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Attends-toi à tout - surtout à l'inattendu
si tu n'envisages qu'une vie organisée
où tout est prévu à l'avance
renonce aux voyages
Les sages conseils ne sont pas pour les voyageurs
ils justifient toujours la vie sédentaire
polarisée autour du garde manger
Se laisser dominer par la peur
qui coupe les ailes
c'est renoncer à vivre libre
terre à terre, en serf de soi-même
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 18:44, le 26/08/2008 dans S. ALWAYS EXPECT UNEXPECTED, Mots clefs : |
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PIQUE-NIQUE
À
KHAJJIAR
Je suis libre de mon temps.
C'est un privilège que je m'accorde.
De retour du temple de Chamunda Devi, où j'ai passé quelques heures jusqu'à la tombée de la nuit, je m'installe dans ma dhaba préférée.
Très vite Vikram apparaît, s'assied en face de moi.
-"Que dirais-tu d'un pique-nique à Khajjiar ?"
-"Un pique-nique ? Quand ?"
-"Demain c'est dimanche. On prend un bus. C'est à 1h30 de Chamba, pas plus."
"J'avais prévu une randonnée autour de Chamba. À toi de me convaincre que ce pique-nique vaut mieux..."
"Il y aura des jolies filles ! Alors ?"
-"S'il y a de jolies filles..."
Je suis libre de mon temps, mais suis-je libre de refuser un pique-nique dominical avec de jolies filles ?
En fin de matinée, j'ai achevé deux articles en chantier.
Bref, en vacance, je suis prêt à saisir toute sortie agréable.
Après le dîner dans une cyberboutique, je relis par internet les deux articles : quelques retouches s'imposent...
Pas de mels importants dans mes boîtes électroniques, le rêve...
Dans ma chambre, je m'apprête à dormir.
Mais des hommes s'interpellent dans la rue, font un splendide tapage, arrosé de bière. Sans doute des chauffeurs fêtant leur soirée du samedi.
Avant d'éteindre, je mets en marche le ventilateur. Son ronron couvre les bruits extérieurs, s'avère une berceuse idéale.
Retenez le truc. En Inde, c'est très utile.
Cette nuit-là, je ne cesse de rêver.
Des rêves intenses, qui se succèdent presque sans interruption. Du moins en ai-je l'impression.
Tous tournent autour d'un pique-nique à Khajjiar.
Mais pas l'ombre de Vikram, ni de la moindre jolie fille...
En cinq secondes, un bus aîlé me dépose devant une prairie concave.
Au centre, un étang à l'eau noirâtre qui pétille.
De temps à autre, elle entre même en ébullition.
Il est encore tôt, des vaches, des moutons et des chevaux arrivent, broutent l`herbe humide.
La prairie d'un vert éclatant ondule sous les rayons du soleil.
Je m'assieds sur un banc en bordure du pré pour écrire.
Des papillons, extrêmement familiers, se posent sur moi. Un gros papillon sombre adore mes pieds, qu'il étudie de la trompe. Un petit papillon jaune préfère mon genou.
Je fouille dans mon sac, pas d'appareil photo. Tout ceci est donc un rêve : dans la réalité, j'ai toujours un petit Canon sur moi ou dans mon sac.
Je veux prolonger ce rêve. Rien n'est plus simple, avec un peu d'entraînement.
Le troupeau de vaches se rapproche.
Une vache broute à deux pas, va me toucher, me regarde. Je comprends...
Elle tend le cou, avale la peau de banane posée sur le banc.
Elle me fait un sourire radieux, puis continue à tondre l'herbe.
Le rêve devient ensuite confus.
Des corneilles chient avec une grande précision sur un chien blanc.
Sans aucun sens de l'humour, le chien aboie furieusement.
Par solidarité, six ou sept chiens aboyent de concert, le temps d'une chanson formatée par le top ten.
Les touristes se comptent par dizaines sur la prairie, venus pour piqueniquer.
Jaillies dont ne sait où, trois sphères translucides bleutées roulent sur l'herbe.
On dirait de gros raisins en plastique, constamment en mouvement.
Curieux, quelques piqueniqueurs les touchent, et disparaissent, absorbés par ces drôles de bestioles. Elles n'en roulent que plus vite.
Une véritable chasse commence.
En quelques minutes, ces boules mangent au moins soixante-dix touristes.
Etrangement, le bétail est épargné.
Quand la prairie ressemble à une table de billard, débarrassée de ses bipèdes, les sphères foncent dans l'étang.
Elles s'y baignent, nagent avec grand plaisir, propulsent quelques jets d'eau - une eau devenue bleue.
Et elles bondissent hors de l'eau, tourbillonnent vers les pins à l'ouest.
La digestion sera longue.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:09, le 24/08/2008 dans R. PIQUE NIQUE a KHAJJIAR, Khajjiar Mots clefs : |
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TEMPLES de CHAMBA
J'arrive à Chamba par un temps nuageux, bouché, un temps de mousson un peu déprimant. Mais j'ai la chance qu'il ne pleuve pas.
A 1000 m d'altitude, il fait plus chaud et lourd qu'à Dalhousie, située à 2100 m et noyée dans la verdure, avec ses forêts et ses bois.
Les temples de style sikhara, qui font la réputation de Chamba, sont dispersés.
Certains temples sont petits.
Le temple Harirai, minuscule, à côté de Gandhi Gate, date du XIe s.
Sa ligne est pure, mais on n'y trouve guère de sculptures exceptionnelles.
Le lendemain dans l'après-midi, ce temple est occupé par des excités, perchés au sommet des marches, qui haranguent les passants.
En cette période électorale, ce sont des nationalistes hindous, hurlant inlassablement des sloggans, que je commence à connaître...
Très vite, les passants participent, reprennent les sloggans...
Ecœuré, je vais voir ailleurs, si l'herbe est moins amère.
Le temple Sitaram est situé au-dessus de l'Aroma Palace.
Dédié à Ram, il donne sur une petite place ombragée.
Le quartier est sympathique.
Un peu plus haut, on accède facilement au Rang Mahal.
Un temple, construit au-dessus de Court Rd, est le Champavati.
Le temple sikhara est petit, ses sculptures ont disparu, ou sont dans un mauvais état de conservation.
Il est prolongé par un autre temple, ce qui donne plus d'ampleur au domaine.
Au fond de la cour, des sculptures de lions attirent l'oeil.
La cour sert en partie de dépôt pour des matériaux de construction.
Quand j'arrive, des jeunes y jouent au base-ball, s'enflamment à chaque coup de bate et se chamaillent allègrement.
* * *
L'ensemble le plus connu de Chamba regroupe six temples.
C'est le complexe de Lakshmi Narayan.
A l'entrée, une affiche proclame l'interdiction de photographier. Tout contrevenant aura une contravention de 500 roupies...
Cela complique singulièrement ma visite.
Car je suis fermement décidé à prendre quelques photos, et à ne pas payer d'amende.
Je fais le tour du domaine pour repérer les sculptures et les perspectives intéressantes.
Vers 8h du matin, les fidèles sont nombreux, vont d'un temple à l'autre.
Les prêtres s'affairent dans chaque temple, autour des taureaux Nandi et des idôles de la cour. Puis ils ferment la grille des deux temples de gauche.
Photographier sera difficile !
Assis dans la cour, je m'oblige à la patience. Et j'écris quelques notes.
Vers 9h30, fidèles et prêtres se font plus rares.
Je prends une dizaine de clichés, surtout du temple principal.
Il date du XIe s, est dédié à Vishnou (Lakshmi Narayan). Certaines sculptures sont belles.
Plusieurs fois, je manque d'être surpris par des fidèles, qui arrivent sans crier gare...
Après 10h, la pluie me chasse.
Je compte revenir plus tard.
* * *
Mon temple préféré est celui de Chamunda Devi.
Perché au-dessus de Chamba, on y accède par un long escalier, qui débute au-dessus de la gare routière.
Là-haut, le panorama m'incite à y rester des heures.
On découvre les différentes parties de Chamba et le parcours de la Ravi, des deux côtés de la vallée, à des kilomètres à la ronde.
Temps nuageux avec de la brume. Mais devant cette beauté naturelle, j'éprouve une intense sensation de liberté.
Quand j'accède à la cour, une demie douzaine d'hommes vont et viennent. Ils repartent très vite.
Deux jeunes hommes arrivent, qui veulent me prendre en photo.
C'est d'accord, s'ils me photographient ensuite.
Déroutés par mon numérique, après cinq ou six échecs, ils réussissent enfin à prendre une photo...
Ensuite je suis seul, tranquille, pour tout regarder à mon aise.
Le fronton du temple est décoré de drapeaux rouges et dorés.
Sous le porche, les cloches sont regroupées par dizaines.
Belles sculptures en bois sur les côtés, mais surtout dans les caissons du plafond en bois.
La porte est encadrée par deux fresques, salies par la fumée des bougies et de l'encens.
Derrière, un petit temple sikhara est dédié à Shiva.
Un taureau Nandi garde l'entrée.
Côté Chamba, je reviens m'asseoir en haut des marches pour écrire et contempler le paysage.
Je m'y attarde, car c'est mon premier coup de cœur à Chamba.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 09:46, le 21/08/2008 dans Q. TEMPLES de CHAMBA, Chamba Mots clefs : |
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DALhouSIE
(Fantaisie)
*
Ne confondons pas Dalhousie, petite ville du nord de l'Inde, avec Andalousie, grande région du sud de l'Espagne.
Vers la mi-août, à la fin d'une matinée noyée sous la mousson, je descends du bus de Pathancot.
Que faire, sinon attendre que les trombes de pluie se calment, sous le petit préau de la gare routière ?
Et je tombe nez à museau avec la plus grande chèvre que j'ai jamais croisée, deux fois plus grosse que la normale, une chèvre élevée aux hormones de croissance, aussi large qu'un taureau andalou !
Ne croyez pas que j'exagère.
D'ailleurs, que fait une chèvre couchée au pied du guichet d'une gare routière ? Sinon s'exhiber pour l'étonnement des voyageurs ?
Cet animal aux longs poils est une vedette locale, au même titre qu'une femme à barbe, ou à deux têtes, une curiosité de la nature.
Après de tels débuts, je ne cesse de rencontrer pendant trois jours les animaux les plus variés, dont la bizarrerie m'incite à la réflexion.
Dalhousie est-elle un zoo, ou une station climatique appréciée par les touristes indiens ?
Je parlerai à une autre occasion de ces bizarres bipèdes montés sur roues que l'on appelle communément des touristes, concentrons-nous sur nos frères en animalerie.
Les vaches vont et viennent, comme à leur habitude.
Les chiens mènent leur vie de chien, vagabondent, se grimpent dessus, jouent et japent. Toute la journée, ces bestioles ne manquent jamais une occasion de s'allonger au soleil, dans un coin tranquille.
Certains chiens se mettent à poursuivre une voiture en aboyant. Seul le Dieu des chiens pourrait expliquer leur raison, justifiée, sans nul doute.
Deux soirs, j'en ai surpris lovés à quatre ou cinq, en une boule sympathique.
Comme à Shimla, les singes prolifèrent.
A 6h du matin, en descendant de ma pension vers la gare routière, afin de prendre le premier bus pour Chamba, je croise plusieurs bandes de singes.
A cette heure la route leur appartient.
Six ou sept gros mâles viennent m'inspecter de près.
Evidemment, j'ai quelques bananes dans mon sac.
Riz, bananes et thé, telle est ma nourriture de base en Inde.
Mais à la douane, je n'ai jamais rien à déclarer.
Alors je suis passé à travers ces amateurs d'un air innocent...
* * *
Il n'y a rien de particulier à faire à Dalhousie, à part se reposer, se promener selon ses envies, respirer un air rafraîchi par les nombreux arbres.
Tout incite à la lenteur, y compris ces nappes de brume, divaguant pianissimo au-dessus des vallées, ou remontant lentement des versants.
D'ailleurs, j'ai photographié une limace dans ses exercices respiratoires matinaux...
Quel fut mon emploi du temps en ce lieu béni de l'Himalaya ?
Par ordre décroissant, sa simplicite m'étonne :
1/. Taper sur le clavier d'un ordinateur dans une cyberboutique : 7 à 8h par jour en moyenne.
Ce blog vampire exige toujours plus d'articles...
2/. Dormir : entre 6 et 7h.
3/. Écrire sur mon cahier (notes, journal...) : environ 3 à 4h.
4/. Promenades et photo : 3h en moyenne.
5/. Réfléchir et ne rien faire : environ 2h.
6/. Manger et se laver : 1h.
* * *
Dalhousie ressemble à Shimla sous bien des aspects.
L'influence britannique reste forte : dans le style architectural des bâtiments, par la présence d'églises, ou par leur fonction de stations climatiques d'été, à l'altitude proche de 2000 mètres.
Shimla est cependant douze fois plus peuplée.
Dalhousie ressemble davantage à une petite ville d'hôtels et de pensions qu'à une petite capitale, rôle qu'assume Shimla.
C'est un lieutenant gouverneur du Punjab, David Mc Leod, qui la baptisa pour honorer un vice-roi des Indes, lord Dalhousie.
J'espère que ce haut dignitaire avait le sens de l'humour.
Connaissait-il l'Andalousie ? Rien n'est moins sûr.
D'ailleurs, le cas échéant, il devait lui préférer Gibraltar...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 04:05, le 20/08/2008 dans P. DALHOUSIE (Fantaisie)., Dalhousie Mots clefs : |
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VIOLENCES et SÉPARATISME
au CACHEMIRE
Cet article poursuit l'analyse de "GRÈVE GÉNÉRALE AU CACHEMIRE".
Je m'étais arrêté au 13 août, date de ma dernière connection possible, avant mon départ du Cachemire le 15 août.
Le texte actuel continue la chronologie au 14 août et la tient à jour.
Son but est également d'élargir l'analyse politique, puisque ayant quitté le Cachemire, cette distance la rend possible.
Voici la CHRONOLOGIE des ÉVÈNEMENTS :
- 17 juin 2008 : ouverture du pèlerinage annuel d'Amarnath, entouré d'un important dispositif de sécurité.
- 23 au 25 juin 2008 : la région de Srinagar est secouée par des manifestations de musulmans opposés à la cession de terres à une fondation hindoue pour le pèlerinage d'Amarnath (40 hectares de forêt pour la construction de sanitaires et de logements à destination des pèlerins).
Dénonçant "le renforcement de l'occupation indienne au Cachemire", les factions séparatistes musulmanes ont décidé d'organiser une campagne de protestation.
Le 23 juin, les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur des manifestants à Srinagar, faisant un mort et des dizaines de blessés.
Les manifestations ont pris l'allure de combats de rue, et se sont étendues à l'ensemble de la vallée.
A Srinagar, ville morte depuis le 23 juin, des postes de police ont été incendiés, des bâtiments officiels endommagés et des véhicules renversés.
A la suite de la mort d'un adolescent, plus d'un millier de manifestants se sont rassemblés, scandant "les Indiens, partez du Cachemire !".
Bilan : trois morts et plus de 140 blessés.
* * *
- 1er juillet 2008 : les forces de l'ordre ont ouvert le feu à balles réelles sur des nationalistes hindous qui manifestent dans la région de Jammu.
Le gouvernement de l'Etat a fini par annuler le transfert de terres pour le pèlerinage d'Amarnath afin d'enrayer le cycle de violence.
D'où la colère du principal parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP).
Les militants du BJP manifestent à Jammu, bloquant les routes principales et forçant les commerces et écoles à fermer leurs portes.
- 4 juillet 2008 : la tension bat de nouveau son plein à Jammu, après le suicide d'un militant hindou protestant contre l'annulation du transfert de 40 hectares de terres à une fondation religieuse organisant le pèlerinage d'Amarnath.
Les autorités ont immédiatement imposé un couvre-feu dans la région.
Des extrémistes hindous protestent contre ce revirement et tentent de bloquer, depuis la région du Jammu où ils sont majoritaires, la seule route qui mène au Cachemire.
Même si celle-ci a été rouverte par l'armée, les camions passent au compte-gouttes.
* * *
- 9 août 2008 : Une quinzaine de morts, des milliers de blessés. C'est le bilan de sept semaines de violences inter-religieuses dans l'Etat de Jammu-et-Cachemire.
Jammu et Srinagar sont des villes mortes : les commerces sont fermés, les routes désertes et les vivres commencent à manquer.
A Srinagar, des militants entament une grève générale ponctuée de violentes manifestations. À l'appel d'organisations islamistes, ils protestent contre les lynchages présumés de musulmans par des manifestants hindous.
À Jammu, la répression policière a fait au moins cinq victimes. Un militant hindou a été tué par l'armée, arrivée en renfort pour maîtriser une foule de plusieurs milliers de personnes qui prenait d'assaut un poste de police.
Le couvre-feu, instauré la semaine précédente reste sans effet.
10 000 soldats ont été appelés en renfort pour tenter d'endiguer l'agitation.
L'appel au calme du gouvernement n'est donc guère suivi.
"Nous poursuivrons nos manifestations jusqu'à ce que les terrains soient rendus pour le pèlerinage", avertit Leela Karan Sharma, à la tête d'une alliance régionale hindoue.
En réponse, le leader islamiste Syed Ali Geelani menace d'une "agitation de masse" si les autorités cédaient aux "fanatiques" hindous.
Pour ne rien arranger, le BJP, qui avait pourtant assuré son soutien à Manmohan Singh, annonce vouloir porter "la revendication des hindous du Cachemire" au niveau national, en appelant à une grève de trois jours.
- 10 au 12 août 2008 : à Srinagar, ville morte, la situation se dégrade radicalement.
Protestation contre le blocage de la route Jammu-Srinagar par des hindouistes radicaux. Impossible d'être approvisionnés en biens de consommation courante ou de vendre les produits maraîchers.
Couvre-feu.
Cinq manifestants musulmans ont été tués par les forces de sécurité indiennes.
Parmi eux, Sheikh Abdul Aziz, l'un des leaders de la APHC (All Parties Hurriyet Conference). L`APHC fait l`unité des partis séparatistes.
- 13 août 2008 : la police tue plusieurs personnes en début de soirée.
Pendant des heures, messages sonorisés des mosquées de Srinagar, enflammés et vengeurs...
- du 12 au 16 août 2008 : les émeutes font 23 morts et près de 600 blessés.
Après le lever du couvre-feu, les séparatistes clament dans les rues de Srinagar : "Vive le Cachemire libre !"
Fait nouveau, tous les mouvements séparatistes adoptent le même drapeau vert.
- 15 août 2008 : les séparatistes appellent au boycott du 61 ème anniversaire de l'indépendance de l'Inde en brandissant des drapeaux noirs dans les rues.
Dans le stade de Srinagar, entièrement vide, la parade officielle n'a duré que 15 minutes...
- 16 août 2008 : le drapeau vert a été hissé en haut d'une horloge, dans le quartier de Lal Chowk, à la place du drapeau indien. Devant des forces de police impassibles, des habitants saluent le nouvel étendard de la révolte cachemiri.
- 18 août 2008 : des dizaines de milliers de musulmans manifestent à Srinagar avec des drapeaux verts et noirs. Devant les locaux de l`ONU, ils réclament l'intervention de l'ONU dans la crise avec les autorités indiennes.
À SUIVRE...
SOURCES de la CHRONOLOGIE :
1/. Articles sur "Aujourd'hui l'Inde" : http://www.aujourdhuilinde.com
- Notamment, les articles de Thomas Pekish :
. Polémiques autour d`un pèlerinage hindou : le Cachemire indien en ébullition (25/6/2008).
. Violences religieuses au Cachemire indien : le Premier ministre appelle au calme (9/8/2008).
2/. Article de Julien Bouissou, du Monde : "A Srinagar, l'Inde célèbre son 61e anniversaire dans le sang" (17.08.2008).
3/.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:11, le 19/08/2008 dans O3. VIOLENCES et SEPARATISME au CACHEMIRE, Jammu-et-Cachemire Mots clefs : |
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NUIT BLANCHE
à
SRINAGAR
Vers 19h30, je reviens à la gare routière de Srinagar.
Je m'assieds près des guichets sous une cabane à côté d'une famille punjabie. Ils reviennent d'Amarnath et retourne chez eux, à Ludhiana.
La première fois, je suis le mouvement. Mais l'homme sortait pour une autre raison. Tous reviennent lentement en pataugeant dans la boue sous la pluie.
Un autre homme sort en faisant de grands discours, on le suit aussitôt, en vain...
Il recommencera cette scène trois ou quatre fois. Chaque fois, des voyageurs crédules le suivront !
Vers minuit, je décide de ne plus regarder ma montre.
Cela va durer, à quoi bon m'en faire ?
Je ne bouge plus de ma place, installé sur mon gros sac à dos. Je suis plutôt favorisé par rapport à beaucoup de voyageurs, exposés à la pluie.
Seule l'arrivée d'un bus me tire de la cabane, comme un ressort !
A chaque fois je reviens bredouille.
Soit le numéro ne correspond pas. Soit le bus n'a pas de numéro et reste garé pour longtemps...
Dans la cour, les flaques sont devenues des étangs et l'on saute d`île en île, pour la forme, car nous sommes crottés depuis longtemps.
Quand un bus sort de la gare, plein de passagers, la tentation est forte de se lever, pour vérifier le numéro. Aurais-je mal vu, raté le bus 90 dans l'obscurité ?
J'y cède deux heures, avant d'y renoncer.
Ce sont les premières heures du 15 août, fête nationale de l'Inde.
Aucun bus ne circule ce jour ferié.
Si je rate mon bus, je devrais attendre le 16 au soir... Cela motive pour rester éveillé malgré la fatigue.
Pendant une heure ou deux, plus aucun bus ne rentre.
Soudain, je sens le jour qui se lève. Pas besoin de regarder ma montre, il est 5h, à quelques minutes près...
J'ai dû m'assoupir un moment. Autour de moi, les mêmes visages vont et viennent.
J'ai l'impression qu'un jeune d'une vingtaine d'années, poussé par l'angoisse, n'a cessé de marcher toute la nuit, en quête du bus 89...
Un bus, puis un autre arrivent. Grand mouvement de voyageurs !
Mais ils se garent à l'extérieur de la gare routière, Nous sortons pour voir leurs numéros : 86 et 88... Ils chargent les passagers sur la chaussée.
L'un après l'autre, ils démarrent vers Jammu.
Plus tard, un autre bus, le 87 se gare aussi a l`exterieur.
J`ai envie de demenager mes affaires devant le portail de la gare.
Mais je me calme. Il pluviote, mes sacs sont au sec, qu`ils y restent !
Et je me rassieds a couvert.
Vers 6h10, une automitrailleuse precede un convois de bus impressionnant.
Cette fois c`est la bonne !
Sept ou huit bus entrent et se garent dans la cour en aspergeant les voyageurs les plus presses.
Je trouve enfin le bus 90 !
Retour a la cabane, je saisis les deux sacs, grimpe dans le bus.
Une vitre a explose et de nombreux eclats de verre sont eparpilles sur un siege et le sol.
L`Intifada continue. Car la plupart des passagers sont des pelerins hindouistes d`Amarnath. Et les separatistes cachemiris s`attaquent aux vehicules.
C`est la riposte aux 40 ha de forets que la societe organisatrice du pelerinage d`Amarnath a voulu acquerir en juin dernier au Cachemire...
Je monte sur la galerie du toit poser mon sac a dos, trop gros pour entrer dans les filets a l`interieur. Tant pis s`il pleut trop fort...
J`ai la place n. 1, derriere le chauffeur, j`y depose mon petit sac. Ma vitre est intacte...
Dehors, toilette soignee a un tuyau pres des toilettes. J`etais d`une salete repoussante, encrasse de boue.
