est pas le jour d'écrire un poème...

Pourtant, je ne suis dérangé par personne.

Sur une butte, à une dizaine de mètres, un camp militaire est installé avec une tente, des postes fortifiés, des gardes en faction...

 

 

Ensuite je visite le jardin, parsemé de roseraies, de massifs de fleurs variés, de buis taillés, d'arbres au tronc torturé de bonzaïs.

Un seul pavillon, peu de bassins.

Le pavillon cubique est aussi haut que large.

Une cascade, dont les canaux et bassins sont asséchés.

Je suis privé de cascades vivantes, de jets d'eau. C'est dommage !

De la vigne-vierge recouvre les murs séparant la terrasse inférieure de l'entrée de la terrasse supérieure du pavillon.

 

 

En cette fin de journée, vers 18h30, la lumière chaleureuse et douce dore le paysage.

J'aime ce jardin dans sa modestie même. Quelque soit l'heure, on y trouve de l'ombre sous un arbre.

Par comparaison avec les jardins Shalimar ou Nishat, c'est l'équivalent de Marly pour Versailles.

À Chesmashahi, on ne loge que quelques privilégiés, des intimes.

 

 

 
Lionel Bonhouvrier.



Publié à 06:59, le 9/08/2008 dans M5. PARIMAHAL et JARDIN CHESMASHAHI, Srinagar, Srinagar
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