Au retour, je remarque un vehicule tous terrains, dont plusieurs vitres ont eclate. Les cailloux ne coutent rien...
A 6h50, depart du bus 90 de la gare routiere de Srinagar.
Tout va bien, je suis a l`interieur...
Un sadhu de Madras les accompagne.
Comme il parle bien anglais, je converse surtout avec lui. D'après lui, les premiers bus pour Jammu n'arriveront que vers 22h, et beaucoup d'autres arrivont dans la nuit.
La mère m'offre du riz aux lentilles et des chapatis, qu'elle puise dans la gamelle familiale. Ce dîner m'est utile car je n'ai que quelques biscuits. Et tous les restaurants et gargotes sont fermés aujourd'hui comme hier...
À 21h30, un premier bus, plein de passagers, part pour Jammu. C'est le numéro 95. J'ai le numéro 90, alors que la famille et le sadhu ont le numéro 75.
D'après le sadhu, je risque de partir dans un des derniers bus...
Cet après-midi, je croyais partir pour Jammu vers 18h, puis vers 20h...
Je constate que la patience s'impose...
Avec la nuit, ma chemise longue ne suffit plus, j'enfile une polaire.
Ensuite, les bus entrent dans la gare routière au compte-goutte, ou par groupe de deux ou trois...
Nous nous précipitons pour regarder le papier fixé sur la pare-brise, avec son numéro. Dans l'obscurité, c'est difficile, car ma lampe a un faux contact.
Souvent le bus n'a pas de numéro. Ou bien il ne repart pas, le chauffeur en descend et laisse son bus au parking.
Déception chaque fois que le numéro ne correspond pas avec celui de son billet...
La pluie commence. Un afflux de voyageurs se réfugie dans la cabane. Ma position devient plus inconfortable...
Peu à peu, le sol regorge d'eau, les flaques se rejoignent. A chaque arrivée de bus, nous pataugeons dans la boue...
Vers 23h, mes compagnons, au chaud dans le bus 75, quittent Srinagar pour Jammu. Good luck !
Impossible de dormir, repérer le bon bus exige d'être vigilant.
Des centaines de personnes, comme moi, espèrent que leur bus arrivera bientôt...
Les rumeurs sont constantes.
Un homme sort des guichets. Aussitôt une foule le suit : "Il va coller un papier sur un bus, voyons son numéro !"
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 04:50, le 18/08/2008 dans O2. NUIT BLANCHE a SRINAGAR, Srinagar Mots clefs : |
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GOODBYE,
CACHEMIRE !
Le 12 août 2008 marque le tournant de mon séjour à Srinagar.
J'y séjourne depuis dix jours, mais je souhaite rester au moins une semaine supplémentaire au Cachemire.
Le 11 août, les signes négatifs s'accumulent.
D'abord, la grêve générale dure depuis onze jours !
Avec son cortège peu réjouissant : boutiques fermées, opérations ville morte, couvre-feu, combats de rues,...
À l'hôtel Crescent, la soirée du 11 août est lugubre...
Dans la salle du restaurant de l'hôtel, les discussions vont bon train.
Mushtak, un des deux frères hôteliers, un Cachemiri, un Italien et le fils de Youssouf, nous discutons longuement de la situation. Le pessimisme est de rigueur.
Le 12 août, je prévoie une matinée en barque pour voir le marché flottant .
Youssouf envisage un départ à 4h30, ce qui me convient.
Mais de 4h à 4h30, des tornades d'eau laissent peu despoir. Je me recouche.
Inutile d'aller retrouver Youssouf par un temps pareil.
Au cours de cette matinée du 12 août, on m'apprend que la police a tué cinq jeunes manifestants musulmans.
Les combats de rues redoublent.
Tout est fermé. Les gens se cloîtrent chez eux.
Voir ma réaction dans : DU SANG À SRINAGAR.
Le fils de mon hôte, environ 20 ans, martèle ses phrases avec une conviction de fanatique. Il compare la situation du Cachemire avec la Palestine. Une Intifada himalayenne, en somme.
Quand il parle d'Azad Kashmir, d'ouverture de la route vers le Pakistan, ses yeux brillent. Il apprécie l'ayatollah Khomeiny... Il réclame l'indépendance du Cachemire.
Je me lasse de ses idées et de son style tranchant.
Je préfère parler avec Youssouf, le Cachemiri voisin et l'Italien toujours fourré chez nous.
Le soir du 12 août, dépité par cette journée d'inaction forcée, j'envisage de quitter le Cachemire plus tôt que prévu.
Le 13 août de 4h30 à 8h, visite en barque du marché flottant aux légumes sur le lac Dal.
Cette merveilleuse promenade matinale sauve une journée sinistre...
Aucune boutique n'est ouverte.
Ma cyberboutique préférée reste cadenassée toute la journée à cause des combats de rues entre manifestants et forces de l'ordre.
En soirée, d'autres morts s'ajoutent à une liste déjà longue...
(Voir l'article : GRÈVE GÉNÉRALE AU CACHEMIRE).
Au cours d'une promenade matinale, le 14 août, sur le Bund le long de la Jehlum, je fais un bilan de la situation.
À quoi bon rester à Srinagar ?
Ce n'est plus une ville, mais un désert. L'ambiance est détestable.
Je déjeune dans une épicerie, la seule boutique ouverte à un kilomètre à la ronde...
Discussion avec le patron de la situation politique.
Selon lui, la veille vers 19h30, la police est entrée chez des gens et a tiré. Le bilan est sanglant : 30 morts et de nombreux blessés. (Ce nombre de 30 morts doit être vérifié...)
C'est pourquoi les mosquées étaient en ébullition toute la soirée !
Pendant des heures, elles ne cessaient de diffuser des messages sonorisés, truffés de Allah Akhbar...
Tout ce bruit m'empêche longtemps de m'endormir.
Le patron souhaite l'ouverture des routes vers le Pakistan et vers l'Inde, pour assurer le ravitaillement correct du Cachemire.
-"À quand remontent les dernières élections ?"
-"À 2002 ! Mais seulement un pour cent de la population a voté ! En réalité, les partis politiques du Cachemire ne veulent plus d'élections. Ils veulent directement l'indépendance..."
En sortant du restaurant, je décide de quitter Srinagar et le Cachemire. Car à Gulmarg, à Sonamarg ou ailleurs au Cachemire, la situation sera aussi catastrophique.
Le mieux est d'aller à la gare routière pour acheter un billet de bus pour Jammu. Et partir le lendemain matin par le premier bus.
Arrivé à la gare routière, je vais de surprise en surprise.
D'abord, les trois guichets sont pris d'assaut. Trois très longues queues d'Indiens excités, compressés les uns contre les autres, me plongent dans l'ambiance.
Je prends la file numéro deux...
Résolu à la plus absolue patience.
Une heure et demie plus tard, c'est mon tour.
Impossible de partir le lendemain pour deux raisons : c'est le 15 août, fête nationale, aucun bus ne circule ; et l'on n'achète un billet que pour le jour même...
J'achète aussitôt un billet pour Jammu. À quelle heure part-il ?
Le guichetier est incompréhensible. Il ne sait pas ! Un bus part peut-être dans une demie heure, un autre sans doute dans une heure, mais rien n'est certain...
Le temps de revenir à l'hôtel, de préparer mon sac, impossible de prendre ces deux bus...
-"Y-a-t-il d'autres bus, Sir ?"
Mais la foule derrière moi s'impatiente. Le guichetier s'occupe du client suivant et refuse de me répondre (d'ailleurs, me comprend-t-il, j'en doute).
Je fonce à l'hôtel, prépare mon sac à dos, fais mes adieux à la famille tenant l'hôtel Crescent.
Peu après 16h, je suis de retour à la gare routière.
Auprès du Manager, dans un bâtiment à part, je trouve de meilleurs renseignements.
Mon bus est un bus de nuit. Il ne part qu'après l'arrivée du bus de Jammu, prévue entre 19h30 et 20h30. Inutile de venir à la gare avant 20h...
J'attends sur un banc en face du Tourism Information Center, à deux pas de la gare routière jusqu'à 19h30.
Retour à la gare routière. Attendre, je sais faire...
Mais ce départ de Srinagar sera plus difficile que je ne l'imagine,
Voir l'article : NUIT BLANCHE À SRINAGAR.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:50, le 17/08/2008 dans O1. GOODBYE CACHEMIRE !, Srinagar Mots clefs : |
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Le MARCHÉ FLOTTANT
du
LAC DAL
A 4h30, je rejoins Youssouf dans sa barque. Ma torche me permet d'y voir clair.
Youssouf rame à l'arrière, je suis assis sur une planche au centre de la barque à fond plat.
La nuit est profonde pendant une demie-heure. Nous avançons entre les nombreux house-boats, amarrés sur les deux rives du lac.
Depuis mon réveil, j'entends les chants sonorisés de plusieurs mosquées.
À la longue, cela finit par lasser. On souhaite le silence, peuplé des quelques bruits de la nuit.
Je me tais, attentif à la nuit, à la progression de la barque, aux sons divers : un canard surpris s'éloigne en nageant...
Nous nous éloignons de Srinagar.
Les voix sonorisées des mosquées s'estompent, remplacées par les sons discrets de la nature au crépuscule du matin.
La barque avance tout droit, dans un large canal, ou dans un couloir étroit.
Youssouf m'apprend que nous empruntons le Golden Lake.
À droite, le Parimahal est éclairé sur sa colline.
À gauche, le fort, perché et illuminé, est bien visible.
Maintenant, les house-boats sont derrière nous.
Nous glissons au milieu des herbages en pleine nature, environnés de canards, oies, poules d'eau et autres oiseaux aquatiques.
Ça et là, nous croisons une échoppe, un house-boat amarré, ou une maison, signalée par un point rouge lumineux.
Après 5h, le jour se lève progressivement.
Je distingue mieux canards et corneilles.
Nous avançons entre des herbages, des jardins flottants et la terre, ou sont construites quelques maisons.
Surpris, je découvre un village. Selon Youssouf, le gouvernement a autorisé les gens à contruire ces maisons. Elles sont beaucoup plus nombreuses que par le passé.
Vers 5h30, nous arrivons dans la zone du marché flottant, simple canal à deux bras, qui n'a rien de particulier.
Deux barques sont arrivées avant nous.
Mais en dix minutes, elles se comptent par dizaines.
Youssouf me conseille de photographier, mais il fait trop sombre pour mon appareil.
Très vite, un homme en barque me propose un tapis, du safran, et j`'ai du mal à m'en débarrasser...
Vers 5h50, je commence à prendre en photos les échanges entre vendeurs de légumes et acheteurs.
Encore dois-je utiliser un flash peu performant...
Vers 6h10, je peux me passer du flash.
Youssouf navigue entre les barques, ce qui me permet de photographier des scènes variées. Les barques se heurtent parfois doucement, les déplacements sont lents.
Un sikara arrive, transportant deux touristes, qui photographient le marché flottant.
Dans les barques, les légumes sont de belle taille et très variés : courgettes, navets, tomates, salades, coeurs de lotus, haricots verts, melons, pastèques, potirons, épinards, oignons, céleris... impossible de les citer tous.
Deux autres hommes veulent me vendre : du safran, et même un mandala tibétain (pas terrible), mais je n'ai pas d'argent sur moi.
Youssouf décide vers 6h45 de revenir.
Sur le chemin, canards et nénuphars pullulent.
À sa demande, je photographie Youssouf, quatre fois. Quelques barques nous dépassent.
Cette zone est ma préférée, à la fois sauvage et occupée par des jardins flottants.
Youssouf s'arrête pour que je photographie deux sortes de légumes (sortes de courgettes).
De sa rame, il appuie sur la terre flottante, qui s'enfonce...
Je demande à photographier des fleurs de lotus.
Arrêt et je m'en donne à coeur joie grâce au macro-numérique.
Nous croisons canards, oies et de nombreux oiseaux.
Je tente de photographier un aigle, perché sur un piloti. Mais il s'envole avant que je sois assez près (mon zoom est inadapté pour les animaux).
Vers 7h30, on commence à voir quelques aigles dans le ciel.
Je surprends une aigrette sur la rive.
À deux reprises, j'aperçois deux martins pêcheurs, dont le corps bleu étincelle dans l'espace.
Nous rejoignons la zone où stationnent les house-boats.
Le temps change très vite. Après une période de gai soleil, une brume froide descend des collines, s'étalle sur le lac...
Ramer réchauffe, mais comme passager, j'apprécie mon pull, car la fraîcheur est sensible.
À 8h, avec une demie heure de retard, précise Youssouf, nous revoilà à Dal Gate, abordant le quai de l'hôtel.
Le soleil est revenu.
Une magnifique journée semble s'annoncer.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:32, le 13/08/2008 dans N2. MARCHE FLOTTANT du LAC DAL, Srinagar Mots clefs : |
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Le LAC DAL
(DAL LAKE)
Ce lac magnifique donne une partie de son cachet à Srinagar, et au delà à toute la région.
Le premier jour, j'ai été séduit par les house-boats, les shikaras, cette ambiance nautique, qui transforme les relations humaines.
Finis les embouteillages et les énervements de la route.
On pagaie silencieusement, on stationne au milieu du lac pour pêcher.
Les gens viennent sur les berges pour rêver, ou regarder les passants.
Ce lac est propice aux pensées philosophiques.
* * *
Se promenant près de l'écluse du lac Dal, on se fait alpaguer par une foule d'individus.
-"Shikaras ! Shikaras !", crient ceux-ci, plus tenaces que les gondoliers de Venise.
-"My friend, I have for you good accomodations. Very cheap. One hundred roupies only ! Come with me, my friend !"
Je ne peux sentir ces "My friend !".
J'ai peu d'amis, de vrais amis, grâce à Dieu !
Tous ces commercants racolant sur le mode amical m'énervent.
(Nous sommes éloignés des idéaux philosophiques, non ?)
* * *
En pédalant vers le jardin botanique, je remarque des algues entassées sur la berge.
Je m'arrête.
Dans leur barque, des pêcheurs ramassent les algues polluant les eaux du lac.
Avec une fourche, ils les propulsent sur la berge.
Des camions les emportent ensuite pour les utiliser à d'autres fins.
Avant leur passage, des vaches broutent ces algues, un met de choix, semble-t-il.
Plus loin, huit jets d'eau alignés propulsent leurs courbes blanches dans l'espace.
C'est un spectacle curieux en ce coin désert du lac...
Mais cela donne un cachet à cette anse, qui sans ces jets d'eau passerait inapercue.
J'ai la chance de voir très bien plusieurs oiseaux.
Un colibri, cet oiseau-mouches, si fin, si beau.
Il s'enfuit à mon approche.
Une sorte d'aigrette, blanche, qui me regarde passer à vélo.
Canards et oies sont assez nombreux le long de la rive, avec quelques cygnes.
Au long de la route, cela grouille de policiers et surtout de militaires, avec mitraillettes ou fusils mitrailleurs.
L'entrée d'un Centre de Conférences est protégé par des soldats armés.
À un croisement, je remarque une automitrailleuse, entourée de militaires.
Cette route file ensuite vers le Ladakh par Sonamarg et Kargil, c'est un axe sensible étroitement surveillé.
Au niveau du jardin Nishat, un check-point fonctionne avec des barrières en quinconce obligeant les véhicules à ralentir.
* * *
De retour du jardin Nishat après 19 h, le soleil amorce son déclin.
Sa boule jaune vif se couche sur le lac.
Trois-quart d'heure de route me sépare de mon hôtel et je ne veux pas rouler longtemps de nuit. Je pédale donc rapidement.
Mais je remarque une foule de choses intéressantes.
Une paysanne mène son troupeau d'oies sur le trottoir.
Assis sur la rive, les gens regardent le lac et le coucher de soleil, alors que résonnent les voix d'imams de deux mosquées proches.
Les jets d'eau sur le lac continuent à pulser vers le ciel leur écume blanche.
Imperturbables, des pêcheurs à la ligne prolongent leur vice favori sur la berge ou dans leur barque.
Des vaches broutent les tas d'algues sur les berges.
Des vendeurs de légumes ou autres marchandises sont postés en bord de route.
Quelques jours plus tard, je vais jusqu'au milieu du lac Dal en barque.
Un marché flottant aux légumes s'y tient tôt le matin.
Voir l'article : LE MARCHÉ FLOTTANT DU LAC DAL.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:07, le 12/08/2008 dans N1. Le LAC DAL (DAL LAKE), Srinagar Mots clefs : |
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AIGLES
et
HOUSE-BOATS
de
SRINAGAR
À ma descente du bus à Srinagar, ma première impression est la pugnacité des propriétaires de house-boats, voulant louer leurs chambres désespéremment vides.
La seconde, ce sont les aigles.
Ils planent au-dessus de la Jehlum, près du house-boat où je dors quatre nuits.
Depuis deux semaines, je contemple leurs vols planés au-dessus de la Jehlum, du lac Dal, des jardins moghols, ou de la chambre de mon hôtel.
Leur élégance me transporte.
En Europe, nous ne vivons plus avec les aigles. Il faut absolument les y réintroduire.
À Srinagar, je loge d'abord dans un house-boat, le Life of Star.
Il est ancré sur la Jehlum entre deux ponts : Abdullah bridge et Zero bridge.
Une famille l'habite, composée de deux frères, ayant femme et enfants, et de leurs parents âgés.
Trois chambres triples sont à louer, mais les affaires sont difficiles.
Peu de clients, qu'il faut racoler à la gare routière à l'arrivée des bus.
Avec la concurrence des autres propriétaires de house-boat.
Entre les deux ponts et au-delà, de nombreux house-boats sont amarrés.
Beaucoup sont vides, je pense...
* * *
Vers 6h30 un matin, une grande barque de bois à fond plat s'immobilise sur le fleuve à douze mètres de ma chambre.
Quatre hommes habillés marchent sur le fond, de l'eau jusqu'au nombril.
L'un deux déplace la barque en tirant une corde fixée à la proue.
A l'aide d'une pelle, ils extraient de la vase dans le lit du fleuve pour remplir peu à peu leur barque. Les tas de vase s'amoncellent.
À 7h, trois barques sont immobilisées entre mon house-boat et le pont Abdullah.
Chaqu'une embarque trois ou quatre ouvriers.
À la poupe, une cabane de planches contient sans doute leurs objets personnels. Son toit n'est qu'une bâche de plastique.
Les tas de vase grossissent à chaque pelletée.
Le fleuve fourmille de vie à tous les moments de la journée.
Deux pêcheurs dans leur barque approchent à quelques mètres, jettent leur filet près de la rive.
Dans le ciel, des aigles planent au-dessus de l'eau, en larges cercles.
Soudain, ils piquent dans l'eau, ramènent un poisson dans leurs serres.
Je tente de les photographier, mais mon appareil n'est pas adapté. Il me faudrait des heures de patience, pour un médiocre résultat.
Dans mon esprit, les aigles de Srinagar symbolisent les oiseaux, qui font de cette ville une merveille.
Innombrables, ils sont d'espèces différentes.
Je distingue au moins trois espèces de rapaces : aigles, buses, éperviers.
À leur silhouette et à leur vol, je compte au moins une douzaine d'espèces différentes (corneilles, ménates, étourneaux...), sans compter les moineaux, pigeons, tourterelles...
En soirée, sur la rive du Life of Star, des centaines d'étourneaux enfouis dans le feuillage des arbres, paillent en un raffut de tous les diables.
Le bateau est amarré assez loin pour que ce concert soit agréable.
Mais les propriétaires possèdent au pied des arbres des cages pour le coq et les poules. Aux premières loges, la volaille reçoit les déjections des étourneaux...
Au fil du courant, passent sur l'eau brune : des sacs, du papier, une sandale en plastique, des bouteilles...
L'après-midi, des groupes d'adolescents se baignent joyeusement. Ils ont pied dans une grande partie du fleuve.
Leurs affaires sont déposées au bord de l'autre rive.
Un jardin et de grands arbres attirent les aigles. Ils sont perchés par dizaines sur de hautes branches.
Une semaine plus tard, je reviens un matin sur cette rive de la Jehlum, près de Zero bridge.
Les aigles se réservent deux ou trois grands arbres.
Leurs cris aigus et brefs sont surprenants. Ils contrastent avec les cris rauques, profonds, des corneilles et des choukas, perchés sur des arbres voisins.
Près d'Abdullah bridge, une pancarte vante en français le house-boat, amarré en solitaire, avec une recommandation du Guide du Routard !
* * *
Après deux nuits passées dans ce bateau, alors que je m'approche du pont qui y donne accès, un homme m'aborde dans la rue.
Il sait que je suis arrivé avec deux Indiens il y a trois jours. (Entretemps, j'ai randonné jusqu'à Amarnath).
Il connaît ma présence sur le Life of Star...
Il veut poursuivre la conversation, mais la nuit tombe.
Je suis pressé de rentrer à cause des grèves et des manifestations. Des groupes hostiles à l'armée ont débarqué en ville pour en découdre...
Le lendemain, j'ai envie de changer de lieu de résidence.
Cet homme en sait trop sur moi. Que veut-il faire de ces informations ?
Je veux prolonger mon séjour à Srinagar et au Cachemire.
Dans l'après-midi, je trouve une nouvelle adresse, dans laquelle j'emménage le lendemain matin.
Quatre nuits dans ce house-boat, cela suffit pour un lieu comme Srinagar.
* * *
Je loge ensuite dans un hôtel au bord du lac Dal.
Pendant neuf jours, je ne cesse de voir des house-boats, ces pseudo bateaux qui ne naviguent plus.
Les aigles tournent dans le ciel, la situation politique se dégrade. Combats de rues entre manifestants et police...
Quand les bus arrivent jusqu'à Srinagar, les propriétaires de house-boats, ces rapaces, se jettent sur leurs proies, passagers venant de Jammu...
Les oiseaux de cette région me ravissent.
Mouettes et sternes. Aigles, buses, éperviers.
Aigrettes, hérons. Merles, ménates, étourneaux, coucous.
Passereaux innombrables : moineaux, geais, bouvreuils...
Et partout corneilles et choukas.
Huppes, dont je distingue trois variétés.
Canards, poules d'eau, oies, cygnes, pigeons, tourterelles...
Certaines rencontres sont exceptionnelles.
Alors que je longe à vélo le lac Dal, je crois reconnaître un colibri, posé sur un muret.
A deux reprises, je croise des martins-pêcheurs, ces merveillles, dont l'éclat bleuté éclipse tous les joyaux du monde.
Entre terre, eau et ciel, certains couchers de soleil magnifient l'espace.
Mais le couvre-feu empêche d'en profiter. Il faut circuler, ne pas s'asseoir, même pour regarder le ciel offrir son feu d'artifice du soir.
Srinagar est ville morte, je ne suis pas fanatique des combats de rues et je suis pressé de la quitter.
À jamais en ma mémoire, les aigles et les house-boats expriment l'essence de Srinagar.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:54, le 11/08/2008 dans M7. AIGLES et HOUSE BOATS de SRINAGAR, Srinagar Mots clefs : |
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DU SANG
à
SRINAGAR
(poème)
1
Les vautours planent au-dessus de Srinagar
chaque jour on assassine
boutiques fermées, rues vidées, ville morte
le couvre-feu comme règle civique
les soldats sont plus nombreux que les moustiques
Avec des mines d'enterrement, on se regarde
on parle de Down Town
combien de morts aujourd'hui ?
2
Patrouilles de soldats bien avant la nuit tombée
je descends de vélo
- Ne restez pas là, circulez !
Retour à l'hôtel, on remâche les nouvelles
les soirées sont lugubres
on parle de Down Town
combien de morts aujourd'hui ?
3
Au matin, la situation a empiré
on parle du Pakistan, d'Independance Day
deux pains cachemiris sortant du four engloutis
je pianote dans une cyberboutique :
le Cachemire, mister Google, quoi de neuf ?
Mister Google n'en sait rien
quant à l'AFP, il faut s'abonner...
Toutes les cyberboutiques sont closes
cadenassées,
on se cloître, se barricade
la paranoïa suce mieux que les moustiques !
4
Soirée du 13 août, sinistre
les mosquées sont en ébullition :
sloggans, prêches enflammés sonorisés
ponctués d'Allah Akhbar !
la nuit expulse ses haines, crache ses démons
la police vient d'allonger
la liste des assassinés
les jeunes, yeux caves, voient le futur nocturne
combien de morts depuis deux mois ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:07, le 10/08/2008 dans M6. Du SANG a SRINAGAR, Srinagar Mots clefs : |
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PARIMAHAL
et
JARDIN CHESMASHAHI
(Srinagar)
Au jardin botanique, il suffit de monter la petite route à travers un sous-bois.
Je dois descendre de mon vélo, pièce de musée plus proche d'un char que d'une bicyclette...
Son caprice favori : dérailler. Dérailler à la moindre occasion, parce que je m'arrête au bord du lac, parce que je le porte par-dessus un pont, parce que je recule pour reprendre la route.
Ce vélo déraille sans cesse !
À pied, tenant mon char, j'arrive à un check-point... un de plus !
Un soldat m'arrête, commence à fouiller mon sac.
-"Do you come from China ?"
J'ai du mal à ne pas éclater de rire.
Il veut voir mon appareil photo. Je le sors du sac et lui montre, sa petite taille le rassure. Je peux passer...
-"It's the first time that somebody believes that I'm a Chinese !", lançai-je au physionomiste.
Un sous-off ventru, vautré sur une chaise, comprend ma plaisanterie :
-"OK, now you can go !"
* * *
Après deux nouveaux déraillements, je hisse mon char jusqu'au PARIMAHAL.
L'entrée est libre, mais l'accueil fourmille de militaires.
Ils occupent le bâtiment central de l'entrée, un pavillon un peu plus loin et plusieurs postes fortifiés dispersés sur les terrasses du site.
Parimahal compte six terrasses, l'entrée donne sur la quatrième.
Je m'assieds pour profiter du panorama, mais sept à huit Indiens arrivent, s'installent à deux mètres. Pourtant, ce n'est pas la place qui manque, mais c'est toujours ainsi avec les groupes !
Ils caquetent comme de la volaille. L'un se met à chanter. Un autre hurle pour obtenir une photo de groupe.
Une femme pérore à voix très haute en anglais dans son téléphone mobile :
-"Oui, la vue est fantastique sur le lac Dal. C'est au sommet d'une montagne. Le nom, je crois, c'est Parimahal. Tu devrais être là... Quel dommage !"
Découragé, je fuis vers les terrasses inférieures.
Trois terrasses, accessibles par des escaliers, sur les côtés offrent des points de vue sur le lac Dal et la campagne environnante.
Un héliport pour l'armée est assez proche, sur la gauche. Je reconnais la route au bord du lac Dal, le Centre de Conférences.
Le temps alterne périodes ensoleillées et nuageuses.
Je ne peux m'empêcher de photographier aussi des fleurs, nombreuses sur chaque terrasse.
Au dessus, la cinquième terrasse compte un bassin central, des roseraies, des buis taillés et un grand mur creusé de niches, orné de rocailles.
Je décide de déjeuner sur la sixième terrasse, à côté de la tour, surmontant le grand mur.
De la tour, le panorama est magnifique à 360 degrés : sur le lac Dal, le Centre de Conférences et au loin la ville de Srinagar. Mais aussi sur les montagnes alentours.
Vers 14h, les visiteurs sont partis manger.
Je suis seul à piqueniquer, dans une paix royale.
Personne pour fourrer son nez dans mes provisions...
À côté, un soldat dans son poste fortifié s'ennuit à mourir. Je me garde de tout signe envers lui.
Il passe son temps à discuter dans son téléphone de liaison.
Par précaution, je descends ensuite à la cinquième terrasse, moins attirante que la tour pour les touristes, pour m'asseoir à l'ombre.
Cela ne suffit pas. Je n'échappe pas à la curiosité de plusieurs adultes, voulant roder les quatre phrases de leur vocabulaire anglais.
Pourtant, j'écris des notes indiennes, en espérant écrire un poème...
Aux deux premiers, je lâche :"I don't like your radio...", car le premier trimbale une radio qui hurle de la musique.
Deux autres s'asseyent près de moi, me regardent écrire vingt secondes, puis à bout de patience, me bombardent de questions.
Concentré dans l'écriture, je garde le silence.
Estomaqués par un tel flegme, ils finissent par s'en aller...
Mais cela ne peut durer ainsi.
D'autres jeunes hommes tournent autour de ma place, comme si mon arbre était le plus intéressant de tout le jardin.
Impossible d'écrire un poème dans ces conditions !
Vers 16h, je m'enfuis de nouveau, me disant qu'au jardin en contrebas, j'aurai peut-être davantage de chance.
* * *
À CHESMASHAHI GARDEN, petit jardin moghol, je reste deux heures en fin d'après-midi.
Le lieu est désert en cette nouvelle journée de grève générale.
Personne au guichet, je ne paie pas les 10 Rs d'entrée habituelle.
En haut du jardin, la cafeteria est fermée. Les serveurs jouent aux cartes sur une pelouse. On se la coule douce...
C'est le plus petit jardin moghol. Au milieu de la terrasse supérieure, on peut voir l'ensemble du jardin.
Vraiment fatigué, écrasé par la chaleur, je m'allonge sur une pelouse sous un arbre.
Ce n'est pas le jour d'écrire un poème...
Pourtant, je ne suis dérangé par personne.
Sur une butte, à une dizaine de mètres, un camp militaire est installé avec une tente, des postes fortifiés, des gardes en faction...
Ensuite je visite le jardin, parsemé de roseraies, de massifs de fleurs variés, de buis taillés, d'arbres au tronc torturé de bonzaïs.
Un seul pavillon, peu de bassins.
Le pavillon cubique est aussi haut que large.
Une cascade, dont les canaux et bassins sont asséchés.
Je suis privé de cascades vivantes, de jets d'eau. C'est dommage !
De la vigne-vierge recouvre les murs séparant la terrasse inférieure de l'entrée de la terrasse supérieure du pavillon.
En cette fin de journée, vers 18h30, la lumière chaleureuse et douce dore le paysage.
J'aime ce jardin dans sa modestie même. Quelque soit l'heure, on y trouve de l'ombre sous un arbre.
Par comparaison avec les jardins Shalimar ou Nishat, c'est l'équivalent de Marly pour Versailles.
À Chesmashahi, on ne loge que quelques privilégiés, des intimes.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:59, le 9/08/2008 dans M5. PARIMAHAL et JARDIN CHESMASHAHI, Srinagar, Srinagar Mots clefs : |
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JARDIN MOGHOL
SHALIMAR
(Srinagar)
Situés au-delà des jardins Nishat, à une douzaine de kilomètres du centre de Srinagar, on y accède par la même route. (10 Rs pour les adultes, 5 Rs pour les enfants).
Le pneu avant du vélo de l'hôtel est encore à plat. Il est crevé et se dégonfle lentement. Je n'ai pas le courage d'attendre quatre ou cinq heures, le temps qu'on trouve une pompe...
Je m'y rends en bus. C'est pratique et cela ne coûte rien.
L'ensemble est très homogène. Les jardins forment un grand rectangle, centré sur les bassins et les pavillons.
Mais cet espace est moins vaste qu'à Nishat, où l'on ressent une sensation d'immersion en pleine nature.
La logique de l'axe central est d'une stricte rigueur.
Les pavillons sont entourés d'eau car servent d'axe aux bassins et donc aux nombreux jets d'eau. Des pelouses agrémentées de parterres de fleurs ornent cet axe.
Les différences avec Nishat sont assez nettes.
Shalimar contient beaucoup plus de pavillons que Nishat. Au fond, le plus grand est une sorte de palais d'été, dont les salles sont ouvertes. À l'époque des Moghols, les salles étaient peut-être isolées par des tentures, ou fermées par des portes.
De plus, la pente des différents bassins est moins forte qu'à Nishat.
À Shalimar, les éléments (bassins, cascades, pavillons) se succèdent insensiblement.
Ce jardin est plus urbain, dessiné avec un goût plus "classique".
Cette rigueur, ainsi que les nombreux pavillons, lui donnent un air japonais.
Les point communs sont évidemment les plus nombreux.
Des deux côtés de l'axe central, Shalimar possède aussi des jardins et des parcs avec grands arbres et parterres de fleurs.
Cerisiers, pommiers, roseraies, oeillets d'Inde, pétunias, roses trémières, chrysantèmes, lilas...
* * *
Sous un arbre à l'écart, je m'assieds sur une pelouse pour écrire.
À une vingtaine de mètres, un tournage de film historique commence près de l'axe central.
Sous un arbre, des acteurs en costumes moghols se maquillent.
Plus tard, on filme une scène avec quatre acteurs, au milieu de panneaux qui réfléchissent la lumière.
Une foule d'Indiens et une poignée d'Occidentaux s'agglutinent autour de ce brassage de vent. Sans doute un téléfilm de plus sur les Moghols...
Mais cela m'arrange parfaitement.
Pendant deux heures, je peux écrire un poème, retranché dans la pensée, comme invulnérable à l'écume de l'argent que brasse le cinéma.
En réalité, je suis quand même interpellé trois fois : par un garçon, puis par deux adolescents, enfin par deux hommes...
Me voyant occupé à écrire, n'écoutant que leur envie de discuter, ils n'hésitent pas à me déranger.
Les deux hommes proposent de s'asseoir près de moi. Je dois finir la dernière partie du poème. Je refuse donc fermement. Désarçonnés, ils me regardent stupidement. Je ne veux pas d'eux, c'est inconcevable !
à suivre...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:06, le 7/08/2008 dans M4. JARDIN SHALIMAR (Srinagar), Srinagar Mots clefs : |
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TANT QUE LA TERRE
NOUS PORTE
(poème)
Nous aurons tout le temps de nous reposer
quand nous ne serons plus
qu'un pâle souvenir pour quelques survivants
Tant que la Terre nous porte
sachons mettre le sommeil en veilleuse
presser le temps de son essence
et dire à la fatigue d'aller se pendre ailleurs
où l'on broûte les pissenlits par la racine
Luttons contre l'hypnose générale
qui de nos vies fait des moulins à vent
brassant les corridors de l'inutile
dans une pure niaiserie collective
Tant que la Terre nous porte
la merveille de vivre tient la nuit en respect
nous transformons nos rêves dans nos actes diurnes
tissant nos heures et nos jours
inventeurs d'une vie de miracles
et tant pis pour les chouettes ébahies
jeteuses de mauvais sorts
prédisant les pires catastrophes
nous en rions en nous brossant les dents
Prenons le quart, vigies de l'humaine condition
tenons le cap dans les quarantièmes rugissants
garder la mesure, son rythme propre
ouvre les portes d'ivoire
la musique tambourine en nos coeurs
comme une éternité
la nuit jamais n'aura le dernier mot
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:13, le 6/08/2008 dans M3. TANT que la TERRE nous PORTE (poeme), Srinagar Mots clefs : |
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JARDIN MOGHOL
NISHAT
(Srinagar)
À vélo, il faut compter trois quarts d'heure depuis le centre-ville jusqu'aux jardins moghols Nishat.
La route longe le lac Dal, passe devant le jardin botanique, continue vers le Shalimar Garden.
Elle est très agréable à cause du lac si changeant, et de la vie qu'on y découvre.
* * *
Le tarif est le même que celui du jardin botanique : 5 Rs pour les enfants, 10 Rs pour les adultes.
Les jardins suspendus de Nishat sont magnifiques.
Ils valent les jardins de Tivoli (Latium), ou ceux du Generalife (Grenade).
Depuis l'entrée proche du lac Dal, je remonte les bassins, qui se déversent les uns dans les autres en cascades.
De nombreux bassins possèdent des jets d'eau. Ainsi l'eau s'écoule horizontalement et jaillit verticalement.
Au sommet, une muraille clôture les jardins.
Sur les côtés, deux grandes tours servaient de logements. Aujourd'hui, on les visite pas.
Près de la muraille, un grand bassin permet de se rafraîchir.
Enfants et adolescents se baignent. Les adultes font trempette avec circonspection...
Les empereurs moghols avaient le goût de ce type de jardin, évocation du Paradis.
La nature domestiquée devient innocente, grâce à la paix moghole.
Les animaux sont inoffensifs : oiseaux, par exemple, pour le plaisir des yeux et des oreilles.
Les dures réalités du monde : fauves, guerre, compétition, sont reléguées hors du paradis du jardin.
Je m'assieds sur une dalle vers le haut du jardin pour me reposer.
La fatigue accumulée me tombe sur les épaules. La température reste étouffante.
La vue est splendide, offre un dégradé de bassins, d'où l'eau jaillit, dans son écrin d'arbres, de pelouses et de fleurs, jusqu'au lac Dal, dominé par le soleil à son couchant.
* * *
Avant de pédaler jusqu'à Srinagar, 11 kilomètres plus loin, écriture dans mon cahier, le complice de toujours, mon double.
Le soleil joue ses dernières cartes
l'espace se fait velours
un tiède velours jaune et vert
que la nuit emporte à coups de balai
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:31, le 5/08/2008 dans M2. JARDIN NISHAT (Srinagar), Srinagar Mots clefs : |
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Le JARDIN BOTANIQUE
de SRINAGAR
Depuis le centre-ville, je longe l'immense lac Dal à vélo pendant 30 minutes, en m'arrêtant plusieurs fois (au Nehru gate, par exemple).
Le jardin botanique est facile à trouver.
L'entrée est de 10 Rs pour les adultes, 5 Rs pour les enfants.
Faire du pédalo sur le petit lac vous tente ?
C'est 50 Rs pour quatre personnes pendant une heure.
* * *
Le jardin botanique de Srinagar est le genre de lieu paisible, fleuri, avec des arbres à l'ombre généreuse, où je peux rester des heures à rêver.
Dans un autre vie, j'ai dû être jardinier - et la nostalgie m'en saisit de temps en temps en cette existence.
* * *
En réalité, j'aimerais y passer toute la journée, à faire la sieste sur une pelouse à l'ombre d'un arbre.
À photographier fleurs, plantes, lac, oiseaux...
À observer le cours des heures comme si le temps ne jouait que pour moi sa ronde secrête au creux de mes paumes.
À pédaler sur le lac - en touriste à l'âme aussi lisse qu'un café-crême.
À regarder mes orteils frissonner de plaisir sous la brise.
À apprivoiser les oiseaux les plus farouches grâce à une patience oubliée - généreuse, infinie patience !
À écouter les saules pleureurs se lamenter comme des ancêtres emprisonnés sous l'écorce et qui voudraient sortir...
À observer l'herbe qui pousse avec une sage lenteur.
À me moquer de l'espace toujours insatisfait, qui exalte le mouvement - au delà du lieu où l'on respire.
À respirer yeux fermés, ou yeux ouverts sur le ciel en cavale, à respirer comme la terre, simplement respirer.
À ouvrir mon coeur sur le rythme parfait, qui chaque seconde crée le monde - comme une merveille hors d'âge toujours nouvelle.
À méditer sur ma vie d'éphémère, avec la nonchalance adéquate - luxe suprême...
Puis-je faire mieux qu'être là, présent
ouvert à l'infini bonheur de vivre ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:36, le 4/08/2008 dans M1. JARDIN BOTANIQUE de SRINAGAR, Srinagar Mots clefs : |
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AMARNATH
Pèlerinage de montagne
N'allez pas imaginer, que pris d`une conversion subite pour l'hindouisme, je me suis précipité sur une célèbre route de pèlerinage.
Chaque été, pendant plus de deux mois, environ 200 000 pèlerins hindouistes entreprennent la montée jusqu'à la grotte.
En réalité, j'aime randonner en haute montagne.
Et tous les prétextes sont bons, pour aller respirer un air frais, regarder les cascades bondir des falaises, ou traverser une langue de glacier, ayant coupé le sentier.
Avec un compagnon de route, Vijay, rencontré dans le bus Jammu-Srinagar, je pars de Baltal un peu après 5h30, pour monter jusqu'à Amarnath.
Le jour se lève peu à peu.
Le sentier ne cesse de monter depuis notre dharamsala de Baltal, où nous avons passé la nuit sous une tente.
Personne ou presque à cette heure matinale, à travers des sous-bois, ou sur le flanc dénudé d'un coteau.
Nous surplombons une rivière, dont nous remontons le cours.
La matinée s'annonce ensoleillée, avec une brise rafraîchissante.
Nous commencons à croiser des gens descendant le sentier.
Vijay, un enseignant de trente deux ans du Tamil Nadu, n'est pas habitué à la montagne. Très vite, il questionne les passants sur le nombre d'heures de marche qui reste jusqu'à Amarnath. Nous n'en sommes pourtant qu'au début !
Marcher à son rythme, sans réfléchir, respirer à fond lorsque le sentier grimpe rudement, se laisser imprégner par la beauté du paysage.
Une joie profonde irrigue mon corps et mon esprit.
Tous deux avancent de concert comme deux coursiers bien dressés.
Au-dessus de 2500 mètres, je suis au mieux de ma forme.
Derrière moi, Vijay demande une nouvelle pause.
Un mal de crâne le taraude : l'altitude lui joue des tours.
Il se fatigue vite et après deux heures de marche, il ressent le besoin de s'arrêter toutes les dix minutes...
De plus, il aborde sans cesse les marcheurs pour leur soutirer toutes sortes d'informations, destinées à le rassurer.
Je trouve alors un modus vivendi.
J'explique à Vijay que je ne l'attendrai plus à chaque pause.
Je vais marcher à mon rythme, prenant de l'avance sur lui.
Comme je multiplie les pauses pour photographier le paysage et les fleurs, il a largement le temps de me rattraper.
Vers 9 h, je suis surpris. Nous sommes encore loin d'Amarnath.
Depuis trois heures, nous montons sans interruption.
Un sentier sur la gauche est particulièrement rude, oblige à du crapahutage dans les rochers. Cela ressemble à de l'escalade.
Mais il permet d'éviter la cohabitation avec chevaux et poneys, qui gênent les marcheurs. Nous devons souvent nous ranger à leur passage.
Toute la matinée, des hélicoptères vont et viennent entre Amarnath et Baltal.
Ils survolent la vallée au dessus de la rivière, que nous continuons à remonter.
Ils permettent aux pèlerins épuisés, malades ou pressés, de s'épargner un parcours à pied ou sur une mule.
Mon Canon n'est pas adapté pour photographier des hélicoptères en plein vol...
Nous traversons deux fois des langues de glacier, coupant le sentier.
De magnifiques cascades bondissent des roches, si longues que j'ai du mal à les photographier en entier.
Je remplis deux fois ma bouteille d'eau minérale à un ruisseau.
Un cachet d'hydroclonazone la rend potable au bout d'une heure.
Des passants me saluent, veulent discuter, m'interrogent sur mon pays...
Ces Indiens viennent du Tamil Nadu, du Punjab ou du Bengale.
Beaucoup de soldats en uniforme s'arrêtent pour échanger quelques mots en anglais.
On me regarde avec curiosité photographier des fleurs.
Ensuite, je leur montre le résultat sur l'écran.
Des camps militaires sont disposés sur tout le parcours durant les deux mois d'ouverture du yatra.
Des colonnes de jeunes recrues montent rapidement pour ne pas rater leur breakfast...
Vijay s'est accroché à un homme qui connaît la route.
Sur ses conseils, il dépose ses trois sacs dans un camp militaire. Il ne garde rien, même pas sa bouteille d'eau, ce qui me surprend.
Allégé, il peut continuer la montée qui s'éternise...
Malgré son poids, je préfère garder mon sac à dos.
D'abord, les deux batteries du Canon sont épuisées. Grâce au chargeur, j'espère pouvoir en recharger une à Amarnath.
Ensuite, j'ai besoin de la bouteille d'eau et de ma veste imperméable (une averse est toujours possible). Je n'ai que l'essentiel dans ce petit sac à dos.
La dernière heure de marche est pénible.
Vijay et moi avons fait la même erreur : sauter le dîner d'hier soir et le petit-déjeuner ce matin.
Nous manquons de force et notre estomac se tortille sous les efforts musculaires.
Un village de tentes signale les abords d'Amarnath.
Des soldats nous arrêtent, nous palpent, puis déballent les affaires de mon sac à dos. Je dois leur montrer mon passeport.
On ne plaisante pas avec la sécurite au cours du yatra...
Nous continuons à suivre le sentier principal dans une vallée.
De l'autre côté, nous pressentons l'existence d'Amarnath.
Trente minutes plus tard, nous traversons un ruisseau.
Ensuite, c'est la dernière montée vers notre destination. Pendant cinq minutes, nous montons entre deux rangées de boutiques.
Après six heures de marche, nous sommes arrivés à Amarnath...
Nous voyons beaucoup plus haut une immense grotte dans une falaise.
J'avise une cantine et annonce à Vijay que nous devons absolument manger, et tout de suite ! Aussi affamé que moi, il ne proteste pas pour voir la grotte immédiatement.
La cantine est pleine de soldats et de policiers.
Le repas est simple, mais je mange comme quatre : riz, pois chiches, dhal, thé et un gâteau comme dessert...
Les serveurs sont attentionnés, me présentent une chaise, m'offrent du thé, m'aident de leur mieux.
Le déjeuner englouti, nous reprenons le sentier entre les boutiques.
Très vite, une guérite pourvue de trois soldats signale un contrôle.
Palpation, on vide mon sac, passeport ! La sécurité continue son boulot de routine.
Un très long escalier aboutit à la célèbre grotte.
Vijay et moi, nous montons cet escalier aux grandes dalles comme de petits vieux.
En faisant un pas devant l'autre, on finit par y arriver !
Sur le côté, des distributeurs d'eau purifiée me remontent le moral.
Un héliport permet la rotation d'hélicoptères vers Baltal et vers Pahalgam.
La tête en l'air, je retombe très vite sur terre. Contrôle ! Palpation.
Cette fois je refuse d'ouvrir son sac. Débrouillez-vous !
Un soldat est ennuyé. Mon manque de coopération l'oblige à faire le travail...
Menacé par une insurrection séparatiste musulmane depuis près de vingt ans, le pèlerinage est placé sous haute protection afin de contrer une éventuelle attaque terroriste.
Cette année, 6000 paramilitaires assurent la sécurité des visiteurs.
L'armée a installé 97 camps de base autour du sanctuaire.
Les groupes islamistes attaquent parfois : en 2000, une trentaine de pèlerins ont été abattus par des militants séparatistes.
On continue la grimpette jusqu'à la base de la grotte.
Il est midi un quart, la chaleur est torride, la fatigue accumulée pèse, et nous sommes à environ 4500 m d'altitude.
On retire ses chaussures pour la visite. Mais le sol est glacial, humide et très glissant, à cause de l'écoulement incessant de la glace.
En cette grotte, Shiva aurait dévoilé le secret de l'immortalité à son épouse Parvati.
Un lingam de Shiva, formé dans un stalagmite de glace, est adoré par les fidèles.
Je remarque le lingam de glace de Parvati, et les pieds congelés, je passe encore plus vite que les Indiens...
Lente descente des escaliers dans la chaleur.
Je remplis ma bouteille grâce à un distributeur d'eau purifiée.
Surtout, je repère une tente qui possède une prise multiple.
Je branche le chargeur et nous nous reposons pendant 40 minutes, allongés sous la tente. La télé, fort bruyante, passionne les personnes présentes.
Mais je suis si fatigué que cela ne me dérange pas.
Seul importe d'être allongé, yeux fermés.
Avant 14 h, en route pour Baltal !
Vijay est épuisé. Il manque d'argent mais parle de poneys. Je lui propose 200 Rs pour lui épargner un retour à pied. Il préfère refuser.
Cette fois, nous prenons le chemin des équidés, qui descend le long de la rivière.
Je peux de nouveau photographier les paysages. Les versants sont bien fleuris.
Vijay s'arrête toutes les cinq ou dix minutes...
J'ai la chance de photographier de près une marmotte, qui ne m'a pas entendu approcher.
Vers 16h, mise au point avec Vijay.
Je lui explique qu'il doit s'adapter à la montagne. La pluie est probable en fin d'après-midi. J'aimerai l'éviter si possible.
Il s'arrête trop souvent. Une pause toutes les trente minutes est suffisante.
Il doit trouver son rythme de marche, même lent. S'y tenir, pour s'habituer à une cadence.
Alors, il n'aura plus besoin de pauses si fréquentes, qui font perdre du temps.
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Publié à 17:32, le 3/08/2008 dans L. AMARNATH : yatra hindou, Amarn?th Mots clefs : amarnath, pelerins, grotte, orage, Shiva, sécurité, cascades, photo |
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GRÈVE GÉNÉRALE
au CACHEMIRE
Lorsque vous croisez des gens dans la rue au Cachemire, évitez les "Namaste !" sonores.
Dans ce coin, on préfère : "Salaam aleikoum !"
Namaste, rappelle les nombreux policiers indiens, postés aux lieux stratégiques de Srinagar, qui ne sont pas les bienvenus...
Depuis une semaine, les boutiques de Main bazar et d'autres quartiers sont souvent fermées à cause d'une grève générale.
On regarde sans anémite policiers et soldats, patrouillant à pied ou en automitrailleuse. Ou postés tous les dix mètres des deux côtés d'une rue.
En revanche, l'appel à la mosquée recueille tous les suffrages.
Pour la prière du soir, on afflue de partout vers la mosquée de son quartier.
Depuis 1989, le Cachemire indien est secoué par une insurrection séparatiste islamiste qui a fait officiellement 43.000 morts (deux fois plus selon les insurgés).
Mais le niveau des violences est moins élevé depuis que l'Inde et le Pakistan ont relancé leur dialogue en 2004.
La tension entre le gouvernement et les musulmans du Cachemire s'est réactivée au début de l'été.
Depuis une semaine, la grève générale est très suivie.
* * *
Aujourd'hui, 13 août 2008, cette grève générale est interminable : deux semaines déjà !
Couvre feu, Srinagar ville morte...
Un ennui mortel. Tous les magasins sont fermés, y compris les cyberboutiques...
Je rase moi-même une barbe de quatre jours, car les barbiers ont fermé boutique.
De 11h à 17h, les gens se claquemurent chez eux...
C'est la durée de la coupure d'électricité...
N'en pouvant plus, je vais Dal Gate, où quelques dizaines de manifestants hurlent des sloggans au nez des policiers. Ceux-ci les écoutent imperturbablement.
Une automitrailleuse barre la route. Les policiers ne sont que sept ou huit.
Mais de l'autre côté du pont, d'autres regardent la scène, près à intervenir.
Je prends quelques photos, plus par désoeuvrement que pour faire oeuvre de journalisme.
Je rentre ensuite à l'hôtel Crescent.
Mais les deux portes de la rue sont cadenassées. Personne n'entend mes appels.
On ne m'ouvre qu'après sept ou huit minutes d'attente !
Le fils de la maison laisse les cadenas. Il me fait entrer par la porte des voisins, puis par un trou dans le grillage commun...
L'atmosphère de fin du monde est bien engagée...
En fin d'après-midi, les hommes s'asseyent sur le chemin en discutant des événements.
Comment ne pas devenir dépressif ?
À Srinagar, on tourne en rond avec un avenir bouché.
Et les jeunes, habitués à glandouiller sur les trottoirs ? Ils n'ont rien à faire, à part la palabre. Leur avenir n'est pas rose...
Srinagar rétrécit à vue d'oeil.
Comment ne pas désirer voir ailleurs, hors de ce lieu clos étouffant ?
* * *
Voici la CHRONOLOGIE des ÉVÈNEMENTS :
- 17 juin 2008 : ouverture du pèlerinage annuel d'Amarnath, entouré d'un important dispositif de sécurite.
- 23 au 25 juin 2008 : la région de Srinagar est secouée par des manifestations de musulmans opposés à la cession de terres à une fondation hindoue pour le pèlerinage d'Amarnath (40 hectares de forêt pour la construction de sanitaires et de logements à destination des pèlerins).
Dénonçant "le renforcement de l'occupation indienne au Cachemire", les factions séparatistes musulmanes ont décidé d'organiser une campagne de protestation.
Le 23 juin, les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur des manifestants à Srinagar, faisant un mort et des dizaines de blessés.
Les manifestations ont pris l'allure de combats de rue, et se sont étendues à l'ensemble de la vallée.
À Srinagar, ville morte depuis le 23 juin, des postes de police ont été incendiés, des bâtiments officiels endommagés et des véhicules renversés.
À la suite de la mort d'un adolescent, plus d'un millier de manifestants se sont rassemblés, scandant "les Indiens, partez du Cachemire !".
Bilan : trois morts et plus de 140 blessés.
- 1er juillet 2008 : les forces de l'ordre ont ouvert le feu à balles réelles sur des nationalistes hindous qui manifestent dans la région de Jammu.
Le gouvernement de l'Etat a fini par annuler le transfert de terres pour le pèlerinage d`'Amarnath afin d'enrayer le cycle de violence.
D'où la colère du principal parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP).
Les militants du BJP manifestent à Jammu, bloquant les routes principales et forçant les commerces et écoles à fermer leurs portes.
- 4 juillet 2008 : la tension bat de nouveau son plein à Jammu, après le suicide d'un militant hindou protestant contre l'annulation du transfert de 40 hectares de terres à une fondation religieuse organisant le pèlerinage d'Amarnath.
Les autorités ont immédiatement imposé un couvre-feu dans la région.
Des extrémistes hindous protestent contre ce revirement et tentent de bloquer, depuis la région du Jammu où ils sont majoritaires, la seule route qui mène au Cachemire.
Même si celle-ci a été rouverte par l'armée, les camions passent au compte-gouttes.
* * *
- 9 août 2008 : Une quinzaine de morts, des milliers de blessés. C'est le bilan de sept semaines de violences inter-religieuses dans l'Etat de Jammu-et-Cachemire.
Jammu et Srinagar sont des villes mortes : les commerces sont fermés, les routes désertes et les vivres commencent à manquer.
À Srinagar, des militants entame une grève générale ponctuée de violentes manifestations. À l'appel d'organisations islamistes, ils protestent contre les lynchages présumés de musulmans par des manifestants hindous.
À Jammu, la répression policière a fait au moins cinq victimes. Un militant hindou a été tué par l'armée, arrivée en renfort pour maîtriser une foule de plusieurs milliers de personnes qui prenait d'assaut un poste de police.
Le couvre-feu, instauré la semaine dernière reste sans effet.
10 000 soldats ont été appelés en renfort pour tenter d'endiguer l'agitation.
L'appel au calme du gouvernement n'est donc guère suivi.
"Nous poursuivrons nos manifestations jusqu'à ce que les terrains soient rendus pour le pèlerinage", avertit Leela Karan Sharma, à la tête d'une alliance régionale hindoue.
En réponse, le leader islamiste Syed Ali Geelani menace d'une "agitation de masse" si les autorités cédaient aux "fanatiques" hindous.
Pour ne rien arranger, le BJP, qui avait pourtant assuré son soutien à Manmohan Singh, annonce vouloir porter "la revendication des hindous du Cachemire" au niveau national, en appelant à une grève de trois jours.
- 10 au 12 août 2008 : à Srinagar, ville morte, la situation est pénible. Couvre-feu.
Cinq manifestants musulmans ont été tués par les forces de sécurité indiennes.
Le Ministre de l'Intérieur indien, Shivraj Patil, doit recevoir les délégations des deux parties pour tenter de trouver une solution à ce conflit.
- 13 août 2008 : la police tuent plusieurs personnes en début de soirée.
Pendant des heures, messages sonorisés des mosquées de Srinagar, enflammés et vengeurs...
LA SUITE... dans ce blog à l'article :
"VIOLENCES ET SÉPARATISME AU CACHEMIRE"
SOURCES de la CHRONOLOGIE :
Articles sur "Aujourd'hui l'Inde" : http://www.aujourdhuilinde.com
- Notamment, les articles de Thomas Pekish :
. Polémiques autour d'un pèlerinage hindou : le Cachemire indien en ébullition (25/6/2008).
. Violences religieuses au Cachemire indien : le Premier ministre appelle au calme (9/8/2008).
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:58, le 1/08/2008 dans K2. GREVE au CACHEMIRE, Srinagar Mots clefs : |
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BIENVENUE
au
CACHEMIRE !
(route Jammu-Srinagar)
La route de Jammu à Srinagar n'est pas banale.
Dans un minibus, je pars de Jammu à 7h30 et arrive à Srinagar vers 19h30.
Douze heures pour parcourir environ 300 km...
Mais que font les chauffeurs, ils roupillent ?
Que nenni, mais policiers et soldats fourmillent... Et les chauffeurs ralentissent sans cesse, pour n'en écraser aucun.
Sécurité oblige !
Peu de voitures circulent sur cette route.
On croise surtout des véhicules tous terrains et les petites Maruti-Suzuki.
Mais les poids lourds sont omniprésents : bus et minibus, cars, et surtout camions, indispensables dans une région privée de chemins de fer.
Bien sûr, les véhicules de l'armée et de la police défilent constamment.
Même au Ladakh, je n'ai jamais vu une telle densité de camions militaires et d'automitrailleuses.
Quand on s'arrête dans un village, des soldats sont postés dans une boutique, au-dessus d'un pont, voire sur le toit d'une maison ou derrière une mitrailleuse !
Au Jammu et au Cachemire, la guerre est visible, s'affiche dans les rues.
Véhicules et passants vivent dans cet univers de check-point, de contrôles incessants.
En outre, je m'amuse à compter les camions des routiers, abandonnés dans un fossé. Pas moins d'une douzaine...
Les véhicules militaires ont été sortis du fossé, tandis que ces épaves civiles rouillent depuis des mois ou des années...
En guise d'avertissement pour les imprudents ?
Cette route est vitale pour le ravitaillement des populations du Jammu et du Cachemire.
Elle est un cordon ombilical, la reliant à l'Inde.
Un axe permettant l'envoi de troupes sur la frontière avec le Pakistan.
Paradoxalement, elle est sans doute une des routes les plus sûres de l`Inde.
Pour des terroristes, attaquer une caserne ou un poste de contrôle est plus valorisant que balancer des grenades sur un minibus...
Quand l'altitude s'élève, des barrages apparaissent.
À partir de Patnitop et surtout de Batote, la moyenne montagne domine avec des forêts verdoyantes.
Les maisons montagnardes des villages sont bien entretenues.
On se croirait dans les Alpes...
Policiers et soldats rappellent au voyageur qu'il approche du Cachemire.
Peu à peu, le paysage change.
Nous passons de la plaine à un paysage de collines, traversées de rivières.
Plus au nord, la porte d'entrée du Cachemire est le Jawahar Tunnel.
Check-point obligatoire...
De l'autre côté du tunnel, nous entrons dans la vallée du Cachemire en descendant la route en lacets, surveillée tous les dix mètres par des uniformes.
Le paysage est verdoyant, rien à voir avec le Ladakh !
Nous descendons les collines jusque dans la plaine, intensément cultivée.
Le vent agite les arbres, met en valeur de nombreuses nuances de vert, rafraîchit l'atmosphère et les âmes.
Le vent souffle aux voyageurs : "Bienvenue au Cachemire !"
Je savoure ses instants de liberté, de confiance, comme soustraits à la situation politico-militaire de l'Inde et du Pakistan.
Les forces de l'ordre fourmillent : en bordure de route, ce ne sont que guérites, nids de mitrailleuses, postes de contrôle, camps militaires et bâtiments de la police.
Un peu plus loin, le minibus s'arrête à un poste de contrôle.
Notre chauffeur règle un péage, mais les passagers ne sont ni contrôlés, ni fouillés.
Notre dernier arrêt est situé à 68 km de Srinagar.
Occasion pour acheter boisson ou nourriture.
Pour discuter aussi avec les soldats, qui ne demandent que cela.
L'ennui doit être difficile à supporter...
Ils viennent des quatre coins de l'Inde, mais l'uniforme les égalise.
Après douze heures de trajet, nous arrivons à la gare routière de Srinagar.
Aussitôt, une douzaine d'hommes se ruent sur nous :
-"House-Boat, sir ! House-Boat !"
Une véritable attaque de requins, coordonnée, fatale et impitoyable.
Ils ne mordent pas, mais c'est tout juste...
Le plus difficile est d'en choisir un sans que les pirates délaissés ne hurlent, ne se roulent dans la poussière en appelant au meurtre...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:25, le 31/07/2008 dans K1. BIENVENUE AU CACHEMIRE !, Srinagar Mots clefs : |
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POUSSIÈRE
(poème)
Nous sommes poussières au vent allant
traversés par la lumière
au premier jour du monde
Qui le croirait ?
Qui l'imaginerait jusque dans ses os ?
En nous
si opposés à la sérénité d'un Bouddha
tristesse et joie balancent
De la vie à la mort
les extrêmes nous conviennent
Nous sommes poussière voltigeant dans la lumière
enfants-rois de la Création
Quelles distinctions entre grains de poussière
ne feraient sourire ?
Que restera-t-il de nos rêves inouïs
de notre orgueil d'éphémères ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:44, le 30/07/2008 dans J3. POUSSIERE (Poeme), Amritsar Mots clefs : |
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HYMNE au CORPS
(Poème).
Le corps est une harpe qui vibre dans le vent
dans les aléas mélodieux d'une musique
le corps est membrane
corps-vivant souple et vibratile
musique jusqu'aux orteils, jusqu'aux cheveux
j'offre le corps : cadeau subtil
au Dieu vivant
la gorge est un puits de velours
jamais rassasié d'extase sonore
les oreilles frémissent de joie
à la beauté des chants
les pieds dansent - atomes
ivres de voyage cosmique
les cheveux les accompagnent au vent
cascades d'ombre et de lumière
les mains se joignent vers le ciel
écrivent des partitions inédites
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:50, le 29/07/2008 dans J2. HYMNE au CORPS (Poeme), Amritsar Mots clefs : |
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UN MISÉRABLE
(poème)
Surgit est pauvre, illettré
exclu de consommation culturelle
pourchassé par les difficultés matérielles
Chaque jour, il vient au temple
s'immerger dans la beauté des chants
dans la poésie profonde de la musique
naviguer sur la barque d'Isis
dans le flux de l'Intemporel
Nul ne peut décrire sa vie spirituelle
il pleure sur les malheurs du monde
dont il éponge les plaies incessantes
son corps d'écorché rayonne d'amour
et il repart avec ses nippes hors d'âge
le cœur débordant d'une paix de lumière
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:37, le 28/07/2008 dans J1. Un MISERABLE (poeme), Amritsar Mots clefs : |
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MISTER SWAMI
C'est Rajesh Chopra, qui me le présente, moins de deux heures après avoir fait ma connaissance.
Au début de notre virée des lieux à voir à Kapurthala, il s'arrête chez un professeur de yoga Swami Anand Om Praksh.
C'est un vieillard du type Merlin l'enchanteur, maigre avec une barbe blanche en friche. Ce soir là, il semble épuisé par la chaleur d'étuve de son domicile.
Sa maison dispose d'un jardin, mais on étouffe dans la petite cour.
Il nous propose un thé, que Rajesh décline : nous venons d'en boire.
Rajesh préfère présenter sa ville natale au Français, invité par son épouse, grâce à une virée en scooter.
Mister Swami, en meilleure forme, nous rejoint en début de soirée chez les Chopra.
Il m'incite fortement à suivre son cours de yoga, le lendemain à 5h du matin.
L'heure ne me gêne pas, mais j'estime avoir mieux à faire.
Depuis deux jours, impossible de me connecter sur internet. J'ai trois textes à écrire sur Anandpur Sahib et Naina Devi.
Bref, cette proposition tombe mal !
Mais Anand Om Praksh insiste lourdement, soutenu par Rajesh Chopra.
Je m'incline par courtoisie, ne suis-je pas l'invité de la famille Chopra à Kapurthala ?
Le lendemain vers 5h, Rajesh téléphone plusieurs fois au Swami sans résultat.
Il me transporte sur son scooter et très vite nous croisons le professeur.
Rajesh retourne chez lui, alors que je grimpe sur le scooter de Mister Swami jusqu'au Camera Garden.
Dans ce jardin, les cours ont lieu sur une pelouse rectangulaire.
Notre groupe se compose d'une dizaine de personnes, qui évoluent dans une semi obscurité.
Mister Swami commence ses exercices corporels, que nous reproduisons fidèlement.
Pendant une heure et demie, avec une pose intermédiaire, nous pratiquons une sorte de gymnastique.
Ce sont surtout des exercices d'étirement du corps : la nuque, le cou, le tronc, les bras, les doigts, les jambes, les pieds...
Nous nous massons aussi : le crâne, les rotules,...
De temps en temps, nous éclatons de rire, même si les rires à la commande semblent un peu forcés.
Ou nous poussons un OM profond, que nous devons tenir le plus longtemps possible.
Puis nous faisons le vide en nous au cours d'un exercice.
A la pause, je me jette sur ma bouteille d'eau minérale.
J'ai l'impression d'étouffer, d'être complétement deshydraté !
Il n'est que 6h du matin, mais je ruisselle de transpiration...
La pause est donc la bienvenue. Nous nous asseyons sur des bâches de plastique, en attendant le retour de notre professeur.
Autour de nous, deux autres groupes s'activent. Je reconnais certains des exercices de Mister Swami.
Vers 6h30, fin du cours !
Une ou deux personnes se sont arrêtées avant, pour épargner leur coeur.
Plusieurs sont âgées. Mister Swami me présente le doyen, un avocat de 90 ans...
Quel mérite, à son âge ! Je sers la main à un autre avocat, aux membres du groupe.
Je prends tout le groupe en photo : après l'effort, la récompense !
Mister Swami me demande de rester sur la pelouse.
Deux journalistes vont nous rejoindre pour m'interroger. Il sort son portable et leur téléphone.
En attendant, je fais le tour de cette partie du Camera Garden, prends quelques photos. Puis je photographie Swami himself.
C'est alors que deux journalistes nous rejoignent.
Ils veulent me photographier sur le site de plusieurs monuments de Kapurthala, en commençant par le jardin.
L'exécution suit la proposition.
Je monte sur le scooter du journaliste (Mahesh Kumar), le photographe (Ashok Kumar Singh) nous précède sur sa moto.
Et Mister Swami, au scooter vibrionnant, nous suit vaillamment.
Nous nous arrêtons ainsi à la mosquée, et dans un ou deux autres lieux.
Ensuite, Mahesh Kumar nous accueille dans sa maison.
Thé et biscuits comme coupe faim sont les bienvenus, en discutant de mon voyage en Inde. Je peux aussi utiliser son ordinateur pour consulter mes messages électroniques.
Du moins jusqu'à la coupure d'électricité, à 9h, qui dure jusqu'à midi...
Et une seconde coupure dure de 14h à 17h30.
Après avoir échangés nos coordonnées, nous nous séparons.
Mister Swami me refait monter sur son scooter jusqu'au domicile d'un des avocats, membre du cours de yoga.
Nous sommes invités à un breakfast.
Belle maison, mais la maîtresse de maison est morose, chipote avec les aliments.
Le fils se lève dans une chambre ouverte sur le salon, avec un hématome au front et se tait obstinément.
Une jeune noire nous sert les plats, va et vient depuis la cuisine...
Heureusement, l'avocat et Mister Swami échangent quelques propos détendus.
Mais je m'ennuie ferme.
Quand nous sortons, je rappelle à Mister Swami mon souhait d'aller dans un café internet pour travailler. Ce n'est pas encore le moment...
De l'autre côté de la ruelle, l'avocat me montre son grand jardin en formation.
Toute la ruelle est occupée par des fils ou des filles de l'avocat.
Je grimpe dans sa voiture, jusqu'à une salle de mariage, qui lui appartient.
Visite. Photos.
Je me dis que ma délivrance approche, erreur !
Derrière le scooter du professeur, ce dernier me dépose dans un bureau, ou ma présence est nécessaire. Mais les occupants sont absents !
Cette fois, je me rebelle !
-"I want immediatly to go to cybershop !"
Mister Swami comprend que l'affaire est grave, se résigne.
Nous repartons, secoués par la route en mauvais état, zigzagant comme un moustique ivre de sang nocturne.
Car Mister Swami maîtrise mal son engin, se maintient par miracle.
Je montre la cyberboutique de mes rêves, mais au lieu de s'arrêter, Mister Swami continue tout droit ! Je rouspète, mais il a réponse à tout :
-"I want you to introduce..."
C'est un bureau qui dispose d'un ordinateur !
J'explique aux deux moustachus, tout près à prendre un thé avec moi et à discuter une heure ou deux, que je veux travailler dans un cybercafé.
Ici, c'est un bureau privé, ce n'est pas adapté.
Le chef comprend et explique le cas à Mister Swami.
Que fait mon bourreau altruiste ?
Il "m`introduit" dans un cyber tout proche... où l'on étouffe, et où les ordinateurs ne fonctionnent pas... pour quelques minutes seulement, of course !
Cette fois, je dis à Mister Swami que je vais à pied dans le cyber de mon choix.
Bien entendu, il s'offre de m'y conduire, ouf !
à suivre...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:20, le 26/07/2008 dans H3. MISTER SWAMI, Kap?rthala Mots clefs : journaliste, swami, yoga, kapurthala, cyberboutique, scooter, accueil, photo, blog |
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KAPURTHALA
J'ignorais l'existence de Kapurthala avant d'en avoir entendu parler par un Indien.
Cette ville du Punjab est située à 70/80 km au sud d'Amritsar.
J'y arrive en fin de matinée, en provenance d'Anandpur Sahib, via Jalandhar.
Je me fais aussitôt des amis indiens qui m'invitent à loger chez eux.
(Voir l'article "L`HOSPITALITÉ DE LA FAMILLE CHOPRA).
Après de nombreuses heures passées à discuter avec quatre membres de la famille, le père, Rajesh, me propose de voir les lieux intéressants de Kapurthala.
Sur son scooter, nous faisons un tour de deux heures, jusqu'à la tombée de la nuit.
Je reviendrai voir plusieurs de ces lieux pendant mon séjour de trois jours à Kapurthala.
1). Booth Bengala, surnommé aussi Queen Palace.
Bâtiment en mauvais état. Nous nous contentons d'une vue rapide à l'extérieur.
2). La Villa Kothy, maison d'été des rois de Kapurthala.
Aujourd'hui elle est occupée. Photos depuis le parking d'entrée.
3). La mosquée mauresque.
C'est la seule mosquée mauresque du sud-est asiatique.
Construite en 1930, c'est une copie de la mosquée de Marrakesh, décorée par des artistes de Lahore.
C'est un de mes bâtiments préférés.
Depuis le jardin, le soleil en face est gênant pour photographier.
Le matin est le meilleur moment, car j'y reviens le lendemain matin.
L'intérieur est d'une grande harmonie.
Simplicité et pureté de style sont ses qualités essentielles.
Prier en un tel lieu devient un jeu d'enfant.
4). Le gurdwara des rois, aujourd'hui gurdwara d'Etat.
Consacré en 1915, il est de style indo-sarrazin.
Le gardien ne veut pas accepter ma casquette. Il me noue un foulard sur la tête, si fort que les branches de mes lunettes me font mal. Sacré animal !
Dans le temple, quatre musiciens s'installent deux minutes après nous.
Avec des tablas, deux harmoniums et un sarangi (instrument à cordes, dont on joue avec un archet, comme un petit violoncelle).
Leur musique est magnifique, entraînante et méditative tour à tour.
5). Le Palais des rois ou Darbar Hall avec une statue équestre d'un maharaja.
Coucher de soleil quand nous arrivons.
Il y a plusieurs bâtiments. Rajesh m'explique qu'ils sont occupés par plusieurs administrations.
6). Panj mandir, avec cinq temples hindous.
Construit en 1831. Autour du temple principal, cinq divinités possèdent leur propre petit temple, avec leurs statues. On peut les voir de l'entrée, ce qui symbolise l'unité de Dieu.
Une puja est en cours avec chants et musique.
Mais la sonorisation excessive nous casse littéralement les oreilles.
Très vite, j'ai envie de quitter les lieux.
7). Shalimar Garden.
Pour de petits bâtiments dont le style moghol m'est familier en Inde.
* * *
Pendant les deux jours suivants, je verrai aussi :
8). Camera garden pour :
- Le jardin où je suis un cours de yoga vendredi matin entre 5h et 6h30.
Le professeur de yoga, "Mister Swami" (Anand Om Praksh) m'a fortement incité à y participer. (Voir l'article "L'HOSPITALITÉ DE LA FAMILLE CHOPRA).
Après le cours, je photographie le groupe du cours, puis Mister Swami, notre leader à tous.
- La maison de repos pour VIP.
Nous la visitons deux jours plus tard avec Mister Swami, Rajesh Chopra et un journaliste-architecte (Suket Gupta).
Nous ne voyons que son entrée et le salon, décoré en style mauresque.
9). Le Maharaja Palace ou Jagatjit Palace.
Nous y arrivons en groupe (avant la maison de repos) : Mister Swami sur son scooter, moi transporté par Rajesh sur son scooter, et le journaliste-architecte Suket Gupta à moto.
Le palais est occupé par une école, de nombreux élèves vont et viennent.
Mais c'est samedi, nous ne pouvons entrer à l'intérieur.
Ce château de style classique est une commande du Maharaja Jagatjit Sing (1872/1949), grand admirateur de l'architecture française.
Il est construit en 1906 par un architecte français M. Marcel.
L'intérieur est magnifiquement décoré avec des tapisseries des Gobelins, des tapis d'Aubusson, des piliers incrustés de lapi lazuli, des tables ornées de mosaïques, des chandeliers...
Le parc est une modeste réplique de Versailles avec une fontaine et quelques statues (tigre, cerf, naïades).
à suivre...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:14, le 26/07/2008 dans H2. KAPURTHALA, Kap?rthala Mots clefs : gurdwara, kapurthala, temple hindou, scooter, mosquee, Palais, jardin |
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L'HOSPITALITÉ
de la FAMILLE CHOPRA
Cette histoire commence avec une bévue.
Un bus me transporte d'Anandpur Sahib à la gare routière de Jalandhar, où je mange un morceau vers 10h30 (une aloo paratha, of course).
Je repère les bus pour Kapurthala, qui occupent trois quais et je dépose mes deux sacs à dos dans un bus.
Ayant oublié l'eau, je redescends acheter de l'eau minérale.
De retour, je constate que le bus est là. Je vais aux toilettes, reviens, reste dehors en attendant que le chauffeur arrive.
Dès qu'il gagne son siège, je vais à ma place.
Stupeur, mes deux sacs ont disparu ! Interloqué, je n'ose y croire.
Quelqu'un se serait chargé de mes deux sacs ? Dont un sac à dos plutôt lourd ?
Je crie "STOP !" au conducteur qui démarrait.
Je me demène pour expliquer en anglais la disparition de mes bagages.
Difficile de retenir le chauffeur, mais j'y arrive...
Je fonce dans le bus voisin, qui va aussi à Kapurthala : pas de sacs...
Quelque chose me tracasse...
Mais le chauffeur du premier bus démarre ! Je fonce, pour y grimper en marche, et je l'oblige à s'arrêter en alertant aussi les passagers.
Une jeune femme affirme que j'ai certainement déposé mes bagages dans un bus précédent, qui est parti avec.
Ce bus est le suivant.
Cette explication est convaincante. Je n'arrive pas à croire vraiment à un vol, connaissant l'Inde et pratiquant les voyages depuis longtemps.
Trop peu de temps pour un vol...
Le bus est déjà reparti, mais je décide d'y rester.
Le mieux est d'aller à Kapurthala, de me renseigner à la gare routière. Le bus précédent ne transportait-il pas deux sacs sans propriétaire ?
Pendant le trajet, je cogite dans mon coin.
Calcul de probalibités : je me donne au moins 60 pour cent de chance de retrouver les deux sacs.
Décision de rester serein.
En cas de vol, qu'est-ce-qui me manquerait vraiment ?
Deux choses, l'appareil photo et la clé de mon domicile.
Car j'ai sauvé l'essentiel. Dans ma pochette ventrale se trouvent : passeport, billets d'avion et argent.
La règle de toujours porter cette pochette sur soi me permet d'attendre l'arrivée sans pousser des hurlements de coyote.
A Kapurthala, le contrôleur me fait signe de le suivre.
A un poste de police, mes deux sacs trônent sur une chaise !
Soulagement...
Je n'aurai pas à acheter habits, chaussures et tout le bazar...
Les Indiens observent mes réactions avec curiosité. Ils me conseillent de vérifier mes affaires dans les deux sacs. Je suis persuadé que rien ne manque.
Pour la forme, je regarde si le Canon est là...
- "It`s O.K, sir ! No problem ! I`m sure that all is allright !"
Une passagère m'a suivie depuis le bus.
Discussion en anglais quand je récupère les sacs. Elle me propose de la suivre chez elle puisque je n'ai pas encore prévu de logement. Elle m'inspire confiance.
Nous prenons un rickshaw jusqu'à sa villa, située à Model Town, un quartier bourgeois de Kapurthala.
Mon hôtesse s'appelle Pankaj CHOPRA.
Elle est vraiment contente de me recevoir. Sous un ventilateur (bénis soient les ventilateurs !), nous nous présentons.
Elle s'empresse d'apprendre mon arrivée par téléphone aux membres de sa famille : son mari Rajesh, sa fille Samriji et Komal, une jeune femme, qui se marie en août.
Ensuite, la vie de château continue !
Pankaj me prête serviette, gel de rasage et rasoir à main. Je me douche et rase une barbe de trois jours.
Plus tard, Komal arrive et nous discutons longuement.
Komal travaille comme designer de maisons, mais s'occupe de l'ensemble de la contruction, y compris des questions techniques.
Fiancée en mars, elle prépare son mariage pour août. Elle a été à Londres, a voyagé au Vietnam.
Nous montons au premier pour utiliser internet (ma constante et perpétuelle préoccupation...). Mais nous n'arrivons pas à nous connecter.
Je lui parle de mes voyages en Inde. Sur un grand cahier, je dessine le plan de Paris, j'écris des infos sur Chandigarh (Rock Garden de Nek Chand, The Transit Lodge...)
Pankaj me montre un gros album de photos, illustrant le 25ème anniversaire de son mariage avec Rajesh.
Ce dernier a 50 ans, Pankaj a quelques années de moins.
Cela me permet de connaître vite les membres de leur famille.
Je feuillette aussi un album de photos prises en Australie, ou leur fils fait des études.
Pankaj me propose de m'installer dans une chambre au 1er étage.
Un ventilateur et la climatisation y font régner une atmosphère paradisiaque. A côté, je peux disposer d'une salle d'eau.
C'est la chambre du fils du couple, 20 ans, qui poursuit des études à Sydney.
J'y écris tranquillement sur le lit en attendant le déjeuner, après le retour de Sam.
La benjamine, 18 ans, s'appelle Samriji, mais tout le monde l'appelle Sam.
Elle revient de l`université de Jalandhar après 15h30 et nous partageons alors le lunch tous les quatre.
Sam est une brune vive, espiègle et n'a pas la langue dans sa poche. Comme j'aime plaisanter, nous nous entendons fort bien.
Komal est plus posée, rit peu, mais me bombarde de questions.
Le père de famille, Rajesh, rentre de son travail et nous faisons connaissance.
Sa femme l'a déjà beaucoup renseigné à mon sujet par téléphone, et continue en ma présence.
Mes nombreux séjours en Inde l'intéressent. J'y apprends beaucoup, j'aime rencontrer des gens très différents.
Rajesh pense qu'un Swami qui habite tout près va me plaire.
Il me parle aussi de son gourou, qui n'habite pas Kapurthala, mais avec qui il est en relation étroite. La photo du gourou trône d'ailleurs dans le salon.
Vers 17h, il me propose un tour de Kapurthala en scooter.
Je décris cette rapide visite de monuments dans l'article "KAPURTHALA".
Au début de cette virée, il s'arrête chez le professeur de yoga Swami Anand Om Praksh. Rajesh pense que les idées de Mister Swami vont certainement m'intéresser.
Voir l'article "MISTER SWAMI", où j'approfondis mes relations avec ce personnage très attachant.
Deux heures plus tard, après la tombée de la nuit, nous nous arrêtons chez des cousins de Rajesh.
Thé et biscuits dans leur salon, en compagnie de deux femmes, d'une aïeule et d'un garçon timide, qui ne connaît que deux ou trois mots d'anglais.
Je décline le verre d'eau par précaution.
De retour chez les Chopra, les discussions se prolongent après le dîner.
Première leçon de français donnée à Sam : je t'aime, bonjour, bonsoir, bonne nuit...
Leur chien Bony ne cesse de dormir. Je le surnomme aussitôt "Bonne nuit".
Sam ne cesse par la suite, à tous propos, de me répéter "Bonne nuit" !
Rajesh veut me faire rencontrer des journalistes, pour qu'ils écrivent un article sur moi.
Mister Swami vient nous voir, en bien meilleure forme.
Il me propose un cours de yoga le lendemain matin.
Comme je n'ai pu travailler deux jours sur internet, je refuse, en expliquant mes raisons.
Mais Mister Swami s'entête, veut absolument me convaincre.
Je demande son opinion à Rajesh, qui me conseille de suivre ce cours.
J'accepte par courtoisie.
Les rendez-vous s`accumulent : un cours de yoga à 5h du matin, puis un entretien avec des journalistes, et je devine que ce n'est qu'un début...
Tard dans ma chambre, les problèmes de connections sur internet se multiplient et je n'arrive à rien de bon.
Rajesh est allongé sur mon lit en lisant le journal.
S'apprête-t-il à y dormir ?
Il serait mieux au rez de chaussée dans la chambre conjugale...
Il craint que je ne me réveille pas avant 5h, quand Mister Swami doit passer me prendre...
Comment le convaincre que je suis un lève-tôt ?
Et j'éteins avec Rajesh comme compagnon de lit...
* * *
Lever vers 4h40, je suis prêt avant 5h.
Rajesh téléphone plusieurs fois au Swami sans résultat.
Il me transporte sur son scooter et très vite nous croisons le professeur.
Rajesh retourne chez lui, alors que je grimpe sur le scooter de Mister Swami jusqu'à Camera Garden.
Je ne reviens chez les Chopra que vers 17h30, après une journée marathon.
De 5h à 6h30 : yoga. Une suée de tous les diables...
De 7h à 9h30 : entretien, virée dans Kapurthala avec des journalistes. Puis discussions chez l'un d'eux.
Vers 10h petit déjeuner chez un avocat, fier de son jardin et d'une salle des fêtes, que nous visitons.
Mister Swami me fourre ensuite dans deux bureaux où je n'ai rien à faire, m'introduit dans une cyberboutique étouffante aux PC en panne...
Avec fermeté, j'échappe à Mister Swami, qui me préparait d'autres rendez-vous...
Dans une cyberboutique fraîche et performante, je peux enfin travailler au blog sur internet pendant quatre heures, coupées par un déjeuner spartiate (trois bananes).
Epuisé, dans une chaleur moite, je rentre à pied du café internet à Model Town.
Manque de chance, je tire du lit Pankaj, qui faisait une sieste.
Après une douche, je prends l'air sur la terrasse.
Pankaj commence à y arroser ses nombreuses plantes. Je lui donne volontiers un coup de main et j'enlève les parties desséchées des plantes.
Plus tard, nous dînons dans le salon.
Discussions avec Pankaj et Rajesh.
J'explique que j'accepte rarement la proposition d'un inconnu de venir habiter chez lui. Je suis très prudent. Et je fuis les gens antipathiques...
Mais j'ai tout de suite eu confiance en Pankaj. Sa proposition venait du coeur, je ne pensais courir aucun risque en l'acceptant.
Pankaj est confuse de ces explications.
J'ajoute qu'inviter un inconnu à habiter chez elle, dans sa maison, au sein de sa famille est un décision délicate. Comment explique-t-elle cette idée spontanée ?
Mais elle ne répond pas vraiment. Et nous changeons de sujet de conversation.
* * *
Un soir, Sam déboule dans ma chambre, très excitée :
- "Do you want an Ice Cream ? Quick ! It's urgent ! Yes or no ?"
Je veux savoir si ces glaces contiennent de l'eau pour éviter une diarrhée.
Mais Sam veut une réponse immédiate. Alors je donne mon accord.
- "Quel parfum ?"
- "Aucune importance. Comme toi !"
Elle se décide pour du chocolat et fonce vers la sortie...
En discutant avec Pankaj, je comprends que Sam craignait la fermeture du magasin.
La glace était bonne et je n'ai eu aucun problème de santé.
Mais la conduite de Sam me permet d'être moqueur : une droguée de glace, shootée au chocolat...
Et je me jette aux genoux de Pankaj le lendemain soir en réclamant une glace au chocolat, par pitié ! Tout de suite, ou je meurs !
* * *
L'avant-veille de mon départ, promenade digestive avec Rajesh et le chien Bony-Bonne Nuit après le dîner.
Chaleur persistante dans Model Town, nous transpirons très vite malgré l'heure tardive... Pas de vent, je rêve de montagnes...
Nous parlons de mes voyages en Himalaya, de son séjour en Australie.
Rajesh possède une entreprise, a bien réussi sa vie professionnelle.
- "Qu`est-ce qui a été essentiel dans ta vie ? La chose la plus importante ?"
-"Le business. C'est mon travail qui m'a pris le plus de temps..."
-"Alors tu aimes cela ? Cela a été le centre de ta vie ?"
-"Non, je n'aime pas ce travail. Je le fais parce que j'y suis obligé..."
-"Tu as consacré une grande partie de ta vie a quelque chose qui ne te plaît pas ? Et si tu pouvais recommencer à zéro, que ferais-tu ?"
-"Je ne ferais pas de business. Je n'aime pas ce milieu... Je ferai autre chose."
* * *
Notre dernière soirée est très occupée.
Avec Rajesh, nous prenons de nombreuses photos dans la maison en macro-numérique.
Il possède un Canon Ixus comme moi, mais dans une version plus récente et perfectionnée (75).
Je lui montre comment prendre des fleurs, ou des détails (Il aime les photos dans mon blog de 2006, notamment celles de LA VALLEE DES FLEURS).
Un des défauts de mon Ixus 50 est la mauvaise qualité du flash. Mes photos en intérieur sont pitoyables...
Son Ixus 75 est incroyablement sensible. Il fait des clichés exceptionnels dans l`obscurité !
Pankaj nous appelle pour dîner dans leur chambre.
Nombreuses photos de nous avec les deux Ixus, prises par Sam, Rajesh et moi.
Rajesh sait que je vais en utiliser pour le blog. Il efface impitoyablement toutes les photos qui ne lui plaisent pas !
Nous échangeons nos coordonnées et promettons de nous revoir, soit en Inde, soit à Paris.
Je ferai traduire en anglais les textes de ce blog concernant Kapurthala, en particulier celui sur leur famille. Et je le leur enverrai.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:08, le 26/07/2008 dans H1. HOSPITALITE des CHOPRA, Kap?rthala Mots clefs : gare routiere, kapurthala, hospitalite, Chambre, accueil, bus, Discussions, photo, blog |
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CE QUI N'EST PAS À MOI
(Poème).
Tout est dans le don
je donne pour ouvrir mon coeur à l'amour
je donne en hommage au vide
je donne car rien ne m'appartient en ce monde
ce qui n'est pas à moi, pourquoi le garderai-je ?
La lumière traverse le hall immense et vide
j'offre la lumière entre mes mains en coupe
je donne le marbre gris et blanc du gurdwara
il faut rendre au monde ses cadeaux quotidiens
Dès l'aube, je donne le chant des oiseaux
je donne à lire ce qui me traverse
et miroite dans le vide de l'univers
Ce qui ouvre l'espace, donnons-le
je donne le temps qui me reste
ce qui n'est pas à moi, pourquoi le garderai-je ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:05, le 25/07/2008 dans G6. CE QUI N EST PAS A MOI (Poeme), Anandpur S?hib Mots clefs : donner, poeme |
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TEMPLE
de
NAINA DEVI
Je dédie ce texte aux 140 morts
et aux nombreux pèlerins blessés
sur le chemin du Naina Devi
le 3 août 2008.
Ce 22 juillet 2008 vers 14h30, je m'installe dans un bus à la gare routière d'Anandpur Sahib.
L'attente à l'intérieur du bus bondé est une épreuve insupportable. La chaleur y est intenable. Je ruisselle de sueur. Pourtant, je supporte assez bien la chaleur en général.
Mais comme le conducteur est sur son siège, je m'interdis de descendre pour me réfugier sous un arbre. Le chauffeur et les passagers s'épongent le visage.
Chaque minute est interminable...
Les quinze minutes d'attente comptent au moins pour une heure !
Enfin, le bus démarre pour le temple hindou de Naina Devi, situé à 18 km d'Anandpur Sahib.
En réalite, il s'arrête au bout de la route principale une demi douzaine de kilomètres plus loin.
A cet endroit, un grand bassin a été construit, où les pèlerins peuvent se baigner.
Les passagers doivent descendre pour monter dans un minibus, adapté à la route de montagne.
Celle-ci est étroite, le bitume en est défoncé.
Les cahots font partie du décor, comme les coups de klaxon ininterrompus, beaucoup plus utiles que les freins !
L'attention est nécessaire en cas de croisement de véhicules.
De nombreux jeunes montent à vélo en groupe, souvent à pied en maints passages. Chaque vélo est orné d'un drapeau rouge de pèlerin.
Je plains les cyclistes de rouler par une telle canicule...
Vers 15h30, le minibus décharge ses passagers.
L'air est plus frais qu'à Anandpur Sahib, nous sommes déjà en montagne.
Une sorte de gare a été construite avec parkings, arrêts de bus, chambres et surtout d'invraisemblables boutiques pour toutes les catégories de pèlerins.
Elles forment un couloir, où les marchands du temple engrangent les bénéfices...
Cette laideur ostentatoire est fascinante, car elle s'étalle avec innocence et impudeur.
Je fonce à travers ce souk et les premières marches me soulagent.
* * *
Grimper des marches, c'est dans mes cordes !
Le temple, construit au sommet d'une colline, est accessible grâce à des escaliers.
Une douzaine de mendiants, adultes et enfants, s'échelonnent au début de la montée.
Il faut compter une demi-heure et au moins 700 marches par la voie la plus directe.
Quand j'arrive à l'entrée du temple, j'entends de la musique et des cris joyeux.
Ce sont des musiciens qui encouragent de jeunes pèlerins. Ils effectuent la montée sur le ventre !
Avec un morceau de craie, ils tracent un trait au bout de leurs doigts, se relèvent, placent leurs pieds sur la marque, s'allongent le plus possible, et recommencent.
Ce rigorisme intéresse peu les personnes présentes...
De temps en temps, un tambour bat la mesure, tous se mettent à danser.
L'entrée est encadrée par deux scuptures de lions.
Une foule, coincée dans un labyrinthe, attend patiemment d'accéder au coeur du temple.
N'ayant aucune offrande pour Devi, je franchis une barrière pour éviter cette queue.
Assis dans la cour, j'observe le comportement des fidèles.
Beaucoup de femmes et d'enfants se reposent un moment.
Distribution à tous de la même pate sucrée, que l'on peut manger dans les gurdwaras.
Je me lève pour photographier le paysage verdoyant alentours.
Des rapaces encerclent le temple de leur vol plané. Vers le nord, on distingue un fleuve ou un lac.
Dans la cour, de nombreux détails m'intéressent : une porte sculptée en argent, la déesse assise en amazone sur un lion, des sculptures, des peintures, le toit piqueté de drapeaux...
Sur un côté, autour d'un grand feu qui dégage beaucoup de fumée, trois prêtres reçoivent les offrandes des fidèles.
Certaines sont jetées dans le feu... mais le principal leur revient !
L'envie d'écrire me conduit à m'asseoir dans la salle principale de prière, délicieusement fraîche grâce aux ventilateurs.
Assez vite, on m'aborde, on me pose les questions habituelles (What`s your name ? What`s your country ? etc.). Un étranger qui écrit, cela intrigue.
Derrière moi, des femmes et des filles chantent en s'accompagnant de tam-tam, de cymbales simples ou complexes.
Cela met une bonne ambiance, mais elles sont plutôt farouches.
Ce sont certainement des pèlerines, fidèles de Devi.
Sur le toit du temple, des jeunes déposent de nombreux drapeaux rouges.
Les pèlerins cyclistes ont offert leurs drapeaux, qui sont regroupés en plusieurs tas.
Dans la salle de prière, je communique par gestes, mimiques et sourires avec plusieurs d'enfants.
Evidemment, je les photographie entre eux ou avec les femmes, pour des photos de famille...
Un peu plus tard, je décide de faire un dernier tour.
Une des fillettes, réservée dans la salle de prière, me rejoint, pleine d'initiative.
Elle veut que je la prenne en photo, puis photographier par elle-même.
Encourageons les enfants dégourdis ! Je lui montre comment faire.
Cela lui plaît, mais la plupart des clichés sont ratés...
Elle veut aussi me photographier : miracle ! Celui-ci est réussi.
La descente des escaliers ne prend que dix minutes.
Un bus direct me ramène à Anandpur Sahib avant le coucher du soleil.
Après cette escapade hindoue, me voici de retour chez les Sikhs.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:29, le 24/07/2008 dans G5. TEMPLE de NAINA DEVI, Naina Devi Mots clefs : |
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ANANDPUR SAHIB
Cette ville du Punjab compte des gurdwara par dizaines.
Les Sikhs la surnomment la "ville sainte".
Elle célèbre la tradition de martyr des Sikhs à travers l'histoire.
De fait, Anandpur Sahib ressemble à une petite Mecque.
On ne cesse d'y construire temples, logements et autres bâtiments pour les pèlerins.
Je ne m'attendais pas à un tel dynamisme.
Pour cet article, je vais me limiter à cinq gurdwara :
1). Le principal : Kesgarh Sahib.
2). Au nord, le gurudwara Sis Ganj.
3). A 30 m du précédent, le gurdwara Bhora Sahib.
4). A 7 mn au nord, le Fatehgarh Sahib.
5). A 20 mn au sud du principal, l'Anandgarh Sahib Fort.
* * * * *
Le Kesgarh Sahib est le symbôle d'Anandpur Sahib.
Quand on sort de la gare routière ou de la gare ferroviaire, pour marcher vers le centre, c'est la silhouette du Kesgarh Sahib que l'on découvre d'abord.
Descendant d'un bus en provenance de Chandigarh vers 8 h, je demande le centre-ville.
Remontée d'une rue-marché et découverte du gurdwara, construit au sommet d'une colline, et donc bien visible à plusieurs kilomètres à la ronde.
Du marché, la rue grimpe plus nettement jusqu'à l'entrée du complexe.
A droite, c'est le temple. Grâce à des hauts parleurs, on entend la lecture du Guru Granth Sahib, qui se déroule dans le temple en ce moment.
A gauche, j'entre dans un bureau d'information pour savoir s'il est possible de dormir au gurdwara. L'accueil du responsable est excellent.
Après avoir posé quelques questions sur mon identité, sur mes motivations, il m'annonce que je peux y dormir deux nuits.
Si je veux rester une troisième nuit, je dois revenir le voir.
Il me guide vers un bâtiment proche du réfectoire.
Dans la chambre n° 1, il me présente au réceptionniste et je paie 200 Rs de garantie.
Je suis logé chambre n° 7, une belle chambre double, avec toute une paroi vitrée, ventilateur et air-cooler. Et une salle d'eau.
Je ne m'attendais pas à une chambre aussi belle.
Après une douche, je vais au temple, bâti en hauteur, précédé d'une place rectangulaire.
On entre à gauche et l'on sort à droite.
L'entrée se situe à côté d'un arbre magnifique, qui attire l'oeil lorsqu'on arrive sur la place.
J'ai prévu une casquette et je laisse mes sandales près de l'entrée.
Le Kesgarh Sahib est de toute beauté avec sa façade de marbre blanc, ses coupoles, ses nombreux clochetons et ses pignons dorés.
Des fidèles tournent autour du mat, prononcent une prière en touchant les plaques de marbre de la base.
Je m'assieds dans la salle principale.
Trois musiciens, avec tablas et deux harmoniums, jouent et chantent des extraits de leur livre saint, le Guru Granth Sahib.
Cela m'inspire un poème : THÉORIE DU TEMPS.
Deux heures et demie plus tard, je n'en sors que poussé par la faim vers 14h30. Heureusement, la cantine communautaire est toute proche.
(Voir l'article CANTINES des GURDWARA).
Je reviens plusieurs fois les jours suivants au gurdwara principal.
Des pèlerins me serrent spontanément la main.
D'autres veulent se faire photographier en ma compagnie.
Ou que je photographie leur groupe.
De fait, je suis le seul étranger à vingt lieues à la ronde. Ma présence est exotique.
Depuis plusieurs terrasses, le panorama sur les environs m'est utile, car je n'ai aucun plan d'Anandpur Sahib.
Ainsi, je repère le grand bassin, que j'ai déjà vu. Mais surtout, le toit de plusieurs temples hindous, situés dans un quartier encore inconnu.
Un matin, je le traverse pour visiter deux temples hindous.
De loin, le Kesgarh Sahib ressemble un peu à une grande araignée blanche.
La terrasse supérieure surplombe les étages inférieurs, est fixée sur de grands piliers. Ces pilotis lui donnent une silhouette bien reconnaissable.
On pense aussi à un hydroglisseur géant, qui peut décoller sur l'eau à tout moment.
* * * * *
Au nord, le gurudwara Sis Ganj est construit de l'autre côté du bazar vendant la pacotille religieuse habituelle en de tels lieux (bracelets d'acier, sabres, fleurs, bijoux pour femmes, foulards pour se couvrir la tête, sucreries,...)
Une première enceinte forme un simple quadrilatère.
Elle est dominée à l'intérieur par une tour, genre donjon, surmontée d'une coupole dorée.
J'aime m'y arrêter quand je passe dans ce coin, c'est à dire tous les jours.
Un matin, j'y écris un poème : DE L'AMOUR.
Sans musique cette fois, parce que l'atmosphère y est paisible.
J'y croise une famille d'émigrés indiens, originaires du Punjab.
Aujourd'hui, ils vivent aux Etats-Unis, dans l'état de Washington.
C'est le père qui m'aborde, quadragénaire, accompagné de sa mère et de sa fille.
Celle-ci est une étudiante américanisée. Elle considère le Punjab comme une curiosité arriérée. Elle me demande si je n'ai pas fait l'objet de discrimination en Inde. Je la déçois certainement en insistant sur certains côtés positifs de l'Inde.
* * * * *
A 30 mètres du précédent, le gurdwara Bhora Sahib est perché sur une colline.
C'est un petit complexe formé par une entrée monumentale, le temple principal et deux temples plus petits. Sur un côté, un long bâtiment est sans doute occupé par des chambres et un réfectoire.
Dès mon arrivée, deux jeunes hommes efféminés tentent de me draguer.
Je préfère photographier quatre gamins qui s'amusent dans le petit jardin.
Un grand père s'invite avec bonne humeur. Comment résister ?
Finalement, je propose à tout le monde (une vingtaine de personnes) une photo de groupe...
Ensuite, un gardien me fait visiter le temple, par gestes car il ne parle aucun mot d'anglais.
Au sous-sol, une crypte contient des reliques, face auxquelles trois fidèles prient, assis sur le sol.
* * * * *
A 7 minutes à pied au nord du gurudwara principal, le Fatehgarh Sahib est construit dans un beau jardin, très calme.
Le temple forme un quadrilatère très pur, d'une incroyable blancheur.
Quatre tours dominent chaque côté et une coupole centrale surmontent l'ensemble.
On est loin du mouvement continuel affectant le Kesgarh Sahib...
Je le visite le jour d'une grève générale, absolument seul.
Je photographie à loisir l'autel et de nombreux objets du culte sikh ("chasse mouches", emblèmes de la khalsa...).
Puis quelques fleurs du jardin, avant de repartir sous une chaleur torride.
* * * * *
A 20 minutes à pied au sud du gurudwara principal, l'Anandgarh Sahib Fort est perché au sommet d'une colline.
En chemin, je croise une demie douzaine de temples, mais je n'en visite qu'un.
La nuit approche et je n'ai pas d'instant à perdre.
Depuis la route, plusieurs escaliers mènent jusqu'à la terrasse supérieure.
On découvre alors un vaste complexe, composé de temples et du nouveau Fort, en briques rouges, ayant remplacé l'ancien.
De cette esplanade, le panorama est magnifique.
En particulier, depuis le sommet du Fort, qui offre le panorama le plus large.
Vers l'ouest, un grand bâtiment récent attire l'attention par son architecture moderne, remarquable. Je ne sais ce qu'il contient.
Mais la nuit tombe.
Je descends des tours de la Qila, passe très vite dans le temple.
Il est temps de reprendre le chemin du centre d'Anandpur Sahib pour y dîner dans le seul restaurant du coin.
Le pauvre ne fait guère recette, j'y dîne deux soirées de suite, dans une merveilleuse solitude...
Les trois jeunes serveurs passent leur temps devant la télé, à regarder film après film.
Quelle idée !
Un restaurant à Anandpur Sahib, où tout le monde mange gratuitement grâce aux cantines des gurdwara...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:37, le 23/07/2008 dans G4. ANANDPUR SAHIB, Anandpur S?hib Mots clefs : |
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CANTINES
des
GURUDWARA
Dans un récent article, je parlais des gurdwara sikhs.
Mais je m'aperçois que les cantines communautaires des gurdwara sikhs (ou langar) sont un sujet en soi.
Quiconque peut y entrer, Sikhs ou non-Sikhs, Indiens ou étrangers, pour manger un repas ou boire un thé gratuitement.
Avant d'entrer dans une sorte de hangar, il faut se déchausser et se couvrir la tête.
J'y arrive souvent tard, pour le déjeuner, ayant différé le plus possible, poussés par des tiraillements d'estomac...
Le sol est occupé par des rangées de nattes, où les gens s'asseyent, séparées par des couloirs de circulation.
Il faut prendre un plateau de thali, un gobelet et une cuillère.
Plusieurs rangées de personnes mangent déjà.
Un homme montre aux nouveaux venus où s'asseoir, au bout de la dernière rangée.
Dès que l'on est assis, un homme distribue un ou deux chapati, un autre du dhal (lentilles), un troisième verse de l'eau dans les gobelets.
Aucune perte de temps, l'efficacité est totale.
En face de soi, on peut regarder manger les gens de la rangée precedente, ou ceux de la rangée suivante (qui se remplit vite).
Souvent, j'échange des signes amicaux avec un enfant, une femme, ou un jeune homme, curieux de ma présence insolite.
Chaqu'un mange en silence, d'un seul trait, sans trop se préoccuper de ses voisins.
Sauf dans le cas de femmes avec de jeunes enfants.
En plus des voisins de natte ou d'en face, des dizaines de milliers de mouches jouent les invitées surprise.
Elles fourmillent au dessus de son repas, sur les éclaboussures de jus de lentille, souillant les nattes et le sol.
Foi de mouche, c'est un déjeuner de premier choix !
Un chasse-mouches serait fort utile...
Heureusement, des ventilateurs aèrent le hangar, qui sans eux serait d'une insupportable chaleur.
Régulièrement, les trois serveurs repassent pour du rabe.
Si l'on veut des chapati, on tend ses deux mains jointes et l'homme y dépose un ou deux chapati supplémentaires.
Pour refuser, un signe d'une main est suffisant.
Je demande souvent une ration de dhal supplémentaire, mais deux chapati me suffisent.
Pour ne pas subir une diarrhée le lendemain, je ne bois pas une goutte de l'eau de mon gobelet.
Peu à peu, mes voisins se lèvent, je me retrouve parfois seul sur ma natte !
Pourtant, adoptant le rythme général, j'expédie ce repas frugal...
Mais un Français mange toujours plus lentement qu'un Indien, qu'il soit du Punjab ou d'ailleurs...
Je me lève, me dirige vers la plonge.
Déjà un homme a aspergé d'eau les bordures des nattes. Un autre homme, muni d'une raclette de deux mètres de largeur, nettoie le sol entre les nattes !
Pour nettoyer les nattes, rien de tel qu'un bon vieux balai.
Tout se fait avec efficacité et rapidité.
La place est propre pour d'autres convives, qui déjà s'installent...
Avant d'atteindre la plonge, un volontaire vient chercher mon plateau de thali !
Derrière, une quinzaine de volontaires nettoient la vaisselle dans de grands éviers.
D'autres éviers lateraux sont prévus pour se laver la bouche, les mains ou le visage.
Une autre partie du réfectoire est souvent réservée aux amateurs de thé.
Récupérant mes sandales, l'estomac soulagé, je vaque ensuite à d'autres occupations.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:32, le 22/07/2008 dans G3. CANTINES des GURDWARA, Anandpur S?hib Mots clefs : |
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DE L'AMOUR
(Poème)
Comment comprendre l'amour
qui nous dépasse infiniment ?
Comment, pauvres éphémères
comprendre l'amour
sinon à la mesure de nos forces
limitées, si rétives ?
L'amour ouvre ton coeur
éclaire la voie abrupte.
Écoute la voix claire de la conscience
Grâce au souffle de l'amour
mon coeur chante, décolle
devient satellite du soleil
L'amour, porte ouverte sur le Coeur
prend-le sur ta main
regarde-le
imprègne-toi d'amour
jusqu'à en devenir aveugle
qu'as-tu de mieux à faire avant de mourir ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:02, le 21/07/2008 dans G2. DE l AMOUR (Poeme), Mots clefs : |
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THÉORIE du TEMPS
(Poème)
Je veux combattre le Temps
mon ennemi le plus sûr
acharné à valoriser ce qui passe
comme si la vie était une course à la comitarde
Le temps-ventilateur brasse du vent
pour les encalminés de la vie...
Que donne le Temps
qu'il ne reprend à terme avec son rire jaune ?
Le Temps est une cuvette
d'eaux troubles et troublées, où surnagent
les êtres incapables d'éternité
Que le temps hisse son Grand Pavoi !
je lance le cri de sang des martyrs
que faire avec ceux que la mort trouve sereins ?
Sur la plus haute crête
le temps abdique, forcé à l'allégeance
les mots fusionnent en poèmes
l'espace fécond se troue de vide
berceau d'amour, de tout miracle
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:51, le 20/07/2008 dans G1. THEORIE du TEMPS (Poeme), Mots clefs : poeme, temps |
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IMAGES du PARADIS
(Nouvelle).
Quatre heures du matin.
Des éclairs spasmodiques cisaillent le ciel.
Je m'allonge de nouveau sur mon lit, écœuré par ces pluies torrentielles de mousson qui m'empêchent de prendre l'air.
Qu'est-ce que le Paradis ?
C'est la liberté qu'ont les oiseaux d'aller et venir entre Terre et Ciel.
Au lieu de m'envoler pour Katmandou, de randonner dans l'Himalaya, je touille des pensées mélancoliques dans l'écœurante étuve de la plaine.
Constamment, les hommes reconstruisent le Jardin d'Eden.
Dans cette région, les exemples ne manquent pas.
Les jardins suspendus de Pinjore, dessinés par les Moghols, avec leurs fontaines, leurs bassins à cascades et leurs jets d'eau.
Chardigarh, voulue par Nehru comme capitale du Punjab et de l'Haryana. Et construite comme ville idéale, regorgeant d'espaces verts, par Le Corbusier et son équipe.
Le Rock Garden, célèbre jardin de 6000 sculptures, imaginé et bâti par Nek Chand, avec des cascades, des fontaines et des fleurs.
Mais je suis écrivain.
Ce qui m'importe, c'est moins l'Histoire que les histoires.
Pinjore, Le Corbusier ou Nek Chand appartiennent à l'Histoire.
Un écrivain se passionne davantage pour les mouettes. Pour leurs cris de scalps rieurs.
Pour les traces éphémères écrites dans le ciel par les avions.
Pour les empreintes de pas calligraphiées dans la neige par une équipe d'alpinistes.
Récemment, j'ai été invité à une fête nocturne dans les jardins de Pinjore.
Les femmes étaient belles, ruissellantes de bijoux.
Une réminiscence de ces nuits orientales, comme dans l'Andalousie omeyade ou dans la Bagdad abbasside, quand les hommes pactisent dans le luxe et la beauté.
La musique donnait à l'espace une saveur harmonique, sa quatrième dimension, comme si des anges testaient une nouvelle formule à fourguer aux milliardaires.
La lumière rivalisait avec les jets d'eau dans leur mutuel combat contre les forces des ténèbres et de la pesanteur.
Un paradis aquatique de lumière, détruit régulièrement, mais qui renaît comme le printemps.
Quelle est mon image préférée du paradis ?
Un homme s'envole aux commandes d'un avion pour aller randonner dans l'Himalaya.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:51, le 19/07/2008 dans F3. IMAGES du PARADIS (Nouvelle), Chandigarh Mots clefs : |
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Quelques PRIX en INDE
Ce texte ne sera d'aucune utilité pour les voyageurs au long cours, obligés de connaître rapidement les prix.
Je m'adresse plutôt a ceux qui préparent ou débutent un premier voyage en Inde.
Et à ceux qui voyagent pour peu de temps : deux ou trois semaines.
J'attends vos REMARQUES, vos idées, vos compléments, vos contestations, pour améliorer cette rubrique.
J'insisterai sur les prix bons marchés ou moyens.
Je ne parlerai pas des prix élevés. Les riches n'ont guère besoin de cette rubrique !
D'une région à l'autre, les prix peuvent varier considérablement...
Voici mon plan pour évaluer certains prix :
1/ Le LOGEMENT.
2/ La NOURRITURE.
3/ Les TRANSPORTS.
4/ Les VISITES.
5/ Les TÉLÉCOMMUNICATIONS.
6/ HYGIÈNE, NETTOYAGE.
7/ La SANTÉ.
8/ MUSIQUE, CD, DVD
9/ LIVRES, PRESSE.
10/ PHOTO, VIDÉO.
11/ CINÉMA, THÉATRE.
12/ Autres SERVICES.
* * *
1/ LOGEMENT :
- GURUDWARA SIKH :
. gratuit ou don libre.
. Prévoir environ 50 Rs la nuit.
- DHARAMSALA :
. de 30 à 40 Rs souvent.
. aux environs de 100 Rs parfois.
- LIT en DORTOIR :
. de 40 à 80 Rs souvent.
. prix élevés :
ex. Transit Lodge (Chandigarh) : 175 Rs... et 125 Rs en 2006 !
- GUESTHOUSE :
. Très bon marché : 100 à 150 Rs pour une double.
. Bon marché : 150 à 200 Rs pour une double.
2/ La NOURRITURE :
- DANS LA RUE : très bon marché
. Un showmein : 20 Rs
. Un thali (vegetable, channa, paratha) : 20 à 30 Rs
. Coupelle de fruits (bananes, pommes...) : 5 Rs
. Bananes : 10 Rs les quatre
. 100 gr de cacahouettes : 10 Rs
. Eau minérale :
. 10 à 12 Rs le litre
. 15 Rs dans lieux particuliers (montagnes...)
. verre de jus (mangue, canne à sucre) : 10 à 20 Rs
. Lassi ou shake : 10 Rs
- DANS UN RESTAURANT :
. Doublez au moins les prix cités...
3/ Les TRANSPORTS :
- TRAIN en IIe classe : très bon marché :
. 88 km : 34 Rs (Kurukshetra-Patiala)
- TRAIN de nuit en couchette (Slipper) : très bon marché :
. 207 km : 125 Rs (Amritsar-Jammu)
- BUS :
. BUS LOCAUX : très bon marché : entre 1,5 et 2 km pour 1 Rs :
. 43 km : 17 Rs (Patiala-Sirhind).
. 56 km : 25 Rs (Sirhind-Chandigarh).
. 75 km : 45 Rs (Chandigarh-Anandpur Sahib).
. 104 km : 55 Rs (Anandpur Sahib-Jalendhar).
. 164 km : 90 Rs (Delhi-Kurukshetra).
. BUS DELUXE, ou MINIBUS : bon marché :
. 120 km : 170 Rs (Srinagar-Baltal).
. 296 km : 341 Rs (Jammu-Srinagar).
- RICKSHAW (cyclopousse) :
. Très bon marché avec de l'expérience (sic !)
. Fixer le prix avant le départ.
- AUTORICKSHAW (tricycle à moteur) :
. Très bon marché avec de l'expérience (sic !)
. Mieux que le rickshaw à partir de deux personnes
- LOCATION D'UN VÉLO :
. Variable selon les lieux :
. 50 Rs la journée est une bonne moyenne.
. Refuser les prix excessifs ! (100 Rs ou davantage).
- TRANSPORTS en MONTAGNE :
. CHEVAUX, PONEYS, MULES :
. Montée Baltal-Amarnath : 400 Rs par personne.
. Descente Amarnath-Baltal : 200 Rs.
. Depuis Pahalgam, c'est plus cher (c'est plus long).
. HÉLICOPTÈRE :
. Amarnath-Baltal : 3400 Rs (Marcher revient moins cher !)
4/ Les VISITES :
- MUSÉES : tarifs très variables !
. Depuis 5 à 10 Rs
. Jusqu'au Taj Mahal d'Agra : 700 Rs (à vérifier !)
- Dans les lieux touristiques, les étrangers payent beaucoup plus cher que les Indiens :
. Par exemple, 10 Rs (Indiens), mais 150 ou 200 Rs (étrangers) !
5/ Les TÉLÉCOMMUNICATIONS :
- INTERNET :
. A Delhi : 10 à 20 Rs de l'heure
. Ailleurs : 20 à 30 Rs de l'heure
. A la montagne, c'est plus cher :
. Dhalousie : 50 Rs de l'heure
. Au Ladakh : 90 Rs de l'heure !
- TÉLÉPHONE :
. Pour la France : 2 Rs à 4 Rs la minute
- POSTE :
. Carte postale : 8 à 10 Rs
. Timbre pour la France, Europe, Canada : 8 Rs
. Colis : 20 Kg par mer : 3050 Rs en 2005
6/ HYGIÈNE, NETTOYAGE :
- RASAGE : 10 à 20 Rs
. Beaucoup de barbiers veulent plus ! Etre ferme !
- RASAGE et COUPE de CHEVEUX : 50 Rs
- LAVAGE de LINGE :
. Petite pièce : slip, chaussettes : 5 Rs
. Moyenne : short, chemise, pantalon : 10 Rs
. Grande : pull, drap : 15 Rs
7/ La SANTÉ :
- Évitez de tomber malade !
. Eau minérale fermée seulement !
. Eau bouillie au Ladakh dans boutiques
. Pas de glaçons, pas de glace
. Attention aux jus de fruits... coupés avec de l'eau...
- Sinon, allez à l'hôpital le plus proche : soins corrects en général.
8/ MUSIQUE, CD, DVD :
- CD de musique :
. Très bon marché : 80 à 100 Rs
. Bon marché : 100 à 150 Rs
. Moyen : 150 à 200 Rs
- CD de musique MP3 :
. 50 à 100 Rs
9/ LIVRES, PRESSE :
- Peu de livres en français !
- Nombreux livres en anglais bon marché
- Presse locale (hindi, punjabi, malayalam, tamoul...) est quasi-gratuite : quelques Rs le journal.
- India Today : 20 Rs
10/ PHOTO, VIDÉO :
- CD (700 Mo) de copie de PHOTOS : 30 à 60 Rs
- DVD de copie de PHOTOS : 80 à 150 Rs
11/ CINÉMA, THÉATRE :
- CINÉMA :
. Parterre : 40 Rs
. Balcon : 70 RS
12/ Autres SERVICES :
- Photocopie : 1 Rs pièce
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Publié à 17:55, le 17/07/2008 dans F2. PRIX en INDE, Chandigarh Mots clefs : |
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Les SIKHS
Je ne prétends pas ici écrire une somme sur les Sikhs !
Plus modestement, je vais noter ce que j'ai appris sur eux au fil de mes voyages en Inde.
Ce texte doit donc se compléter, se modifier sans cesse.
Je profite aussi de ce voyage au Punjab, plus approfondi que les années précédentes.
Jusqu'à 2007, je ne connaissais que Chandigarh et Amritsar.
Comment reconnaît-on les Sikhs ?
D'abord à leur turban, porté par les hommes, de couleurs variées : bleue, orange, jaune...
Il masque une longue chevelure, car la religion sikh interdit de couper ses cheveux. Ceux-ci sont donc roulés et maintenus sous un turban.
Dans les temples ou dans les gurdwaras, leur tête doit toujours être couverte, soit par un turban, soit par un grand mouchoir.
Les femmes portent un voile coloré. Au sari, elles préfèrent le salwar Kameez, une robe indienne et un pantalon.
On reconnaît également les Sikhs à leur barbe, qu'ils doivent laisser pousser.
Un filet blanc permet de donner une forme à leur moustache.
Sinon, beaucoup d'hommes ne portent plus l'habit traditionnel, adoptent une tenue occidentale (chemise, pantalon, chaussures de ville).
Dès que j'ai vu des Sikhs, j'ai été frappé par leur fort esprit communautaire.
Ils sont très bien organisés.
Leurs gurdwaras sont un modèle d'organisation et d'hospitalité.
Les Sikhs voyagent souvent en groupe de motards pour des pèlerinages, comme j'ai pu le constater dans l'Uttaranchal.
Ils ne portent pas de casque à moto à cause de leur longue chevelure sous leur gros turban.
Dans certains pays, les lois exigeant le port du casque ont été modifiées à leur avantage !
La confrérie sikh (la Khalsa) définit cinq emblèmes de reconnaissance, les kakkar.
Le kesh : cheveux et barbe non coupés, signe de sainteté.
Le kangha : peigne dans les cheveux.
Le kaccha : pantalon ample qui symbolise la modestie.
Le kirpan : sabre ou dague, symbole de pouvoir et de dignité. Réduit à un poignard courbe porté au côté.
Le karra : bracelet d'acier, symbôle de la sobriété et de la force.
Dans les temples, de nombreux Sikhs portent l'habit traditionnel, avec un turban souvent bleu ou orange.
Les déservants, bien sûr, avec un petit kirpan.
À Anandpur Sahib, j'ai vu plusieurs femmes portant un kirpan dans des temples.
Les Sikhs sont des travailleurs. Le Punjab est l`Etat le plus riche de l'Inde.
Je n'ai pas encore vu un Sikh mendiant.
Au Punjab, les mendiants sont Hindous. Au Ladakh aussi, cela m'a frappé en 2007. Très peu de Ladakhis mendient.
Au contraire, les Hindous semblent être toujours prêts à se faire mendiants.
Pour en revenir aux Sikhs, ils ont longtemps monopolisé les métiers ou s'exprime la force.
Tous les hommes portent le même nom de famille : Singh (lion), ce qui ne facilite pas leur identification...
D'ailleurs, les femmes portent toutes le nom de Kaur (princesse).
Beaucoup d'hommes travaillent dans l'armée, la police, comme gardes du corps.
Ce sont des gardes du corps sikhs d'Indira Gandhi, qui l'ont assassinée en 1984, après l'assaut du Temple d'or d'Amritsar.
Ils pratiquent le culte de la performance.
Ils réussissent donc dans les sports.
À Patiala, j'ai été surpris par le nombre incroyable de boutiques vendant des trophées : médailles, coupes, et autres babioles pour les sportifs.
On trouve donc les Sikhs dans les affaires, les industries...
À suivre...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:53, le 16/07/2008 dans F1. Les SIKHS, Chandigarh Mots clefs : |
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PoÈmEs aux VeNtilAtEuRs
1
La salle de prière, oasis de fraîcheur
décolle aux confins du cosmos
tapis, fidèles, marbre, coupole
immense hélicoptère aux 40 hélices !
Après quelques culbutes avec les anges
il s'agenouille dans le ciel
la foi est une apesanteur
il prie en plein vent transpercé d'espace
Il redescend enfin sur terre
les paupières s'ouvrent sur les marbres blancs et gris
petit clin d'œil aux ventilateurs
2
Mon Dieu
entre tes mains je m'en remets
tu peux m'envoyer dans les sphères étoilées
ou dans les profondeurs de la Terre
Je chante l'hymne du ventilateur
ma joie rayonne en tourbillon de fraîcheur
assis en tailleur, je danse
sur des flammes - incendies des sens
je tourne dans l'axe de l'univers
mon âme-spirale met le feu à l'atmosphère
Au coeur du Coeur universel
je danse sur les grandes orgues de l'amour
mes poumons charrient le fleuve feu
corps de lumière, mon sang ondule
serpente sous le Souffle d'outre-Temps
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:19, le 16/07/2008 dans E3. POEMES aux VENTILATEURS, Sirhind Mots clefs : |
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Le RAUZA SHARIF
(Sirhind)
Après la visite d'autres monuments, j'arrive au Rauza Sharif.
C'est un lieu essentiel de pèlerinage pour les musulmans sunnites.
On y trouve le mausolée d'un saint, qui a vécu aux XVIe et XVIIe siècles, Ahmad Sirhindi.
Autant je suis bien accueilli dans les gurdwaras sikhs et dans les mandirs hindous, autant je suis cueilli à froid au Rauza Sharif.
Deux jeunes, me voyant arriver, m'interceptent trois mètres avant l'entrée.
Ma casquette gêne l'un deux. Je proteste, j'ai la tête couverte, c'est l'essentiel.
Unanimement, tous deux grimacent devant mon short.
Où est mon pantalon ?
Le premier veut déjà m'interdire l'entrée !
-"Are you a muslim ?"
-"No, I am not a muslim !"
Du coup, il me regarde avec commisération...
Je réclame un longi pour me couvrir les jambes.
Malgré la moue du premier, le second accepte, revient avec.
Insatisfait de ma façon de procéder, il m'aide à le nouer. Dans les règles de l'art, selon lui.
La mosquée, à droite, m'est interdite.
Nul besoin de demander à y entrer. Pour eux, c'est l'évidence.
Mais le plus teigneux aime donner des ordres :
-"Come with me ! Lavez-vous les mains, le visage et les pieds !"
À gauche au fond de la cour, un alignement de robinets permet de se laver assis.
Les deux Cerbères me collent aux basques.
Le hargneux-anticasquettes veut me faire asseoir.
- "Don't touch me ! Je peux me laver seul ! Go away !" et je lui jette un regard furieux.
Il recule, comprend aussitôt. Je ne le verrai plus au cours de cette visite.
Cependant, j'ai toujours un "flic" aux fesses, accompagné d'un ou deux autres individus de même calibre.
Cette visite est pourrie, irrattrapable.
Quand il faut grimper les marches pour accéder aux salles, le longi trop serré m'en empêche. Cela fait marrer les deux "guides" !
Sur le coup, j'ai envie de balancer le longi et de quitter les lieux.
Après réflexion, je décide de rester.
Mais je relève le longi jusqu'au niveau du short.
Un vieux enturbanné pointe mes jambes du doigt en ronchonnant !
Je lui réponds en anglais :
-"Vous aussi, vous trouvez que j'ai de jolies jambes ?"
Dans une telle atmosphère, inutile de sortir mon appareil photo, sous peine de déclencher une danse des sabres.
Ni d'aller à droite ou à gauche, comme le moindre des chiens errants.
Le circuit est balisé, sous contrôle.
Pas question de fantaisie ou de la moindre initiative.
Moi qui déteste les guides, les Führer, les Duce, les Caudillo...
Dans chaque salle, nous voyons des tombes, des tumulus recouverts de velours ou de brocarts aux couleurs vives.
Les rares visiteurs font la démonstration d'une rare piété... mais ne restent guère.
Sur la terrasse, je contourne le mausolée pour ne plus voir mes gardes du corps.
Le lieu est serein, l'architecture est pure.
Quel dommage d'avoir de tels interlocuteurs...
À la sortie, je n'ai aucune envie de photographier les bâtiments extérieurs.
Mais puisque quelques photos pourront adoucir un texte peu louangeur, je m'exécute.
Allah m'en tiendra compte.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:51, le 15/07/2008 dans E2. RAUZA SHARIF (SIRHIND), Sirhind Mots clefs : |
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GURDWARA de SIRHIND
En 2006, je prévoyais d'écrire un texte sur les gurdwara. Ce sont des complexes sikhs, intégrant : temple, hôtellerie, restauration...
Voyageant en 2008 au Punjab, le pays des Sikhs, je répare l'oubli de 2006.
Sirhind est située à 30 km au nord de Patiala et à une quarantaine de kilomètres de Chandigarh.
Pratiquement inconnue chez nous, Sirhind présente un grand intérêt.
Elle compte de nombreux gurdwara, dispersés dans tout le district.
J'en ai visité quelques-uns.
A 5 km au nord de Sirhind, le Gurdwara Fatehgarh Sahib, en marbre blanc avec cinq coupoles dorées, est le plus important.
Il commémore le martyr des deux jeunes fils du Guru Gobind Singh.
La crypte leur est dédiée, où défilent les pèlerins.
En 1704, les deux garçons de ce dixième Guru des Sikhs (7 et 9 ans) ont été murés vivants pour avoir refusé de se convertir à l'islam.
C'est un lieu de pèlerinage important pour les Sikhs.
Je le surnomme aussitôt "petit Amritsar".
A l'entrée d'un gurdwara, on doit se couvrir la tête, j'ai donc une casquette.
Assis en tailleur dans la salle de prière, je me laisse imprégner par la musique lancinante de trois musiciens (tablas et deux harmoniums).
Ils chantent aussi les paroles du Guru Granth Sahib, le livre saint des Sikhs.
Beaucoup de fidèles s'asseyent, restent quelques minutes, repartent.
Certains, plongés dans la prière, prolongent leur présence.
Ecriture d'un poème, ce qui intrigue nombre de curieux. Trois ou quatre s'asseyent à mes côtés pour regarder.
Ils n'en sont pas plus avancés...
Un vieux Sikh à la barbe blanchie m'interroge en anglais.
Il m'observe depuis dix minutes au moins, se décide à me poser les questions rituelles (What's your name ? Are you alone ? What's your country ?, etc.)
Portant la tenue blanche et bleue des serviteurs du temple, Surjit Singh me propose de le suivre.
Il me montre au sous-sol la crypte, véritable coeur de ce Saint des Saints.
Puis il me guide jusqu'à la cantine, où l'on mange gratuitement.
Surjit Singh a déjà déjeuné, mais apprécie que je sache me débrouiller.
Il faut prendre un plateau de thali, un gobelet et une cuillère.
Entrer dans le réfectoire, comptant déjà plusieurs rangées de personnes, assises sur des nattes de joncs. S'y asseoir au bout d'une rangée.
Un homme distribue un ou deux chapati, un autre des lentilles, un troisième verse de l'eau dans les gobelets.
Le déjeuner est spartiate, mais je suis affamé.
Il est 15h, mon petit déjeuner remonte loin.
Chaqu'un mange en silence, d'un seul trait, sans se préoccuper de ses voisins.
Adoptant le même rythme, je termine vite ce repas, délaissant l'eau, pour ne pas tomber malade.
Surgit Singh m'attendait à l'entrée du réfectoire.
Nous discutons en remontant vers le temple principal.
Surjit est au service du temple et habite Sirhind.
Il souhaite un échange d'adresses. Aussitôt dit, aussitôt fait, assis sur des chaises près du vestiaire. Promesse de lui envoyer en septembre une carte postale de Paris.
Nous nous séparons dans les meilleurs termes.
Je retourne dans la salle de prière, où je prends des photos.
Des barrières dorées délimitent un carré formant le centre de la salle.
Devant, un long coffre bleu, où les fidèles déposent leurs offrandes (argent, objets divers comme une horloge...)
Avec un rateau, un desservant range l'argent, comme un croupier de casino.
A gauche, les trois musiciens sont assis derrière leur micro.
Au fond d'une niche, un serviteur agite langoureusement une sorte de chasse mouches épais.
A l'extérieur, je gagne le Gurdwara Mata Gujari, entouré d'un mur de pierres rougeâtres.
A peine en haut des marches, un homme vient me parler. Puis une Indienne, qui vit à New York, et prononce deux phrases en français !
A l'intérieur, rafraîchissement grâce aux ventilateurs.
Un desservant lit les Écritures avec dévotion, les yeux fermés.
Un autre quitte son poste pour s'asseoir près de moi. En anglais, il me propose une chambre, que je refuse car le dharamsala me convient.
Ensuite, il me réclame un don ! Ai-je bien compris sa phrase ? Je fais celui qui n'a pas compris et je me remets à écrire.
A la sortie, on accède sur la gauche à un grand bassin.
Des carpes grouillent près des marches, très appréciées des enfants comme des adultes. Enfants et hommes se baignent parfois au bord du bassin, mais je ne les envie guère. L'eau est trouble, assez boueuse.
* * *
Le lendemain en début d'après-midi, après la visite de l`Aam Khas Bagh, un serai moghol, j'arrive au Gurudwara Sri Jydli Sarub.
Quand on vient de Sirhind, on le voit de loin, sur la route de Chandigarh.
La salle de prière est une oasis de fraîcheur.
Les Sikhs se prosternent devant le Saint des Saints.
Ils s'agenouillent devant un desservant, qui leur donne un peu de cette pâte sucrée, dont j'ai beaucoup goûté à Amritsar.
A la sortie, trois desservants m'invitent à partager une tasse de thé.
Pour une fois, sans parler. Partage d'un thé en silence.
J'apprécie beaucoup !
Je fais le tour d'un bassin d'eau jouxtant le temple.
Il est 15h30, la faim me pousse vers la cantine.
J'y consomme le même sobre déjeuner que la veille, chapati et lentilles.
Avec un bonus : le thé remplace l'eau.
L'accueil des Sikhs dans leurs gurdwara est un modèle d'hospitalité.
Ils acceptent tout le monde : Indiens ou étrangers, Sikhs ou non-Sikhs.
Chacun y est bien reçu, reçoit du thé et à manger gratuitement dans leur réfectoire.
A Sirhind, je loge dans un dharamsala.
Mais au cours d'autres voyages, j'ai obtenu une chambre gratuite dans des gurdwara : à Amritsar, ou à Govindghat dans l'Uttaranchal (Uttarakhand).
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:31, le 14/07/2008 dans E1. GURDWARA de SIRHIND, Sirhind Mots clefs : |
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KRISHNA et ARJUNA
Kurukshetra signifie "pays des Kaurava" (démons).
Ici aurait eu lieu la bataille décrite dans la Bhagavad Gita entre ces démons (les Kaurava) et des dieux-héros (les Pandava).
A Kurukshetra, le Mahabharata est omniprésent. Krishna est honoré par un beau musée, ou sont regroupées des oeuvres le représentant.
A côté, un bâtiment circulaire récent tient lieu de Centre de la Science.
Au premier étage, un Panorama illustre les 14 (ou 17?) journées, avec les principales scènes des combats.
Dans l'obscurité, le visiteur marche de scène en scène sur un plateau circulaire. Les combats sont peints, mis en valeur par des spots de lumière.
Une bande-son nous plonge dans l'ardeur de la bataille : hennissements de chevaux, cris, sonneries guerrières...
Devant chaque scène, un panneau donne des explications.
Le plus souvent, on voit Krishna, le cocher du char d'Arjuna, en pleine action.
Ou bien Arjuna, héros Pandava, se bat contre un ou plusieurs Kaurava.
Bhisma est représenté plusieurs fois.
Dans un souci de réalisme, des personnages ont été rajoutés à ce décor peint, par exemple, des guerriers des deux camps. Cela donne du relief au champ de bataille.
Partout, à Kurukshetra, des scuptures rendent hommage aux personnages du Mahabharata.
Un rond point est orné d'une sculpture d'Arjuna.
En face du Krishna Ghat, deux grandes sculptures grises encadrent l'entrée d'un temple. L'une représente Bhisma, mort ou agonisant, allongé sur son célèbre "lit de flèches"...
Surtout, sur une île du bassin principal, une immense sculpture s'impose.
Le cocher Krishna mène les quatre chevaux du char d'Arjuna.
Dans le char, un lion et Arjuna, que Krishna conseille pour remporter la victoire contre les démons Kaurava.
Avant la bataille, découragé, Arjuna veut renoncer.
La Bhagavad Gita développe les arguments de Krishna en faveur de la lutte. Un guerrier doit se battre. Les corps meurent mais les âmes sont immortelles.
Aujourd'hui, cette statue de taille exceptionnelle attire les Indiens, favorise la convivialité. Trois fois, je m'y suis rendu et chaque fois des Indiens m'ont abordé pour discuter.
Des vendeurs ambulants passent de temps en temps pour satisfaire ceux qui souhaitent grignoter, assis sur la pelouse autour de la statue.
Krishna dispose d'un vaste musée, regorgeant d'oeuvres.
Beaucoup de grands panneaux de bois sculptés viennent de temples de l'Orissa.
De nombreuses sculptures en métal sont plus petites. Elles montrent Krishna dans ses différents attributs : joueur de flûte, danseur, etc.
Krishna-enfant, avec sa mère, est un des thèmes favoris des artistes.
Les épisodes de la vie de Krishna sont peints sur des miniatures, du style du Rajasthan. Plusieurs écoles sont représentées : le Mehar, Bundi, Bahasoli...
Souvent, le dessin me semble malhabile.
D'autres peintures sont exposées : sur bois et sur toiles. Celles-ci sont parfois de très grands formats et récentes.
La danse cosmique de Krishna avec les gopis (vachères) est souvent traîtée.
Où sont passés les démons célèbres de Kurukshetra ?
Des heures durant, je les ai cherchés de bassin en bassin, de temple en temple, de place en place.
De mes sandales, j'ai remué la poussière, mais je n'ai trouvé que les statues de Krishna, d'Arjuna ou de Bhisma.
Plutôt rassurant, non ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:46, le 12/07/2008 dans C3. KRISHNA et ARJUNA, Mots clefs : mahabharata, bhagavad gita, arjuna, krishna, statue, danse, musee |
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Le FORT de PATIALA
Je savais peu de choses sur Patiala, avant d'y mettre les pieds.
Seulement, qu'un État sikh s'était créé à la fin du XVIIIe siècle, dirigé par le maharajah de Patiala, sa capitale. Rien de plus.
Les trois heures de train entre Kurukshetra et Patiala sont passionnantes.
À Ambala (45 mn de stationnement pour changer de locomotive...), deux enfants tziganes font des accrobaties dans leur petit cerceau pour mendier.
Une partie des voyageurs s'occupe sur le quai : achats divers, repas assis sur le sol, discussion entre amis, s'asseoir sur un banc pour fuir la chaleur, boire un thé, griller une cigarette...
Je n'ose prendre de photo, car les Indiens me dévisagent comme un ours blanc échappé de la banquise.
Vers 11h30, mon "express Dadar-Amritsar" arrive en gare de Patiala.
J'empreinte une sortie latérale pour ne pas subir la hargne des autorickshaw.
Tout se passe à merveille.
Où se trouve le centre-ville ?
D'après un jeune Sikh, c'est tout droit !
La chaleur accentue la pollution d'une circulation automobile infernale.
Après cinq minutes, le sac sur le dos me met en nage.
Devant moi, côté gauche, un bus local est coincé par des embouteillages à un feu.
Je traverse la chaussée, grimpe dans le bus à la volée après son démarrage.
J'avise le contrôleur : "Please, the center of Patiala ?"
Il ne comprend pas, mais un voyageur, vaille que vaille, me renseigne.
Ce n'est pas le bon bus... Je dois descendre dans quelques minutes et aller à gauche !
À un grand rond point, je descends au moment où le bus ralentit, sans trop me tordre les chevilles.
À nous deux Patiala !
Pendant dix minutes, je marche tout droit, assommé par les klaxons incessants, manquant de me faire écraser toutes les cinq secondes par un véhicule.
Comment suis-je encore vivant ?
Question intéressante, mais que je repousse, pour rester vigilant.
Puis j'entre dans une cyberboutique tenue par deux Sikhs.
Discussion en anglais sur la location d'une chambre.
D'après lui, le prix moyen est de 400 roupies... Je lui explique que je dors dans des dharamsalas. Pour environ 100 Rs !
Du coup, il m'écrit sur un bout de papier :
SHIRANJI ASHRAM
Near Anardana Park
Muni de cette précieuse information, je trouve l'ashram en une dizaine de minutes.
Le réceptionniste essaye quelques secondes de comprendre mes dix mots d'anglais basique... puis trouve plus simple de dire :"No room ! No room !".
Visiblement, ce moustachu hindou n'est pas payé au nombre de clients. Pourquoi faire des efforts de communication, alors qu'il fait si chaud ?
Décidé à me loger ici, pas ailleurs, je persévère, prends à témoin deux autres hommes et même deux garcons.
-"I need a room. A simple room !"
Peu à peu, la répétition des mêmes mots, dont je change l'ordre, finit par produire quelques effets. Un vieux Sikh approche, qui connaît quelques mots d'anglais.
Le vent tourne. Le moustachu continue à hocher la tête, prétendant qu'il n'y a plus de chambre. Mais le vieux Sikh apprécie ma patience, négocie avec l'intello hindou, plaide en ma faveur.
Finalement, le réceptionniste donne une clé à un gamin, qui me conduit au sommet de l'ashram, dans une petite chambre, sans fenêtre.
Construite sur la terrasse, la chaleur y est insupportable.
Heureusement, le vieux nous a suivi. Il m'explique que la force électrique ne redémarre qu'après 13h. D'ici là...
-"You don't have another room, not so small, with windows ? It`s so hot, here !" et j'adresse au vieux un sourire dégoulinant de sueur.
Le vieux m'aime bien, Nous descendons d'un étage.
Le gamin ouvre une chambre : je la prends !
Deux à trois fois plus grande que l'autre, elle contient deux charpoi (lits de sangles tressées). Elle possède trois portes et une fenêtre, c'est idéal pour l'aération.
Nous redescendons à la réception.
Le vieux explique au moustachu que je prends la chambre 49.
Victoire 1 à 0.
Ensuite, c'est la galère de l'inscription sur le grand registre, puis sur le carnet à souche. Mon intello moustachu a oublié de brancher son cerveau. Ce qu'il fait à merveille : tracer des colonnes avec une règle de bois dans son grand registre...
Et encore, le vieux ne cesse de l'aider : traduit en hindi mon nom, lui explique que j'ai deux noms, bref met de l'huile dans un moteur rouillé depuis l'origine.
Douche dans les sanitaires communs, un délice !
D'habitude, il y a un seau, que l'on remplit, et un petit récipient qui sert à se doucher. Rien de tel ici. Mais le robinet est placé assez haut pour qu'accroupi, on puisse se doucher, y compris la tête.
Les Indiens ont l'habitude de s'accroupir à tous propos.
Me voilà parti à la recherche du fort de Patiala.
Grâce aux explications de deux passants, j'y arrive, après un repas pris en trois minutes à une cantine roulante (pois chiches, légumes, raita, dans une petite assiette). 10 Rs.
Les rues qui donnent accès à la Qila (la fortesse) sont décorées de papillotes colorées.
A SUIVRE...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:46, le 12/07/2008 dans D. FORT de PATIALA, Patiāla Mots clefs : |
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RAJENDER de KURUKSHETRA
De Delhi, après 3h30 de bus, j'arrive à la gare routière de Kurukshetra vers 13h30.
Où se trouve le centre-ville ?
Je pose la question à des passants, qui ne comprennent rien à l'anglais. Très vite un attroupement se forme autour de moi, chacun commente en hindi l'arrivée d'un étranger. On en voit peu, apparemment.
Un homme bafouille que le centre est à trois kilomètres. Certains parlent d'autorickshaw. Y a-t-il un bus pour le centre ? Incompréhension...
Finalement, un homme au visage ouvert me fait signe de le suivre. Comme je l'espérais, il se dirige vers un bus... archiplein ! Des hommes sont accrochés sur les marches des accès du bus.
Comment entrer avec mon sac à dos ? Sans réfléchir, je grimpe, pousse, m'infiltre, le bus démarre, l'homme est accroché à la barre sur la dernière marche... C'est parti !
Les derniers arrivés poussant ceux de l'intérieur, centimètres par centimètres, je monte les marches une à une, me retrouve coincé contre une barre.
Impossible d'enlever mon sac.
Heureusement, le vent s'engouffre par les portes et fenêtres, ce qui rend supportable la chaleur.
Après un ou deux kilomètres, l'homme me fait signe, je descends avec lui.
Mon guide me montre un autorickshaw. Par gestes, je lui réponds que tout va bien et nous continuons à pied.
Il ne parle pas un mot d'anglais, mais nous arrivons à nous comprendre.
En revanche, il marche vite. Ecrasé par mon sac et la chaleur, je m'adapte à ce rythme d'enfer, mais en deux minutes je ruisselle de sueur.
Au bout d'une longue avenue, nous tournons à droite, remontons une rue de plus en plus commerçante, jusqu'à un carrefour, en plein centre.
Ici commence Main bazar. Nous le parcourons à grandes enjambées quelques minutes, claxonnés par les autorickshaws, les scooters et les motos. Beaucoup d'Indiens me dévisagent avec surprise.
Finalement, mon guide montre un bâtiment blanc : le temple de Hare Rama-Hare Krishna, où il espère que je vais pouvoir loger. Il semble lui-même fort dévôt, à la manière des adeptes de Krishna, ouvert et serein.
Son étonnement, quand je laisse dans la cour mon sac à dos, au bas des marches, m'amuse.
L'entretien avec le prêtre est raconté dans "Are you a member ?"
Une demi-heure plus tard, avec la consigne de revenir à 17h30 pour obtenir ou non une chambre, nous repartons de plus belle.
Mon guide me conduit chez lui, un peu à l'écart du centre-ville.
Je fais connaissance avec sa femme (qui lui offre une chemise propre, le veinard !) et ses petits enfants.
Mon guide me fait asseoir dans sa chambre-salon, agite un éventail en mon honneur, puis aère un solide bébé.
On m'offre un verre d'eau, que je ne peux accepter, sous peine d'une diarrhée, dès le lendemain... J'explique mon refus, mais personne ne parle anglais, même le jeune homme, le garçon et la fillette.
J'offre mes derniers biscuits de France, que seul accepte le benjamin, son sexe à l'air. Il a dix mois. Je fais une photo (la première de ce voyage), que je montre ensuite aux membres de la famille.
Son père, le gendre de Rajender, est mort récemment.
Nous nous présentons. Rajender est au moins cinq fois grand-père, il approche la soixantaine. Sa forme physique est étonnante.
Sa femme, cheveux blancs et embonpoint, est beaucoup plus réservée. Apprécie-t-elle ma venue inoppinée ?
Ensuite, Rajender me guide pour une grande virée à travers Kurukshetra.
Cinq minutes plus tard, nous nous arrêtons dans une boutique, pleine d'affiches et de documents sur Rama et Krishna.
Deux jeunes hommes faisaient la sieste en regardant un film à la télévision. Rajender m'avait parlé d'un frère, mais je trouve cet homme très jeune. Je ne comprends rien à leur conversation en hindi.
Nous regagnons l'avenue de tout à l'heure, atteignons le bassin de Kurukshetra.
De nombreux temples bordent les ghats, Rajender salue desservants et sadhus.
Cette visite se fait au pas de course (le lendemain, je reviens prendre tranquillement des photos et mieux profiter de la ville). Les sadhus sont nombreux, à faire la sieste, à discuter, ou plongés dans quelque occupation (manger, se coiffer, lire...).
Tout près, un vieux bâtiment de style moghol est en cours de restauration. Le lendemain je reviens y faire des photos.
Un peu plus loin, le Kali mandir (temple de Kali) est reconnaissable à sa couleur rouge.
Toute cette partie de la ville est parcourue par les sadhus, adeptes de Krishna ou de Shiva. Je repère aussi des Sikhs.
Après un rond point décoré par une statue d'Arjuna, Rajender me montre un immense bassin, qui aurait des vertus bénéfiques, lors des éclipses. Ce qui attire les foules indiennes.
Mon admiration pour la taille du bassin réjouit Rajender. Nous en faisons le tour, en marchant plus lentement.
L'ensemble a l'air désert, mais de nombreux sadhus sont assis, ou allongés sous les arcades. Beaucoup disposent ainsi d'une loge personnelle, qu'ils décorent à leur aise.
Longeant les ghats, nous passons un pont qui nous mène à un nouveau temple hindou, dont la décoration est inachevée.
De retour sur le ghat, nous traversons une longue passerelle jusqu'à une île. Le temple de Krishna semble minuscule, comparé à un ensemble statuaire, derrière le temple.
Il représente le char de Krishna, tiré par quatre chevaux, avec Arjuna et un lion. Décidément, la Bhagavad Gita est omniprésente à Kurukshetra !
Alors que nous contemplons l'immense sculpture, deux étudiants nous abordent. Discussion en anglais avec Sanjay et Vikram, étudiants de 19 et 20 ans à l`université de Kurukshetra.
Ils aimeraient venir un jour à Paris. Nous échangeons nos adresses électroniques.
Nous traversons l'île entièrement, puis revenons sur le ghat principal, boire un thé dans une gargote, crasseuse, dont les mouches raffolent.
Ce thé me soulage car je suis épuisé. Rajender monopolise la conversation en hindi, les étudiants se contentant d'approuver de temps en temps.
Ensuite, nous nous séparons car l'heure de notre rendez-vous approche.
Rajender nous mène au Deva mandir, non loin de là. C'est un temple tout neuf, dont le jardin est agréable, qui contient des statues d'Hanuman, de Rama et de Krishna.
Retour direct ensuite jusqu'au temple Hare Rama-Hare Krishna vers 17h20. Le responsable m'annonce que le temple ne peut me loger : "Youre not a member..."
Ce n'est pas tragique, Rajender me conduit dans un dharamsala (une auberge pour pèlerins), idéalement situé à un carrefour du centre-ville.
A la réception, les quatre ou cinq hommes me regardent comme un extra-terrestre. Aucun ne parle vraiment l'anglais. Un homme me montre une chambre superbe, vaste, avec la télé... dont je n`ai que faire ! Combien ? 400 roupies !
Je lui explique ce que je veux et sa nouvelle proposition me convient parfaitement. Une chambre double lumineuse avec de grandes fenêtres pour 100 Rs.
Les sanitaires sont au bout du couloir.
Nous redescendons tous les trois à la réception.
Le doyen se lance dans mon inscription, sur un grand registre, puis sur un carnet à souche. Cela prend un temps fou. Il n'arrive pas à trancrire mon nom en caractères hindis... Les autres regardent ailleurs.
Motif de mon séjour ? Mais notre scribe n'attend pas ma réponse et écrit, avec un sourire : yatra (pèlerinage)...
Epuisé, encroûté de sueur, sentant le bouc en chaleur, je m'oblige à la patience, conserve mon calme. Rajender ne dit plus un mot depuis sa présentation initiale.
Finalement j'obtiens mon reçu vert contre 100 Rs et nous remontons jusqu'à la chambre numéro 2.
Rajender me propose de nous y retrouver pour 19h. C'est d'accord.
Mais je ne le reverrai pas ce jour là. A 19h35, constatant son retard, je quitte ma chambre pour aller pianoter dans une cyberboutique.
Pourquoi Rajender n'est-il pas venu ?
Mon imagination m'a fourni une dizaine de raisons plus ou moins plausibles.
Aux lecteurs peu imaginatifs (les autres lecteurs n'ont guère besoin de mes lumières), j'en propose deux.
La plus belle est que Rajender a compris que je préférais passer la soirée seul. M'ayant aidé tout l'après-midi, il s'éclipse le soir avec élégance. C'est le digne comportement d'un poète de Kurukshetra, ville réputée pour ses éclipses.
La seconde raison est plus prosaïque. Rajender rentre chez lui, annonce à sa femme qu`il me retrouve à 19h, pour dîner en famille ensuite avec moi. Son épouse trouve alors un motif imparable pour annuler ce dîner. Elle occupe aussitôt son mari, ce qui l'empêche de venir à notre rendez-vous.
Dans son genre, Rajender est un poète, un mystique de l'amitié.
Et que peut un poète face à la prose d'une femme mariée ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:01, le 10/07/2008 dans C2. KURUKSHETRA, Kurukshetra Mots clefs : |
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ARE YOU A MEMBER ?
Après quelques heures passées à Kurukshetra, cette question : "Are you a member ?" m'a été posée à deux reprises.
D'abord dans le temple Hare Rama-Hare Krishna.
Le bus de Delhi me dépose à la gare routière de Kurukshetra vers 13h30.
Un homme m'apprend que le centre-ville se trouve à trois kilomètres. Comment y aller ? Cela provoque un attroupement. Il n'ont guère l'habitude de voir un étranger à Kurukshetra... Un autre homme me propose par gestes de m'aider. Je le suis, grimpe avec difficulté, le sac sur le dos, dans un bus archibondé.
Un peu loin, nous descendons. Je ne sais pas encore que c'est le début d'une après-midi entière avec Rajender.
Sous une chaleur implacable, nous traversons à pieds Kurukshetra, remontons Main bazar jusqu'au temple Hare Rama-Hare Krishna.
Dans la salle, deux hommes sont assis sous deux ventilateurs en fonctionnement.
Le seul qui parle un peu l'anglais se lève. C'est un vieil homme, presque un nain, doté d'un pied malformé. Mais avec une très belle tête d'Hindou, son visage respire la bonté.
Rajender pensait que je pouvais loger au temple. Je pose donc la question au maître des lieux.
- "Are you a member ?", s`informe-t-il avec douceur.
A ma reponse négative, un voile de tristesse assombrit son visage. Puis il se tourne vers l'autre homme, lui parle en hindi.
-"Cet homme va téléphoner pour savoir s'il est possible d'avoir une chambre pour vous au temple".
Cela prend 15 à 20 minutes. Mais, heureux d'échapper à la canicule, sous l'air rafraîchi par les ventilateurs, j'attends tranquillement, en répondant parfois à quelques questions.
Renseignements pris, je dois revenir vers 17h30 pour connaître leur décision. A la bonne heure ! Le desservant m'autorise à laisser mon sac à dos dans la salle du temple.
Je repars avec Rajender, qui me fait visiter Kurukshetra au pas de charge. Une suée de tous les diables !
Avant 17h30, nous revenons au temple. Le desservant est désolé :
-"It`s impossible, you are not a member..." Dans son regard, je lis que j'aurais pu obtenir une chambre grâce un petit mensonge...
Il me propose de manger à la cantine du temple. Mais en début d'après-midi, j`ai avalé une assiettée de dhal dans une dhabba de Main bazar. Je peux donc attendre jusqu'au soir.
Rajender me conduit dans un dharamsalla, où je trouve une chambre. Il me donne rendez-vous devant ma chambre à 19h.
Encrassé par le voyage en bus et la transpiration accumulée à Kurukshetra, je me lave avec délectation.
Repos ensuite sur mon lit, bercé par le ventilateur.
Mais Rajender n'arrive pas. A 19h15, je me fixe un quart d'heure supplémentaire d'attente. Ensuite, je reprends ma liberté.
Car depuis mon arrivée en Inde, mes trois soirées ont été très bavardes.
Le premier soir, longs délires avec Michel et Didier de minuit à 2h30.
Dimanche, discussion avec Michel et François-Xavier jusqu'à 23h30.
Lundi, conversation avec les mêmes jusqu'à 23h.
Pour cette quatrième soirée, j'ai besoin d'un peu de solitude et j'espère que Rajender ne viendra pas !
A 19h35, je quitte ma chambre et le dharamsalla. Pas de Rajender à l'horizon.
L'orage se précise, il pluviote.
A l'entrée de la ville, j'avais repéré une cyberboutique, qui est encore ouverte. Un trentenaire moustachu me demande aussitôt :
-"Are you a member ?"
Cette fois, je dois payer 35 roupies pour obtenir la carte du reseau i way, autorisant l'usage d`internet.
- "Pourquoi ? J'ai utilisé i way sans jamais payer de carte de membre, par exemple à Bombay, ou ailleurs en Inde !"
Le gérant m'explique que c'est obligatoire depuis un an, car il est sous franchise. Avec la carte, le tarif est de 18 Rs l'heure. Le sujet le passionne. Il développe ses idées, entre dans des détails infinis, dont je n'ai que faire.
Le malheureux doit s'ennuyer ferme...
Sa boutique ferme à 21h30, le temps passe, je perds un peu patience.
-"Good ! As a member or not, I want to use internet ! I have to work. I don't like time lost !"
Sous le choc, ce bavard me regarde, bouche bée... Choc salutaire pour sa mémoire, car il propose enfin :
-"Si vous n'êtes pas membre, c'est plus cher : 22 Rs l'heure..."
Are you a member ?
Mes allégeances sont nombreuses : membre de l`espèce humaine, de l`Union Européenne, membre de la République française, du corps enseignant...
Tel Hermès, entre deux messages électroniques des Dieux, je suis aussi un électron libre. Que sais-je encore ?
Un membre quadragénaire galopant sur le toboggan verglacé du temps.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:52, le 9/07/2008 dans C1. ARE YOU a MEMBER , Kurukshetra Mots clefs : |
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TROIS
VOYAGEURS
REFONT LE MONDE
Vers minuit, je rentre à l'hôtel Navrang, pour ma première nuit à Delhi.
La chambre voisine est allumée, je salue au passage son occupant par ses portes grandes ouvertes. Dans ma chambre, malgré le ventilateur, on étouffe.
Je sors sur la galerie, me brosse les dents au lavabo extérieur, pour marcher et me donner de l'air.
Le voisin me regarde faire, nous nous saluons en anglais et je lui sers la main.
La prononciation de ce sexagénaire révèle un Français. Après quelques phrases, je lui dévoile en français notre nationalité commune.
-"Comment as-tu deviné que j'étais Français ?"
-"Ton accent français manque de discrétion. Et tu viens du midi. Serait-ce du sud-ouest ou du sud-est... Où habites-tu ?"
-"Bravo pour ce repérage ! Je vis à Nice. On dit que c'est une belle ville, mais il ne faut pas croire ça. Je n'aime pas Nice et je n'aime pas beaucoup les Français."
Au moins c'était net. Et il se lance dans une tirade hypercritique sur la France et les Français. Un pays arrogant qui donne des leçons au monde. Et des gens qui font la tronche, qui ne sont pas heureux, des râleurs insupportables...
En l'écoutant, je me disais qu'il singeait son Français type...
Michel voyage en Inde depuis 1996. Depuis quelques années, il y vit plusieurs mois, en été et en hiver.
-"L'Inde imite le modèle de consommation occidental, change à toute vitesse. C'est une catastrophe. Par exemple, il n'y a presque plus d'Indiens qui dorment dehors. En 1996, il y en avait des milliers à Paharganj et partout ! Aujourd'hui, je ne reconnais plus l'Inde..."
-"Je trouve cela positif. Les êtres humains ont besoin d'un toit. Si le nombre des misérables sans domicile diminue, je m'en réjoui. Coucher dehors expose aux agressions de rôdeurs ou d'animaux. De toutes façons, je constate que les Indiens sans logis sont encore nombreux..."
-"Tu ne vas pas défendre ce modèle de consommation qui détruit l'Inde ? Il y a dix ans, l'Inde était le pays du thé. On ne trouvait du café qu'au sud. Aujourd'hui, on en achète partout, y compris dans le nord ! Et les rickshaws ont tendance à disparaître, tu trouves cela normal ?"
Je m'apprête à rétorquer à Michel que je n'ai jamais apprécié les rickshaws. Des chevaux devraient tirer ces tricycles. Pédaler ainsi est un corvée exténuante dans un pays aussi chaud... J'ai toujours préféré les autorickshaws.
Mais nous sommes interrompus par un troisième larron :
-"On peut dire que vous allez réveiller tout l'hôtel ! Ah vous êtes beaux ! De parfaits Français en train de refaire le monde ! Et vous enfilez toutes les conneries arrogantes qu'on vous a appris, sur la supériorité des Occidentaux sur ces crétins d'Indiens !"
Le Navrang est construit autour d'une cour centrale.
Au deuxième d'un immeuble de cinq étages, nous bavardons sur la galerie, qui donne accès aux chambres.
L'ensemble forme une parfaite caisse de résonnance.
Nos paroles amplifiées par l'acoustique ne risquent pas de passer inaperçues...
Michel est un Provençal rondouillard, qui semble n'être jamais pressé.
Le nouveau venu, un petit brun, tel un ludion, lui tourne autour, est toujours en mouvement.
-"Toi non plus, tu ne supportes pas les changements en Inde sur ce modèle pourri de consommation occidental ?" demande Michel.
-"Des changements, des changements, vous ne comprenez rien à rien ! Tout cela, ce n'est que l'effet de vos discours. Vos idées rabougries, les Indiens s'en tapent ! Ils font ce qu'ils veulent ! Et vous, avec votre cerveau contaminé, vous jugez : ceci est bien, ceci n'est pas bien... Je rigole, vraiment je rigole !"
Son visage mobile de quinquagénaire change constamment d'expression.
"La société indienne change à toute vitesse dans les faits, pas seulement dans nos discours. Et la pollution à Delhi, est-ce un effet de nos discours ? Michel rêve d'une Inde immobile. Pour ma part, je soutiens la construction rapide de lignes de métro. C'est indispensable pour limiter les embouteillages et une pollution délirante. Autre exemple de changement : la bourgeoisie indienne, dont le nombre atteint des centaines de millions de personnes, achète en masse voiture et logement. Voulez-vous les empêcher de s'équiper ? L'analyse sociologique ne manque pas d'intérêt. Tu as un problème avec les faits ?"
Le ludion s'immobilise : "OK, j'ai exagéré... Je suis d'accord, ce n'est pas que des discours. En plus, j'ai fait des études de sociologie et d'ethnologie, alors... A mon premier voyage en Inde il y a vingt ans, on ne trouvait pas de Coca Cola. Bien sûr que l'Inde a beaucoup changé !"
Nous apprenons ensuite que ce documentaliste dans un collège a beaucoup voyagé en Afrique, en Amérique et en Asie. Didier a géré deux ans une guesthouse en Thailande.
Passionné par Carlos Castaneda, il prétend être un peu guérisseur.
Michel en profite : "Justement, j'ai des problèmes aux pieds. Ils me démangent constamment. Mais les médecins sont incompétents. Peux-tu faire quelque chose ?"
-"Je peux voir. Mais j'ai beaucoup bu ce soir, ce n'est pas très bon pour les soins..."
Je me dis que l'alcool n'explique pas tout. Ce disciple de Castaneda, apologiste du peyolt entre autres, est amateur de drogues. Son euphorie actuelle ressemble à celle des shootés...
Il approche ses mains de Michel, soudain se recule avec un petit cri.
-"Qu'est-ce qui se passe ?"
-"J'ai senti un grand froid !"
Il est temps de détendre l'atmosphère : "Excellent ! Comme on crève de chaud, un peu de fraîcheur est la bienvenue !"
Didier poursuit : "Je suis arrivé hier soir à l'aéroport de Delhi. Vers minuit, il faisait 34 degrés ! Alors ce soir..."
Et me pointant du doigt : "Toi, tu raisonnes trop avec ton cerveau. Tu ne crois pas que j'ai des talents de guérisseur !"
Michel en rajoute une couche : "C'est le problème avec les intellectuels. Je me suis toujours méfié des gens qui ont fait des études. Moi, je n'ai fait aucune étude, mais je crois dans tes talents de guérisseur !"
Et les deux compères continuent de la sorte, se congratulent à mes frais.
Je me dis que Didier a du manquer de sérieux dans ses études de sociologie et d'ethnologie.
Pendant quelques minutes, les intellos en prennent pour leur grade.
Michel enchaîne :"L'instruction est une catastrophe. En Inde, les enfants non scolarisés sont intelligents et très débrouillards. Aucune comparaison avec les écoliers, arrogants et méprisants. Je ne parle même pas de l'attitude des écoliers en France... Qu'en pense notre professeur d'histoire ?"
Didier fait le ricanement du coyote :"Et oui, c'est ta fête ! La plupart des connaissances ne doivent pas passer par le cerveau. Les gamins des rues savent tout faire ! On devrait supprimer l'école !"
-"Les enfants des rues savent tout faire ? Moi aussi, je rencontre souvent des gamins de 11 ans cuisiniers, serveurs de restaurants, guides improvisés, je les trouvent debrouillards et courtois, business oblige. Mais l'Inde a besoin d'ingenieurs, de chercheurs, de philosophes, de stratèges, d'écrivains, de musiciens, d'hommes politiques ! Les enfants des rues sont hors course... L'Inde n'est pas prêt de se développer si notre chamane Didier y supprime l'école !"
-"Mais on s'en fout de ton développement à la con ! Quel intello tu fais, tu crois à toute cette merde ?"
-"L'anti-intellectualisme primaire est une preuve de stupidité. De plus, il est dangereux. Tu veux quoi : des enfants sauvages ?
Depuis que je voyage en Inde, j'éprouve un étonnant sentiment de sécurité. Je vais partout, je me sens davantage en sécurité que dans de nombreux quartiers occidentaux. A deux exceptions près. A chaque fois, une bande d'enfants des rues m'a surpris dans un lieu isolé, à Jaipur et dans un autre coin. Je n'ai évité de me faire voler qu'en faisant face avec fermeté...
En vérité, je préfère des enfants civilisés à des enfants sauvages."
-"Tiens donc, souligne Michel, moi je n'ai jamais eu de problèmes avec les enfants. Pourtant, j'ai traversé des bidonvilles à Delhi ou à Calcutta, tout le monde était d'une gentillesse !
Alors que ces enfants scolarisés, en Inde ou en France, quelle peste !"
Didier disparaît sans prévenir.
Avec Michel, nous continuons à refaire le monde jusqu'à 2h30 du matin. Ce bavard aurait pu continuer longtemps.
Le cerveau lessivé, je lui souhaite bonne nuit avant de regagner l'étouffoir qui me sert de chambre.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 13:24, le 6/07/2008 dans B. TROIS VOYAGEURS REFONT le MONDE, New Delhi Mots clefs : |
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VISA pour l'INDE

Cette année, l'obtention du visa pour l'Inde est laborieuse.
Les années précédentes, je m'étais adapté au système de l'ambassade de l'Inde à Paris.
En 2007, tout s'est réglé en un jour et demi.
Le 29 mai 2007, je suis arrivé à 7h40. Sur le trottoir, vingt personnes attendaient, même si l'ambassade n'ouvre que vers 9h30. Plusieurs queues sont indispensables, à l'extérieur avant l'ouverture, comme à l'intérieur après 9h30.
A 10h55, à l'un des trois ou quatre guichets, j'avais déposé mon dossier : le formulaire rempli - distribué à l'entrée - mon passeport, deux photos et 50 euros.
Le lendemain 30 mai avant 17h, je n'attends que 10 minutes pour retirer mon passeport, orné de son précieux visa !
Depuis 2008, le système est beaucoup moins performant, car les autorités ont rajouté un intermédiaire. Si bien que je dois venir quatre fois à VFS, rue de Paradis...
1/. 30 mai 2008, après 30 minutes de queue devant VFS, je compte trouver un formulaire sur place. Impossible ! Je dois le remplir sur internet ! Durée à l'intérieur : 9 minutes.
2/. 6 juin à 7h, j'attends devant VFS, à cause de la queue sur le trottoir, jusqu'à l'ouverture à 8h. A l'intérieur, un agent de contrôle refuse le formulaire imprimé que je présente : je dois recommencer ! Durée sur place : 6 minutes...
3/. Je ne peux revenir que le 19 juin (à cause d'un voyage en Grèce). Cette fois, mon dossier est accepté. Malgré 9 guichets, trois employés seulement s'occupent des gens. Les locaux sont plus agréables qu'à l'ambassade, mais le traitement des demandes est toujours aussi lent... Attentes : dehors 1h, puis dedans 50 mn...
4/. 25 juin, 1h d'attente (16h40 à 17h40), car deux employés rendent les passeports... et trois ou quatre autres sont occupés à autre chose (sic !) J'obtiens mon passeport visé après un délai de 6,5 jours... Tout cela m'a donc préoccupé près d'un mois...
Le bilan des changements en 2008 n'est pas brillant :
1/. Cela coûte plus cher : outre les 50 euros, il faut payer l'intermédiaire VFS, soit 12 euros supplémentaires.
2/. Cela prend beaucoup plus de temps :
- pour réunir le dossier (nombreux risques d'erreurs en remplissant le formulaire par internet). Je me suis déplacé quatre fois au lieu de deux en 2007.
- pour obtenir le visa après le dépôt du passeport : 6,5 jours au lieu de 1,5 dans mon cas ! Les passeports doivent faire la navette entre VFS et l'ambassade, qui établit toujours les visas. Ce qui nécessite plusieurs jours supplémentaires...
3/. Et sur place, est-ce plus rapide ? Nullement, les queues sont toujours aussi longues, à l'extérieur comme à l'intérieur. A VSF, les 9 guichets ne sont pas utilisés pour offrir aux clients un meilleur service...
4/. Certes, les locaux de VFS sont agréables. Mais les apparences sont trompeuses.
Vive la bureaucratie !
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:51, le 26/06/2008 dans A. VISA pour l INDE, Paris Mots clefs : bureaucratie, queues, visa, prix |
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